PRÉAMBULE — NI DÉCLINISTE, NI NAÏF
Édition consolidée V26 — 2 septembre 2026. 162 propositions en 23 chapitres. Document mis à jour le 9 octobre 2026. Le livre, le simulateur et les paramètres publics décrivent le même programme.
La France ne manque pas d’argent. Elle prélève chaque année plus de 1 250 milliards d’euros sur le travail, la consommation et le capital de ses habitants — un record du monde développé. Elle dépense davantage encore. Et pourtant, l’école recule, l’hôpital craque, les ponts s’affaissent et les juges manquent de greffiers.
Ce livre part d’un constat simple : notre pays ne souffre pas d’un manque de moyens, mais d’une incapacité à arbitrer, à simplifier et à transmettre. Le déclin n’est pas une fatalité ; c’est une organisation.
Ce livre n’est pas un catalogue de promesses. Chaque proposition qui suit a été passée au crible d’un moteur de simulation construit sur vingt ans de données publiques — celles de l’INSEE, de la Cour des comptes, d’Eurostat, du Conseil d’orientation des retraites. Chaque chiffre est vérifiable. Chaque réforme affiche ses perdants avant ses gagnants, car un programme qui ne désigne que des gagnants est un programme qui ment. Notre promesse n’est pas que personne ne paiera : c’est que tout le monde paiera un peu, et que tout le monde y gagnera — pas tous en même temps, mais tous.
Et nous prenons un engagement sans précédent : nos objectifs à cinq ans seront publiés, mesurables, opposables. Si la dette n’a pas commencé à refluer, si le budget ne converge pas vers l’équilibre, les députés de notre majorité ne se représenteront pas. La parole publique redeviendra une dette d’honneur.
Deux mots, enfin, qu’on ne trouvera pas en titre de chapitre — et c’est voulu. L’écologie et l’intelligence artificielle ne sont pas des secteurs : ce sont des dimensions de tout. Les cantonner dans un ministère ou un chapitre, c’est déjà les trahir. Dans ce livre comme dans l’État que nous voulons, elles sont présentes dès la conception — dans chaque réforme, chaque norme, chaque investissement : l’école les enseigne, la ferme les pratique, l’hôpital s’en sert, la défense s’en arme. Tout doit être écologique et intelligent par construction, pas par rattrapage.
Mais « l’intelligence artificielle partout » n’est pas un slogan : c’est une chaîne physique, et nous la nommons. L’IA, ce sont d’abord des kilowattheures — sans électricité décarbonée et abondante, pas de calcul ; c’est tout le sens de notre programme nucléaire (chapitre XIII). Ce sont ensuite des centres de calcul et un cloud souverains, soustraits aux lois extraterritoriales (chapitre X). Ce sont des puces — et nous voulons en fabriquer sur le sol européen, en poussant nos champions du calcul, de SiPearl à VSora et Arago, plutôt que de dépendre à jamais d’un seul fournisseur étranger. Ce sont enfin des modèles ouverts, Mistral et OVH en tête. Le courant, le calcul, le cloud, la puce, le modèle : voilà les cinq étages, et nous les construirons tous.
C’est à cette aune qu’il faut juger les annonces. Les 200 milliards d’euros « d’ici 2040 » désormais agités dans le débat — dont la moitié publique, et dilués dans un fourre-tout « IA et innovation » — font à peine une quinzaine de milliards par an, sans qu’on sache au juste ce qu’ils financent ni ce qu’ils bâtissent. À l’heure où les géants américains engagent une telle somme en quelques mois, un chiffre rond étalé sur quinze ans n’est pas une ambition : c’est un élément de langage. Nous ne promettrons pas un montant ; nous construirons une chaîne.
Un mot, enfin, sur les autres — car les programmes sortent du bois. Ce livre ne demande pas qu’on le croie : il demande qu’on le calcule. Le moteur du chapitre XXIII auditera n’importe quel programme — le nôtre comme ceux d’en face — sous trois écoles économiques, en trente secondes. Alors comparons.
À gauche, le programme de Jean-Luc Mélenchon promet l’abondance par le déficit : de l’ordre de 250 à 300 milliards d’euros de dépenses nouvelles, une fiscalité alourdie de dizaines de milliards, la retraite à soixante ans — et, de son propre chiffrage, un déficit poussé près de 5 % du produit intérieur. Notre moteur a déjà audité un programme de cette famille : il affiche un solde flatteur à court terme, puis s’effondre après 2032, quand les recettes d’exception s’érodent et que les dépenses permanentes, elles, demeurent. Ajoutez-y les ambiguïtés répétées face à l’antisémitisme et une politique qui flatte les communautés au lieu de les réunir — l’exact contraire de notre chapitre XV —, et vous tenez la recette d’une déroute, sociale autant que budgétaire.
Au centre, le plus sérieux de nos concurrents avance souvent la bonne méthode — la capitalisation des retraites, une règle d’or budgétaire, le référendum —, et nous partageons ces constats sans la moindre gêne. Mais annoncer trois référendums et le gouvernement par ordonnances, c’est promettre une méthode, pas un cap : cela ne dit ni l’ordre des efforts, ni les perdants, et ne se soumet à aucun moteur public. La continuité gérée avec talent n’est pas la rupture chiffrée — et l’on ne délègue pas au référendum le courage de dire, avant l’élection, ce que chaque réforme coûtera et à qui.
Quant aux autres — le Rassemblement national, une gauche de gouvernement encore sans visage —, ils n’ont, à ce jour, aucun programme chiffré à opposer. Nous ne jugeons pas ce qui n’existe pas. Mais le moteur sera là le jour où ils poseront leurs chiffres : public, gratuit, implacable. Qu’ils s’y préparent.
Un mot personnel, pour finir — le seul de ce livre. Je l’écris en père de quatre filles, lyonnais devenu « parisien du centre » qui a fait, dans une ville et une époque où c’est devenu rare, le pari de la famille. C’est un choix, le mien, et je ne l’érige en modèle pour personne. Que des femmes disent aujourd’hui, librement, ne pas vouloir d’enfants — elles à qui l’on ne demandait pas leur avis hier, et que la société jugeait — est un progrès que ce livre défend autant que le reste : une liberté qui ne protégerait qu’un seul choix n’en serait pas une. Si j’insiste tant sur la natalité, ce n’est donc pas pour faire injonction à quiconque ; c’est pour lever les obstacles — le logement, la précarité, la double peine des mères — qui empêchent d’avoir des enfants celles et ceux qui en veulent. Je me refuse seulement à appeler les Français à parier sur l’avenir sans avoir engagé ce pari moi-même. Ce livre est écrit pour la génération de mes filles, et pour le pays que nous leur laisserons — qu’elles choisissent, ou non, d’y élever des enfants.
On ne redresse pas un pays en l’humiliant. On le redresse en lui redonnant le goût de l’exigence et le plaisir d’être fier de lui-même. Voilà le sursaut.
SOMMAIRE — LES 23 CHAPITRES
PREMIÈRE PARTIE — INSTRUIRE, SOIGNER, UNIR
- CHAPITRE I — L’ÉCOLE, MÈRE DE TOUTES LES RÉFORMES
Tout part de là. Notre école fabrique notre capital humain ; le capital humain facilite la productivité ; la productivité crée de la croissance ; la… - CHAPITRE II — ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET RECHERCHE : CHERCHER, TRANSMETTRE, INVENTER
Une puissance qui cesse de chercher finit par acheter aux autres ce qu’elle n’a pas découvert. La France conserve des universités, des grandes… - CHAPITRE III — LA FAMILLE ET LA NATALITÉ : MONTRER UN BEL AVENIR
Une nation qui cesse de faire des enfants est une nation qui cesse de croire en son avenir. Tout ce livre repose sur un pari démographique -les… - CHAPITRE IV — LA SANTÉ QUI SOIGNE
La France dépense pour sa santé parmi les sommes les plus élevées du monde, et ses soignants n’ont jamais été aussi épuisés, ses patients aussi… - CHAPITRE V — LES PLUS FRAGILES D’ABORD
Ce qui existe. Nous dépensons énormément pour soigner les conséquences et encore trop peu pour éviter qu’elles apparaissent. Le tabac provoque encore… - CHAPITRE VI — LA CULTURE, CIMENT ET PUISSANCE
La culture n’est pas la cerise sur le gâteau de la prospérité : elle est le ciment qui tient la nation et l’une de ses plus grandes industries…
DEUXIÈME PARTIE — TRAVAILLER ET PRODUIRE
- CHAPITRE VII — LE TRAVAIL ET LA FICHE DE PAIE
L’école forme les talents ; encore faut-il que le travail les récompense. Or la France est le pays où l’écart entre ce que l’employeur paie et ce que… - CHAPITRE VIII — LE MARCHÉ DU TRAVAIL : BOUGER, EMBAUCHER, REBONDIR
Le chapitre VII a parlé du travail tel qu’il paie — la fiche de paie, les charges, l’impôt. Celui-ci parle du marché du travail tel qu’il bouge :… - CHAPITRE IX — LES RETRAITES ET LE CAPITAL DES FRANÇAIS
Le socle du régime général français a été posé en 1945, pour un pays de plein emploi industriel où l’on vivait beaucoup moins longtemps après avoir… - CHAPITRE X — L’ÉTAT CATALYSEUR
L’État français ne manque ni de serviteurs dévoués ni de moyens : il manque d’une doctrine. La nôtre tient en une phrase : l’État ne doit pas diriger… - CHAPITRE XI — INDUSTRIE, PME ET ETI : FAIRE GRANDIR CEUX QUI PRODUISENT
La France ne manque pas d’entrepreneurs ; elle manque d’entreprises qui deviennent suffisamment grandes pour exporter massivement, investir… - CHAPITRE XII — TERRITOIRES ET LOGEMENT
Un pays où l’on ne peut plus se loger est un pays où l’on ne peut plus bouger ; un pays où l’on ne peut plus bouger est un pays où le travail ne… - CHAPITRE XIII — L’ÉNERGIE ET LE NUCLÉAIRE : LA SOUVERAINETÉ PAR LE COURANT
Il n’y a pas de souveraineté sans énergie, pas d’industrie sans électricité abondante et bon marché, pas de décarbonation sans une source stable. La… - CHAPITRE XIV — LA TERRE ET LA MER : RÉPARER, NOURRIR, PRODUIRE, TRANSMETTRE
Disons-le sans détour, parce que personne n’ose le dire aux agriculteurs en face : nous avons collectivement fait fausse route pendant des décennies,…
TROISIÈME PARTIE — PROTÉGER ET RASSEMBLER
- CHAPITRE XV — LA RÉPUBLIQUE QUI SE RESPECTE
Ce chapitre est le plus délicat du livre, et nous l’écrivons sans détour : une culture commune doit exister pour permettre la diversité. La France ne… - CHAPITRE XVI — JUSTICE ET SÉCURITÉ
Le vrai laxisme, ce n’est pas la peine trop douce : c’est la peine jamais exécutée. La France a voté cinq lois de sécurité et de justice en huit ans,… - CHAPITRE XVII — L’IMMIGRATION : CHOISIR, INTÉGRER, RENVOYER
Ce chapitre est le second volet d’un diptyque ouvert au chapitre XV. Là, nous avons dit ce que la République exige de tous ceux qui vivent ici : une… - CHAPITRE XVIII — L’OUTRE-MER : LES FRANCE D’AILLEURS
La France n’est pas seulement hexagonale. Des Caraïbes à l’océan Indien, de la Guyane au Pacifique, elle possède des territoires qui font d’elle une…
QUATRIÈME PARTIE — DÉFENDRE ET RAYONNER
- CHAPITRE XIX — L’EUROPE PUISSANCE
L’Europe a réussi le marché ; elle n’a jamais osé la puissance. Notre projet tient en une image : poser sur le marché unique à 27 ou plus, qui ne… - CHAPITRE XX — LA PAIX SE PRÉPARE
La guerre est revenue en Europe, et notre moteur de simulation comporte un scénario que nous aurions préféré ne jamais écrire : un choc géopolitique… - CHAPITRE XXI — LA RUSSIE : FERMETÉ, LUCIDITÉ, ET L’APRÈS-POUTINE
La Russie est à la fois une menace et un aiguillon. La guerre de Poutine et l’abandon de l’atlantisme par Trump ont fait, en trois ans, ce que trente… - CHAPITRE XXII — LA FRANCE, PUISSANCE D’ÉQUILIBRE : VERS UNE DIPLOMATIE EUROPÉENNE
La politique étrangère et la défense sont, depuis 1958, le domaine réservé du président. C’est un héritage qu’il faut assumer sans l’idolâtrer : car…
CINQUIÈME PARTIE — TENIR PAROLE
- CHAPITRE XXIII — LA MÉTHODE ET LE CONTRAT
Toutes les propositions de ce livre ne valent rien sans une question : qui vérifie, et que risquent ceux qui promettent ? Ce chapitre ne propose pas…
POUR FINIR
- ANNEXE — LA FEUILLE DE ROUTE : 100 JOURS, 1000 JOURS, ET LE MANDAT
Un programme ne vaut rien sans calendrier. Son principe reste celui qui ordonne tout le livre : créer la richesse avant de redistribuer durablement… - CONCLUSION — DU LABEUR, DE L’ADVERSITÉ, MAIS LA VICTOIRE
Au terme de ce livre, je ne veux pas vous mentir par optimisme, comme on a tant menti par démagogie. Les pages qui précèdent ne promettent pas de…