Pour nos enfants — le programme intégral

PRÉAMBULE — NI DÉCLINISTE, NI NAÏF

La France ne manque pas d’argent. Elle prélève chaque année plus de 1 250 milliards d’euros sur le travail, la consommation et le capital de ses habitants — un record du monde développé. Elle dépense davantage encore. Et pourtant, l’école recule, l’hôpital craque, les ponts s’affaissent et les juges manquent de greffiers.

Ce livre part d’un constat simple : notre pays ne souffre pas d’un manque de moyens, mais d’une incapacité à arbitrer, à simplifier et à transmettre. Le déclin n’est pas une fatalité ; c’est une organisation.

Ce livre n’est pas un catalogue de promesses. Chaque proposition qui suit a été passée au crible d’un moteur de simulation construit sur vingt ans de données publiques — celles de l’INSEE, de la Cour des comptes, d’Eurostat, du Conseil d’orientation des retraites. Chaque chiffre est vérifiable. Chaque réforme affiche ses perdants avant ses gagnants, car un programme qui ne désigne que des gagnants est un programme qui ment. Notre promesse n’est pas que personne ne paiera : c’est que tout le monde paiera un peu, et que tout le monde y gagnera — pas tous en même temps, mais tous.

Et nous prenons un engagement sans précédent : nos objectifs à cinq ans seront publiés, mesurables, opposables. Si la dette n’a pas commencé à refluer, si le budget ne converge pas vers l’équilibre, les députés de notre majorité ne se représenteront pas. La parole publique redeviendra une dette d’honneur.

Deux mots, enfin, qu’on ne trouvera pas en titre de chapitre — et c’est voulu. L’écologie et l’intelligence artificielle ne sont pas des secteurs : ce sont des dimensions de tout. Les cantonner dans un ministère ou un chapitre, c’est déjà les trahir. Dans ce livre comme dans l’État que nous voulons, elles sont présentes dès la conception — dans chaque réforme, chaque norme, chaque investissement : l’école les enseigne, la ferme les pratique, l’hôpital s’en sert, la défense s’en arme. Tout doit être écologique et intelligent par construction, pas par rattrapage.

Mais « l’intelligence artificielle partout » n’est pas un slogan : c’est une chaîne physique, et nous la nommons. L’IA, ce sont d’abord des kilowattheures — sans électricité décarbonée et abondante, pas de calcul ; c’est tout le sens de notre programme nucléaire (chapitre XI). Ce sont ensuite des centres de calcul et un cloud souverains, soustraits aux lois extraterritoriales (chapitre IX). Ce sont des puces — et nous voulons en fabriquer sur le sol européen, en poussant nos champions du calcul, de SiPearl à VSora et Arago, plutôt que de dépendre à jamais d’un seul fournisseur étranger. Ce sont enfin des modèles ouverts, Mistral et OVH en tête. Le courant, le calcul, le cloud, la puce, le modèle : voilà les cinq étages, et nous les construirons tous.

C’est à cette aune qu’il faut juger les annonces. Les 200 milliards d’euros « d’ici 2040 » désormais agités dans le débat — dont la moitié publique, et dilués dans un fourre-tout « IA et innovation » — font à peine une quinzaine de milliards par an, sans qu’on sache au juste ce qu’ils financent ni ce qu’ils bâtissent. À l’heure où les géants américains engagent une telle somme en quelques mois, un chiffre rond étalé sur quinze ans n’est pas une ambition : c’est un élément de langage. Nous ne promettrons pas un montant ; nous construirons une chaîne.

Un mot, enfin, sur les autres — car les programmes sortent du bois. Ce livre ne demande pas qu’on le croie : il demande qu’on le calcule. Le moteur du chapitre XXI auditera n’importe quel programme — le nôtre comme ceux d’en face — sous trois écoles économiques, en trente secondes. Alors comparons.

À gauche, le programme de Jean-Luc Mélenchon promet l’abondance par le déficit : de l’ordre de 250 à 300 milliards d’euros de dépenses nouvelles, une fiscalité alourdie de dizaines de milliards, la retraite à soixante ans — et, de son propre chiffrage, un déficit poussé près de 5 % du produit intérieur. Notre moteur a déjà audité un programme de cette famille : il affiche un solde flatteur à court terme, puis s’effondre après 2032, quand les recettes d’exception s’érodent et que les dépenses permanentes, elles, demeurent. Ajoutez-y les ambiguïtés répétées face à l’antisémitisme et une politique qui flatte les communautés au lieu de les réunir — l’exact contraire de notre chapitre XIII —, et vous tenez la recette d’une déroute, sociale autant que budgétaire.

Au centre, le plus sérieux de nos concurrents avance souvent la bonne méthode — la capitalisation des retraites, une règle d’or budgétaire, le référendum —, et nous partageons ces constats sans la moindre gêne. Mais annoncer trois référendums et le gouvernement par ordonnances, c’est promettre une méthode, pas un cap : cela ne dit ni l’ordre des efforts, ni les perdants, et ne se soumet à aucun moteur public. La continuité gérée avec talent n’est pas la rupture chiffrée — et l’on ne délègue pas au référendum le courage de dire, avant l’élection, ce que chaque réforme coûtera et à qui.

Quant aux autres — le Rassemblement national, une gauche de gouvernement encore sans visage —, ils n’ont, à ce jour, aucun programme chiffré à opposer. Nous ne jugeons pas ce qui n’existe pas. Mais le moteur sera là le jour où ils poseront leurs chiffres : public, gratuit, implacable. Qu’ils s’y préparent.

Un mot personnel, pour finir — le seul de ce livre. Je l’écris en père de quatre filles, lyonnais devenu « parisien du centre » qui a fait, dans une ville et une époque où c’est devenu rare, le pari de la famille. C’est un choix, le mien, et je ne l’érige en modèle pour personne. Que des femmes disent aujourd’hui, librement, ne pas vouloir d’enfants — elles à qui l’on ne demandait pas leur avis hier, et que la société jugeait — est un progrès que ce livre défend autant que le reste : une liberté qui ne protégerait qu’un seul choix n’en serait pas une. Si j’insiste tant sur la natalité, ce n’est donc pas pour faire injonction à quiconque ; c’est pour lever les obstacles — le logement, la précarité, la double peine des mères — qui empêchent d’avoir des enfants celles et ceux qui en veulent. Je me refuse seulement à appeler les Français à parier sur l’avenir sans avoir engagé ce pari moi-même. Ce livre est écrit pour la génération de mes filles, et pour le pays que nous leur laisserons — qu’elles choisissent, ou non, d’y élever des enfants.

On ne redresse pas un pays en l’humiliant. On le redresse en lui redonnant le goût de l’exigence et le plaisir d’être fier de lui-même. Voilà le sursaut.

PREMIÈRE PARTIE — INSTRUIRE, SOIGNER, UNIR

L’humain d’abord : l’école, la famille, la santé, les plus fragiles, la culture.

On ne relève pas un pays par ses comptes : on le relève par ses enfants, ses malades, ses anciens et ses œuvres. Avant de parler de richesse et de dette, ce livre commence par ce qui en est la raison d’être — l’humain. C’est l’ordre des fins ; les moyens viendront juste après.

CHAPITRE I — L’ÉCOLE, MÈRE DE TOUTES LES RÉFORMES

Tout part de là. Notre école fabrique notre capital humain ; le capital humain facilite la productivité ; la productivité crée de la croissance ; la croissance finance l’école. Quand ce cercle se brise, tout se dérègle : les comptes publics, l’industrie, la cohésion, et jusqu’à la démocratie elle-même — car des cerveaux vides voteront dans dix ans.

Proposition 1 — Rendre les clés des établissements à ceux qui les dirigent

Ce qui existe. Un chef d’établissement français ne choisit ni ses enseignants, ni ses méthodes, ni l’usage fin de son budget. Tout remonte aux rectorats -trente académies, des dizaines de milliers d’agents- puis redescend en circulaires.

Ce que l’on constate. Les pays qui progressent dans les comparaisons internationales (Portugal, Pologne, Estonie) ont tous donné de l’autonomie à leurs établissements. La France, elle, a vu le niveau de ses élèves de quatrième en mathématiques reculer au fil de chaque enquête internationale depuis vingt ans.

Ce qui nous menace. Une génération entière formée en dessous de son potentiel : moins d’ingénieurs, moins d’artisans qualifiés, moins de citoyens capables de distinguer un fait d’une rumeur. La facture arrive entre 2030 et 2040, au moment précis où l’intelligence artificielle exigera des esprits solides.

Ce que nous ferons. Chaque chef d’établissement recrutera son équipe, disposera de son budget et répondra de ses résultats. Les rectorats seront ramenés à une fonction de contrôle et d’appui ; pas de commandement.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les états-majors académiques, dont les effectifs fondront, et le confort de l’uniformité. Y perdent aussi les barons de l’édition éducative aux monopoles immobilisants. Y gagnent : les professeurs, traités en professionnels et non en exécutants ; les parents, qui sauront qui est responsable ; les élèves des quartiers difficiles, premiers bénéficiaires des équipes stables et volontaires.

Pourquoi tout le monde y gagne. L’autonomie ne désengage pas l’État : elle le rend enfin lisible. Un établissement responsable attire de meilleurs maîtres, qui produisent de meilleurs élèves, qui rendent à la nation davantage qu’elle n’a investi. Même les rectorats y gagnent une mission digne : évaluer au lieu d’administrer. Renouer avec l’engagement républicain d’élévation sociale par l’école et l’apprentissage.

Les chiffres. Coût : nul — une réorganisation, pas une dépense. Rapport : le levier d’amont de tout le reste ; le moteur relève la croissance potentielle à partir de 2031, lorsqu’un meilleur niveau scolaire produit ses effets (≈ huit ans de délai, comme l’Allemagne des années 2000). Inaction : vingt ans de recul en mathématiques de quatrième à chaque enquête internationale — une cohorte sous-formée se paie en points de produit intérieur brut sur 2030-2040. Trajectoire : neutre pour la dette, rendement diffus de long terme. Concrètement : trente académies recentrées du commandement vers l’évaluation — l’autonomie que le Portugal, la Pologne et l’Estonie ont prise avant nous.

Proposition 2 — Payer les professeurs comme on paie ce qui compte

Ce qui existe. Un professeur certifié débute autour de 2 100 euros brut. Après quinze ans, il a perdu, en euros constants, près d’un cinquième du pouvoir d’achat qu’avait son prédécesseur des années 1980. Les concours ne font plus le plein.

Ce que l’on constate. On ne bâtit pas une école d’excellence avec un métier que les meilleurs étudiants évitent. La Corée, Singapour, la Finlande recrutent leurs maîtres dans le premier tiers de leurs diplômés. La France recrute parmi « ce qui reste ».

Ce qui nous menace. Un effondrement silencieux : dans dix ans, une pénurie durable de professeurs de mathématiques, de lettres, d’allemand… et des générations confiées à des contractuels formés en quelques jours.

Ce que nous ferons. Huit milliards d’euros de revalorisation sur le mandat, financés à l’intérieur d’un budget de l’Éducation nationale sanctuarisé, parce que, dans le même temps, 200 000 postes non enseignants (sur-administration, rectorats, opérateurs) ne seront pas remplacés. L’argent ira au tableau noir, plus aux organigrammes. La formation des maîtres sera refondue : recrutement exigeant, vraies écoles professionnelles, compagnonnage. Engagement d’apprendre à nos profs à apprendre !

Qui y perd, qui y gagne. Y perd : la bureaucratie scolaire, qui devra maigrir au rythme des départs en retraite, sans aucun licenciement individuel. Y gagnent : tous les enseignants, dont le métier redevient une fierté ; et l’État, qui dépense autant mais dépense juste. On paie les profs !

Pourquoi tout le monde y gagne. C’est le même budget, mieux alloué. La nation ne paie pas plus cher son école ; elle cesse de payer ce qui n’enseigne pas.

Les chiffres. Coût : +8 milliards par an à terme (montée de +1,6 milliard par an, 2028-2032). Rapport : à budget constant — financé par le non-remplacement de 200 000 postes non enseignants ; un certifié débute à ~2 100 € brut, soit près d’un cinquième de pouvoir d’achat perdu en quarante ans. Inaction : des concours qui ne font plus le plein → pénurie durable de professeurs (mathématiques, lettres, allemand) et classes confiées à des contractuels formés en quelques jours. Trajectoire : neutre pour la dette (redéploiement dans un budget sanctuarisé). Concrètement : la Corée, Singapour et la Finlande recrutent leurs maîtres dans le premier tiers des diplômés — c’est le vivier que nous visons.

Proposition 3 — En finir avec Parcoursup, rétablir l’épreuve

Ce qui existe. Le baccalauréat repose désormais largement sur le contrôle continu ; l’accès au supérieur, sur un algorithme d’affectation que personne ne comprend et que tout le monde subit.

Ce que l’on constate. Le contrôle continu a transformé les deux dernières années de lycée en course aux points, où la note locale remplace l’exigence nationale. Parcoursup a déplacé l’angoisse sans créer la justice : les initiés optimisent, les autres subissent. Certains disent que la France s’offre à eux alors que sans cet outil ils seraient cantonnés à peu de choix, mais l’outil est la caisse de résonnance des aspérités du supérieur dans notre pays : les meilleurs sont les plus demandés, les plus riches sont les mieux marketés, et finalement, rien n’est devenu égalitaire depuis Parcoursup !

Ce qui nous menace. Un diplôme national qui ne certifie plus rien, des universités qui re-testent ce que le bac devait garantir, et une défiance durable des familles envers l’institution. On ne teste d’ailleurs aujourd’hui que la connaissance qui elle-même perd de sa valeur avec l’avènement de l’IA.

Ce que nous ferons. L’année de terminale sera réorganisée autour d’épreuves nationales terminales écrites et orales qui redeviendront la clé d’entrée dans le supérieur. Parcoursup sera supprimé ; l’orientation reposera sur les résultats, les concours et les capacités d’accueil, publiés à l’avance. Les programmes dès le primaire remettront à l’honneur les humanités, l’oralité, le collectif et la capacité à apprendre, à être curieux. Avec l’IA comme amie.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les stratèges du dossier scolaire et le confort des notes maison. Y gagnent : les élèves travailleurs de tous les milieux — l’épreuve anonyme reste le plus puissant instrument d’égalité que la République ait inventé, surtout si l’on évalue de plus en plus de ‘skills’ et de moins en moins de connaissance figée.

Pourquoi tout le monde y gagne. Quand le diplôme redevient un signal fiable, les employeurs recrutent mieux, les universités enseignent au lieu de trier, et les familles cessent de payer des officines d’optimisation. La confiance est un bien public ; l’épreuve la restaure.

Les chiffres. Coût : quasi nul — fermer une plateforme d’affectation coûteuse, organiser des épreuves nationales. Rapport : un diplôme qui certifie de nouveau, donc des universités qui enseignent au lieu de re-tester et des familles qui cessent de payer les officines d’optimisation. Inaction : un baccalauréat dévalué par le contrôle continu, et une dépense privée croissante pour les ménages. Trajectoire : neutre pour la dette. Concrètement : l’épreuve nationale anonyme — le plus puissant instrument d’égalité que la République ait inventé — rétablie comme clé d’entrée dans le supérieur.

Proposition 4 — Une culture commune, de Rabelais à Aya Nakamura

Ce qui existe. Des programmes émiettés, réécrits à chaque alternance, où l’histoire se picore, où l’oral n’est évalué qu’in extremis, et où la culture générale est tenue pour un luxe daté.

Ce que l’on constate. Des élèves de quinze ans incapables de situer cinq grandes villes françaises sur une carte ; des bacheliers qui n’ont jamais pris la parole en public dix minutes. Pendant ce temps, les réseaux (sociaux) fabriquent des identités de substitution et l’algorithme remplit le vide que l’école a laissé.

Ce qui nous menace. Une nation sans références partagées n’est plus une nation : c’est une juxtaposition de communautés qui cohabitent (au mieux) en se surveillant. Le communautarisme ne gagne pas parce qu’il est fort ; il gagne parce que le socle commun s’est délité.

Ce que nous ferons. Un socle assumé : langue, littérature, histoire, géographie, arts, économie réelle, sciences appliquées, éducation civique — et l’oral, enseigné et évalué de la sixième à la terminale. Le brassage culturel n’est pas l’ennemi : il n’est possible que si le socle existe. Aya Nakamura, oui — si l’on comprend aussi Rabelais.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les marchands de relativisme, et ceux qui prospèrent sur la fragmentation. Y gagnent : d’abord les enfants des milieux populaires, à qui l’école doit ce que leur famille ne peut pas toujours transmettre : c’est cela, l’ascenseur social.

Pourquoi tout le monde y gagne. Une culture commune réduit les frais de la défiance : moins de conflits identitaires, plus de mobilité sociale, une démocratie qui débat au lieu de s’invectiver. C’est ici l’investissement au rendement le plus élevé de tout ce projet.

Les chiffres. Coût : nul en propre — programmes et oral portés par les moyens de la proposition 5. Rapport : la cohésion est un capital qui abaisse les frais de la défiance — surveillance, conflits identitaires, immobilité sociale. Inaction : un socle commun qui se délite, et un communautarisme qui ne gagne pas par force mais par le vide laissé. Trajectoire : neutre pour la dette, pour le rendement diffus le plus élevé du livre. Concrètement : l’oral enseigné et évalué de la sixième à la terminale, et un socle commun assumé, de la langue aux sciences appliquées.

Proposition 5 — Libérer l’école du monopole des manuels, armer les maîtres pour l’intelligence artificielle

Ce qui existe. Les programmes sont, dans les faits, dictés par un oligopole de maisons d’édition ; le numérique éducatif accumule les plans sans stratégie ; l’intelligence artificielle entre dans les cartables plus vite que dans la formation des maîtres.

Ce que l’on constate. Les élèves utilisent déjà l’intelligence artificielle : sans méthode, sans recul, parfois pour tricher. Les professeurs, eux, n’ont reçu ni outils, ni doctrine. L’écart se creuse chaque trimestre. Et le dogme l’emporte toujours sur l’expérience et l’usage… maintenant l’appareil éducatif dans une posture rétrograde.

Ce qui nous menace. Une génération qui sous-traite sa pensée à la machine, faute d’avoir appris à s’en servir en maître. Le sujet n’est pas technologique : il est humain, pédagogique, culturel.

Ce que nous ferons. Des ressources pédagogiques nationales libres, produites sous l’autorité de l’État avec les meilleurs enseignants ; une formation massive des maîtres à l’intelligence artificielle — l’outil au service de la correction, de la personnalisation, du diagnostic ; et une règle claire pour les élèves : l’intelligence artificielle s’apprend, elle ne se subit pas. Apprendre à apprendre devient la première des disciplines.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : la rente éditoriale et les vendeurs de tableaux numériques sans usage. Y gagnent : les professeurs, déchargés des tâches répétitives ; les élèves en difficulté, premiers servis par la personnalisation ; le contribuable, qui cesse de racheter tous les quatre ans les mêmes manuels réédités.

Pourquoi tout le monde y gagne. Le pays qui apprendra le mieux à vivre avec l’intelligence artificielle gagnera la décennie. Ce pays doit être le nôtre, et cela commence en classe de sixième. En juin 2026, on apprend que la Chine a mis fin à 12 000 diplômes universitaires (soit près du tiers de ses diplômes !) pour en faire naître 10 000 « AI ready » dans toutes les filières : nous ne pouvons plus attendre !

Les chiffres. Coût : +2 milliards par an à terme (formation, matériels, intelligence artificielle — levier « école-moyens » du moteur, +1 milliard dès 2028). Rapport : la fin de la rente éditoriale (plus de rachat des mêmes manuels tous les quatre ans) et une intelligence artificielle qui décharge les professeurs des tâches répétitives. Inaction : des élèves qui se servent déjà de l’IA sans méthode et des maîtres sans outils — l’écart se creuse chaque trimestre. Trajectoire : 2 milliards intégrés à la trajectoire, rendement de long terme par le capital humain. Concrètement : la Chine a fermé en 2026 près de 12 000 cursus universitaires — un tiers du total — pour en ouvrir 10 000 « prêts pour l’IA » ; le temps d’attendre n’existe plus.

CHAPITRE II — LA FAMILLE ET LA NATALITÉ : MONTRER UN BEL AVENIR

Une nation qui cesse de faire des enfants est une nation qui cesse de croire en son avenir. Tout ce livre repose sur un pari démographique -les retraites, la croissance, l’école, et nous n’avions pas encore dit comment infléchir la courbe. La fécondité française est tombée à 1,56 enfant par femme, le plus bas depuis 1919 ; les décès l’emportent désormais sur les naissances chaque année ; la population atteindra son maximum vers 2037 avant de décliner. Nous refusons deux impasses : le natalisme réactionnaire qui renvoie les femmes au foyer -et qui n’a jamais fonctionné- et le déni qui feint de ne rien voir. Notre voie est la seule que les faits valident : rendre possible d’être mère et libre, et redonner à la jeunesse des raisons de croire en demain.

Proposition 99 — Faire de la natalité une cause nationale — par la liberté, jamais par la contrainte

Ce qui existe. La France fut longtemps l’exception féconde de l’Europe. Cette exception est finie : 1,56 enfant par femme en 2025, le plus bas depuis 1919, et un solde naturel désormais négatif ; plus de cercueils que de berceaux.

Ce que l’on constate. Deux écoles s’affrontent et échouent ensemble. Le natalisme réactionnaire, qui rêve de renvoyer les femmes au foyer : il n’a jamais marché — toutes les primes françaises de 1945 à 1985 n’ont relevé la fécondité que de 0,15 enfant par femme. Et le déni, qui refuse de voir qu’une société sans enfants vieillit, cesse de créer de la valeur, et devient dépendante d’une immigration qu’elle n’a pas choisie qu’elle refuse par ailleurs massivement !

Ce qui nous menace. Le déclin programmé : pic de population vers 2037, puis une France qui rétrécit, des actifs toujours moins nombreux pour des retraités toujours plus âgés — les trois chocs du chapitre VIII, aggravés à la racine.

Ce que nous ferons. Faire de la natalité une cause nationale, et dire d’emblée la méthode : par la liberté, jamais par la contrainte. Nous ne paierons pas les Français pour enfanter mais nous lèverons, un par un, les obstacles qui les en dissuadent : la double peine des femmes, la précarité des jeunes, le logement, l’angoisse de l’avenir. L’État ne fera pas d’enfants à la place des couples ; il fera en sorte que ceux qui en veulent puissent en avoir. C’est une politique de moyens, pas d’injonction.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les nostalgiques de la femme au foyer, et les autruches qui nient le vieillissement. Y gagnent : les couples qui désirent des enfants et y renoncent par contrainte ; et la nation entière, dont l’avenir se joue dans ses berceaux.

Pourquoi tout le monde y gagne. Une natalité fondée sur la liberté des femmes n’est pas l’ennemie du progrès : elle en est la preuve. Et elle retire à l’extrême droite son arme préférée car la dénatalité est française avant d’être une affaire d’origines, et c’est en faisant à nouveau envie d’avenir qu’on la renverse, non en désignant des boucs émissaires.

Les chiffres. Coût : nul en propre — une doctrine (la liberté, jamais la prime). Rapport : le levier le plus en amont de tout — retraites, croissance, école — et l’arme du « Grand Remplacement » désamorcée, la dénatalité étant française avant d’être une affaire d’origines. Inaction : fécondité tombée à 1,56 (plus bas depuis 1919), solde naturel négatif, pic de population vers 2037 puis déclin — les trois chocs du chapitre VIII aggravés à la racine. Trajectoire : neutre ici ; et disons-le, la natalité est un pari de long terme — un enfant né en 2027 n’entre dans la vie active que vers 2047 : sur l’horizon du livre, c’est un coût, pas un gain. Concrètement : toutes les primes natalistes de 1945 à 1985 n’ont relevé la fécondité que de 0,15 enfant par femme — la preuve, par l’échec, que l’argent ne fait pas les berceaux.

Proposition 100 — Mère ET active : la conciliation comme politique, pas comme slogan

Ce qui existe. Dans les faits, une Française doit encore trop souvent choisir : sa carrière ou ses enfants. Les modes de garde manquent, le congé parental reste pris à 99 % par les mères, et l’aménagement du travail dépend du bon vouloir d’un employeur pas toujours progressiste !

Ce que l’on constate. Les pays qui ont enrayé la chute de la fécondité sont ceux qui ont rendu compatibles le travail et la maternité : crèches accessibles, pères qui prennent leur part, entreprises qui s’adaptent. La donnée est solide -c’est l’accueil du jeune enfant, bien plus que les primes, qui explique les écarts de fécondité entre pays riches.

Ce qui nous menace. Tant que faire un enfant signifie, pour une femme, mettre sa carrière en pause et sa charge mentale au maximum, beaucoup repousseront puis renonceront, le temps biologique ne se rattrapant pas.

Ce que nous ferons. Mettre la place des femmes au cœur de la politique du travail, pour de vrai. Un service public de la petite enfance : des places de crèche en nombre, objectif chiffré et audité, priorité aux territoires qui en manquent. Un congé parental réellement partagé, avec une part réservée au second parent qui se perd s’il ne la prend pas : c’est ainsi que les pays du Nord ont rééquilibré la charge. L’aménagement du travail des parents de jeunes enfants inscrit dans la loi, et non suspendu au post-it d’une direction des ressources humaines. Et l’exemplarité de l’État employeur, qui montrera la voie avant de l’exiger des autres.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : la vieille organisation du travail qui faisait porter l’enfant à la seule mère, et le confort des employeurs qui s’en lavaient les mains. Y gagnent : les femmes, qui cessent d’arbitrer entre être mère et exister professionnellement ; les pères, rendus à leurs enfants ; et les entreprises, qui retiennent des talents qu’elles perdaient.

Pourquoi tout le monde y gagne. Quand être mère cesse de coûter une carrière, on fait plus d’enfants et de meilleures carrières. C’est le seul levier dont la science soit sûre : changer non le portefeuille, mais l’organisation. Un changement de société, pas une aumône.

Les chiffres. Coût : réel — un service public de la petite enfance, de l’ordre de 3 milliards par an pour combler le manque de places (~200 000) et les ~10 000 professionnels manquants ; financé d’abord par réorientation de la politique familiale existante (la France met déjà ~66 milliards, 2,25 % du PIB — trop en transferts monétaires, pas assez en services). Rapport : le seul levier de fécondité prouvé dans les pays riches — l’accueil du jeune enfant, bien plus que les primes. Inaction : une fécondité qui s’effondre, et le temps biologique qui ne se rattrape pas. Trajectoire : dépense réelle, en partie redéploiement ; rendement démographique au-delà de l’horizon du moteur. Concrètement : la natalité ne coûte pas plus, elle coûte mieux — un euro de crèche pèse, pour la fécondité, davantage que dix euros de prime.

Proposition 101 — Lever les freins des jeunes : sans sécurité, pas d’enfants

Ce qui existe. On demande aux jeunes de faire des enfants au moment précis où tout leur dit d’attendre : études qui s’allongent, premiers salaires écrasés, emplois menacés par l’automatisation, logement inaccessible dans les villes où sont les emplois. Peu ou pas de structures d’accueil pour les bébés (crèches).

Ce que l’on constate. On ne fonde pas une famille sur du sable. Le désir d’enfant ne s’effondre pas par égoïsme : il recule devant l’insécurité — un contrat précaire, un studio hors de prix, un avenir illisible. La natalité est, au fond, un baromètre de la confiance.

Ce qui nous menace. Une génération qui voudrait des enfants mais n’ose pas — et qui, à force de reporter, n’en aura pas. Le renoncement par prudence est le plus irréversible de tous.

Ce que nous ferons. Donner aux jeunes le socle sans lequel aucune politique familiale ne tient. La sécurité économique d’abord : l’emploi et les salaires d’entrée (chapitre VI), le logement des jeunes ménages (chapitre X) traités comme une priorité nationale. Et, en complément seulement — car ils ne suffisent jamais seuls —, des coups de pouce ciblés aux grandes transformations de la vie de famille : aides au passage à un logement plus grand, à un véhicule familial, allègements pour les jeunes parents. Non pour acheter des naissances, mais pour lever le dernier obstacle quand le désir, lui, est déjà là.

Qui y perd, qui y gagne. Y perd : l’idée que la natalité se décrète d’en haut, sans toucher à la condition réelle des jeunes. Y gagnent : les jeunes couples, sécurisés ; et le pays, qui transforme une angoisse de l’avenir en projet de famille.

Pourquoi tout le monde y gagne. Un jeune qui se sent en sécurité fait des enfants ; un jeune qui a peur les remet à plus tard, c’est-à-dire à jamais. Sécuriser la jeunesse, c’est la politique familiale la plus efficace qui soit — et elle profite à tout le reste.

Les chiffres. Coût : l’essentiel est déjà compté aux chapitres VI (emploi, salaires) et X (logement) ; les coups de pouce aux grandes transformations (logement plus grand, véhicule familial) sont un complément ciblé et modéré. Rapport : la sécurité économique lève le frein numéro un au désir d’enfant. Inaction : le renoncement par prudence — le plus irréversible de tous, car le temps biologique ne se rattrape pas. Trajectoire : complément modéré, le gros étant compté ailleurs. Concrètement : la natalité est un baromètre de la confiance — on ne fonde pas une famille sur un contrat précaire et un studio hors de prix.

Proposition 102 — Rendre l’avenir désirable : apaiser, éduquer, transmettre l’enjeu

Ce qui existe. Une génération grandit dans l’anxiété -du climat, de l’intelligence artificielle, du déclassement ou de la guerre, et dans un rapport au couple et à l’intime devenu compliqué. Le désir d’enfant suppose une confiance en l’avenir que l’époque abîme.

Ce que l’on constate. On ne fait pas d’enfants quand on croit le monde fini. Et la relation à l’autre s’est tendue : la juste exigence du consentement, après des décennies d’abus enfin nommés, a parfois viré, chez les plus jeunes, en défiance généralisée — jusqu’au sein du couple. Rappeler que le respect et le désir ne s’opposent pas n’est pas un retour en arrière : c’est la condition d’une vie intime apaisée.

Ce qui nous menace. Une jeunesse qui ne se projette plus -ni dans l’avenir, ni dans l’autre-, et une dénatalité qui s’enracine dans le découragement plutôt que dans le calcul pendant qu’un obscurantisme s’installe aussi autour de tout ce qui touche à la sexualité devenue « sale » chez les plus jeunes !

Ce que nous ferons. Rendre l’avenir à nouveau désirable, par le récit autant que par les actes. Une éducation à la vie relationnelle et sexuelle apaisée, où le consentement s’enseigne comme une grammaire commune et non comme le procès d’un sexe par l’autre. La pédagogie de l’enjeu, dite franchement aux quinze-vingt-cinq ans : que l’avenir du pays, de ses retraites, de son modèle, repose aussi sur eux — non comme un fardeau, mais comme une responsabilité qui rend fier. Et, partout dans ce livre, des raisons concrètes d’espérer : c’est la somme des autres chapitres — l’école, le travail, la sécurité, l’Europe puissance — qui redonne le goût de l’avenir, donc des enfants. Coincées entre \#metoo et les montées des radicalismes religieux, la génération Z et pire encore l’Alpha, trimballent un nombre inqualifiable de façons de se définir ou non sexuellement tout en étant dans le même temps pétrifiés face à l’acte sexuel banal… l’Etat ne peut pas se glisser dans les draps des Français, mais peut-être que l’école a là encore un rôle, adossé à la laïcité, à prendre, en enseignant la sexualité sans tabous ? Nous le verrons bien.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : le catastrophisme qui paralyse, et le découragement érigé en lucidité. Y gagnent : les jeunes, à qui l’on rend une perspective ; et la société, qui cesse de se raconter sa propre fin.

Pourquoi tout le monde y gagne. On ne fait pas d’enfants par devoir, mais par espérance. Une nation qui redonne à sa jeunesse le goût de l’avenir a déjà fait l’essentiel de sa politique familiale — le reste suit, parce que la confiance est contagieuse.

Les chiffres. Coût : marginal — une éducation à la vie relationnelle et une pédagogie de l’enjeu, sans dépense propre. Rapport : rendre l’avenir désirable, sans quoi aucune prime ne fonctionne ; c’est la somme des autres chapitres (école, travail, sécurité, Europe) qui redonne le goût de l’avenir. Inaction : une jeunesse qui ne se projette plus, et une dénatalité de découragement plutôt que de calcul. Trajectoire : marginal pour la dette. Concrètement : le consentement enseigné comme une grammaire commune — non comme le procès d’un sexe par l’autre — et l’enjeu démographique dit franchement aux 15-25 ans.

CHAPITRE III — LA SANTÉ QUI SOIGNE

La France dépense pour sa santé parmi les sommes les plus élevées du monde, et ses soignants n’ont jamais été aussi épuisés, ses patients aussi inquiets, ses urgences aussi pleines. Le diagnostic est le même qu’à l’école : ce n’est pas l’argent qui manque, c’est l’organisation qui dévore l’argent. Notre règle tient en une formule : moins d’État-administration, plus d’État-service. Nulle part elle ne s’applique mieux qu’à l’hôpital.

Proposition 28 — Rendre l’hôpital aux soignants

Ce qui existe. Un médecin ou une infirmière d’hôpital consacre une part considérable de son temps à autre chose que les soins : saisies, codages, comptes rendus en plusieurs exemplaires, certifications, tableaux à remplir pour des agences qui ne soignent personne. Au-dessus, des strates (administrations centrales, agences régionales, directions) qui produisent de la norme plus vite que l’hôpital ne produit du soin.

Ce que l’on constate. Les soignants ne fuient pas leur métier : ils fuient ce qu’on en a fait. Les démissions et les postes vacants ne sont pas une crise des vocations, mais une grève silencieuse contre la paperasse.

Ce qui nous menace. Un système qui paie des soignants à ne pas soigner finira par ne plus avoir ni les soignants, ni les soins. À dix ans : des services entiers fermés faute de bras, dans un pays vieillissant qui en aura davantage besoin.

Ce que nous ferons. Chaque heure administrative arrachée au soin sera traquée comme une dépense indue. L’intelligence artificielle prendra en charge la saisie, le codage, la circulation des dossiers entre l’hôpital, la Sécurité sociale et les mutuelles (un seul flux, une seule saisie). Les services seront dirigés par des binômes médecin-cadre responsables de leurs résultats ; les agences et directions redondantes maigriront au rythme des départs en retraite, sans un licenciement. Plusieurs dizaines de personnes responsables du 100% santé à l’AP-HP, ce n’est plus possible ! L’IA est là pour ça !

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : la technostructure sanitaire, les producteurs de tableaux de bord que personne ne lit. Y gagnent : les soignants, rendus à leur vocation ; les patients, mieux pris en charge ; le contribuable, qui paie enfin du soin.

Pourquoi tout le monde y gagne. Le même budget, débarrassé de ce qui ne soigne pas, soigne davantage. C’est la réforme la moins coûteuse et la plus rentable de tout ce chapitre : elle ne demande pas un euro, elle demande du courage.

Les chiffres. Coût : nul — une réorganisation de la gouvernance, pas une dépense. Rapport : du temps de soin rendu, l’intelligence artificielle absorbant la saisie, le codage et la circulation des dossiers (un seul flux hôpital-Sécu-mutuelle, une seule saisie). Inaction : les démissions et les postes vacants ne sont pas une crise des vocations mais une grève silencieuse contre la paperasse ; à dix ans, des services fermés faute de bras. Trajectoire : neutre pour la dette. Concrètement : des dizaines d’agents mobilisés pour le seul « 100 % santé » à l’AP-HP — ce que l’IA fera désormais —, et des binômes médecin-cadre responsables de leurs résultats.

Proposition 29 — Dix pour cent de plus pour la santé, hors Sécurité sociale, en cinq ans

Ce qui existe. Le budget de la santé est piloté chaque année dans l’urgence, rallonge après rallonge, sans visibilité pour les hôpitaux ni pour les professionnels. On éteint des incendies ; on n’investit pas.

Ce que l’on constate. Les murs se fissurent, les équipements vieillissent, le numérique hospitalier accumule des décennies de retard. Quand l’investissement manque, c’est le fonctionnement qui paie : matériel en panne, temps perdu, soignants usés.

Ce qui nous menace. Le vieillissement de la population est la seule certitude démographique du demi-siècle. Un système hospitalier sous-investi qui aborde cette vague, c’est un mur qui avance vers nous à date connue.

Ce que nous ferons. Le budget de la santé hors Sécurité sociale augmentera de dix pour cent sur cinq ans (trajectoire publiée, opposable, conforme à notre règle d’or : l’investissement avant le fonctionnement). Cet argent ira aux murs, aux équipements, au numérique qui libère du temps de soin, à la formation. En contrepartie, les déremboursements seront ciblés sur ce dont l’utilité n’est pas démontrée, et la refonte de la gestion de la Sécurité sociale dégagera ses propres économies. Pas un euro nouveau sans un euro mieux dépensé.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les rentes du système comme les actes redondants, les produits remboursés par habitude, les frais de gestion empilés entre Sécu et mutuelles. Y gagnent : les hôpitaux, qui retrouvent un horizon ; les soignants, des outils dignes ; les malades, un système qui anticipe au lieu de subir.

Pourquoi tout le monde y gagne. Un euro investi dans la santé au bon endroit évite des dizaines d’euros de soins tardifs, d’arrêts de travail, de dépendance. La santé n’est pas une charge à contenir : c’est un capital à entretenir.

Les chiffres. Coût : +2,5 milliards par an à terme (levier « santé » du moteur, hors Sécurité sociale), fléchés vers les murs, les équipements, le numérique et la formation. Rapport : un euro investi au bon endroit évite des dizaines d’euros de soins tardifs, d’arrêts de travail et de dépendance. Inaction : un système sous-investi face à la seule certitude démographique du demi-siècle, le vieillissement — un mur qui avance à date connue. Trajectoire : +2,5 milliards d’investissement, financés en partie par des déremboursements ciblés sur l’inutile. Concrètement : +10 % en cinq ans, trajectoire publiée et opposable — l’investissement avant le fonctionnement.

Proposition 30 — Afficher le prix réel des soins et des médicaments

Ce qui existe. Personne, en France, ne sait ce que coûte sa santé. Le patient voit un reste à charge ; le vrai prix, celui que paient la Sécurité sociale, la mutuelle, c’est-à-dire lui-même par ses cotisations, demeure invisible. La gratuité apparente est le seul produit dont le prix est caché à celui qui le paie.

Ce que l’on constate. Ce qui n’a pas de prix visible n’a pas de valeur perçue : rendez-vous non honorés, examens redondants, médicaments accumulés dans les armoires puis jetés. Le gaspillage n’est pas une faute morale des Français ; c’est la conséquence logique d’un système qui leur cache l’addition.

Ce qui nous menace. Un système dont personne ne voit les coûts est un système que personne ne défend quand il faut les maîtriser. L’opacité d’aujourd’hui ne prépare pas aux déremboursements de demain.

Ce que nous ferons. Le prix réel et complet sera affiché partout : sur chaque boîte de médicament, sur chaque décompte de soins, à l’hôpital comme en ville, ce que cela coûte, qui le paie, ce que la solidarité nationale a pris en charge. Rien ne change au remboursement : tout change dans la perception.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : le confort de l’opacité, et ceux dont les marges prospèrent dans l’ombre des prix invisibles. Y gagnent : les patients, traités en adultes ; les soignants, dont le travail cesse de paraître gratuit ; la Sécurité sociale, défendue par des assurés qui savent enfin ce qu’elle leur donne.

Pourquoi tout le monde y gagne. La transparence est le plus doux des régulateurs : elle économise sans interdire, elle responsabilise sans punir. Un peuple qui connaît le prix de sa solidarité est un peuple qui la protège.

Les chiffres. Coût : nul. Rapport : la transparence est le plus doux des régulateurs — rendez-vous honorés, examens non redondants, armoires à pharmacie non gaspillées —, sans rien interdire ni rembourser de moins. Inaction : un système dont personne ne voit les coûts est un système que personne ne défend le jour où il faut les maîtriser. Trajectoire : neutre, voire des économies diffuses. Concrètement : sur chaque boîte et chaque décompte, ce que cela coûte, qui le paie, et ce que la solidarité nationale a pris en charge — rien ne change au remboursement, tout change à la perception.

Proposition 31 — Reconquérir les déserts médicaux

Ce qui existe. Des territoires entiers (ruraux, mais aussi périurbains et certains quartiers) vivent sans médecin traitant, sont à des heures d’un spécialiste, avec des urgences comme seul recours, elles non plus pas à proximité. La liberté d’installation, intacte, coexiste avec des années d’études financées par la nation.

Ce que l’on constate. Là où le médecin disparaît, tout recule : le dépistage, la prévention, l’espérance de vie elle-même. L’égalité devant la santé, premier des biens, est devenue une affaire de code postal.

Ce qui nous menace. Une France coupée en deux : celle qui choisit son spécialiste et celle qui renonce aux soins. Aucune promesse républicaine ne survit à cela et les urgences saturées des villes paient déjà la facture des campagnes abandonnées. Sans compter une pénurie aussi de spécialistes dans les grandes zones urbaines !

Ce que nous ferons. Une stratégie d’État-service, sans créer une seule administration : consultations avancées des hôpitaux dans les territoires sous-dotés, équipement complet en télémédecine de chaque maison de santé, délégation élargie d’actes aux pharmaciens et aux infirmiers, et un contrat donnant-donnant avec les jeunes médecins, installation accompagnée, charges administratives prises en main par l’IA et des assistants, en échange d’un exercice d’abord là où la nation a besoin d’eux. Quitte à pratiquer à équivalence de diplômes, l’immigration professionnelle sollicitée !

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : le statu quo corporatiste qui sacralise la liberté d’installation sans regarder ses effets, et les rentes de situation des zones surdotées. Y gagnent : les habitants des territoires délaissés, les jeunes praticiens libérés de la solitude administrative, les hôpitaux désengorgés.

Pourquoi tout le monde y gagne. Chaque consultation rendue possible en ville moyenne est une urgence évitée en métropole. Soigner partout coûte moins cher que soigner trop tard et la République ne connaît pas de territoires de seconde zone.

Les chiffres. Coût : compris dans le levier santé, sans une administration nouvelle. Rapport : chaque consultation rendue possible en ville moyenne est une urgence évitée en métropole — soigner partout coûte moins que soigner trop tard. Inaction : l’égalité devant la santé devenue une affaire de code postal, et des urgences urbaines qui paient la facture des campagnes abandonnées. Trajectoire : dépense ciblée, à fort rendement évité. Concrètement : consultations avancées des hôpitaux, télémédecine dans chaque maison de santé, délégation d’actes aux pharmaciens et infirmiers, et un contrat donnant-donnant avec les jeunes médecins.

Proposition 32 — Le grand chantier du grand âge et de la fin de vie

Ce qui existe. La loi sur les soins palliatifs et l’accompagnement, promulguée en mai 2026, a posé des droits. Mais en France, un droit proclamé n’est pas un droit servi : des départements demeurent sans véritable offre palliative, des familles affrontent seules la dépendance d’un parent, et l’on meurt encore mal dans le pays qui a écrit le plus de lois sur le bien mourir.

Ce que l’on constate. Le quatrième âge est la grande affaire démographique du demi-siècle, et la France l’aborde sans plan : établissements à bout de souffle, aidants épuisés, soignants du grand âge sous-payés, sous-valorisés et invisibles.

Ce qui nous menace. Des centaines de milliers de grands vieillards supplémentaires dans les vingt prochaines années, et nulle part où les accueillir dignement. L’inaction d’aujourd’hui, ce sont les scandales de demain et nous les connaissons déjà, nous en avons déjà eu l’avant-goût.

Ce que nous ferons. D’abord un mandat d’effectivité : la loi de mai 2026 sera appliquée, intégralement, avec au moins une unité de soins palliatifs par département, un calendrier public et un responsable nommé. Ensuite un chantier national du troisième et du quatrième âge : domicile adapté en priorité, établissements rénovés, métiers du grand âge revalorisés et professionnalisés, aidants reconnus. On juge une civilisation à la manière dont elle traite ses vieillards ; la nôtre sera jugée sur pièces.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les opérateurs qui ont fait de la dépendance un gisement de marges au détriment des soins, et l’hypocrisie des droits sans moyens. Y gagnent : les mourants, accompagnés au lieu d’être abandonnés ; les familles, soulagées ; les soignants du grand âge, enfin considérés.

Pourquoi tout le monde y gagne. Bien accompagner la fin de vie coûte moins que l’acharnement par défaut et l’hôpital faute de mieux. Mais l’essentiel n’est pas comptable : un pays qui sait accompagner ses morts apprend à ses vivants qu’ils ne seront jamais seuls. C’est cela, une nation.

Les chiffres. Coût : marginal, voire une économie — bien accompagner la fin de vie coûte moins que l’acharnement par défaut et l’hôpital faute de mieux ; le chantier du grand âge relève du levier « fragiles » (chapitre IV). Rapport : moins d’acharnement, moins de lits d’aigu mobilisés à perte — et l’essentiel, qui n’est pas comptable. Inaction : la loi de mai 2026 proclamée mais non servie, des départements sans offre palliative, les scandales du grand âge déjà connus. Trajectoire : neutre à positive. Concrètement : au moins une unité de soins palliatifs par département, un calendrier public et un responsable nommé — sans surcouche administrative.

Proposition 124 — L’hôpital de pointe : CHU d’excellence, robotique et IA au service du soin

Ce qui existe. La France a inventé des pans entiers de la médecine moderne et garde des équipes hospitalières de rang mondial. Mais ses centres hospitalo-universitaires vieillissent, son parc de robots chirurgicaux et d’imagerie de pointe accuse du retard sur l’Allemagne, la Corée ou les États-Unis, et ses meilleurs praticiens-chercheurs partent là où l’on investit dans l’excellence.

Ce que l’on constate. On a tant parlé de réparer l’hôpital qu’on a oublié de le rendre conquérant. Or l’excellence n’est pas un luxe : un robot chirurgical, c’est moins de complications et des séjours plus courts ; une intelligence artificielle diagnostique, ce sont des cancers détectés plus tôt ; un centre de référence, ce sont des essais cliniques, des brevets, des talents retenus. L’innovation médicale soigne mieux et coûte moins à l’arrivée.

Ce qui nous menace. Une médecine française à deux vitesses face au monde : un système qui tient encore par le dévouement, mais qui décroche sur la technologie — et des patients qui, demain, iront se faire opérer ailleurs.

Ce que nous ferons. Faire de l’hôpital public une ambition, pas seulement une charge. Une part dédiée du « plus dix pour cent » de la proposition 29 ira à l’équipement de pointe : robots chirurgicaux, imagerie de dernière génération, intelligence artificielle diagnostique déployée sous contrôle médical. Nous concentrerons l’excellence dans un réseau de centres hospitalo-universitaires de référence, quelques pôles par grande spécialité, dotés pour la recherche, les essais cliniques et l’attraction des meilleurs, articulés aux soins de proximité de la proposition 31 : l’excellence « au cœur », l’accès partout. Et la carrière de praticien-chercheur sera revalorisée pour cesser d’exporter nos cerveaux médicaux.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : le saupoudrage qui équipe « mal partout » au lieu de « bien là où il faut », et le renoncement à l’excellence par fausse modestie. Y gagnent : les patients, mieux opérés et dépistés plus tôt ; les soignants, dotés des outils de leur métier ; la recherche française, et l’industrie de santé qui en vit.

Pourquoi tout le monde y gagne. Un pays qui soigne à la pointe attire les talents, les brevets et les patients du monde et fait baisser, à terme, le coût de la maladie. L’excellence hospitalière n’est pas l’ennemie de l’égalité d’accès : adossée à la médecine de proximité, elle en est le sommet. Réparer ne suffit pas ; il faut de nouveau conquérir.

Les chiffres. Coût : une part fléchée du « +10 % » de la proposition 29 (levier « santé », +2,5 milliards), orientée vers le pointe plutôt que le saupoudrage — pas d’enveloppe nouvelle. Rapport : moins de complications et des séjours plus courts (robot chirurgical), des cancers détectés plus tôt (IA diagnostique), des talents et des essais cliniques retenus. Inaction : un parc de robots et d’imagerie en retard sur l’Allemagne, la Corée et les États-Unis, et des patients qui iront se faire opérer ailleurs. Trajectoire : redéploiement du levier santé, rendement de long terme. Concrètement : l’excellence concentrée dans un réseau de CHU de référence — l’excellence au cœur, l’accès partout (proposition 31).

Proposition 125 — La souveraineté du médicament : produire, négocier, ne plus manquer

Ce qui existe. Début 2025, près de 400 médicaments d’intérêt thérapeutique majeur manquaient en France, du cœur au système nerveux, des antibiotiques aux traitements digestifs, et la durée moyenne d’une pénurie a plus que doublé, de 100 jours en 2022 à 220 en 2024. La cause est connue : nous avons délocalisé la production des principes actifs en Asie pour quelques centimes d’économie par boîte.

Ce que l’on constate. Un pays qui ne sait plus fabriquer ses médicaments essentiels n’est pas souverain : il est à la merci d’une rupture d’usine à l’autre bout du monde.

Ce qui nous menace. La répétition des hivers sans antibiotiques, sans anticancéreux, sans anesthésiques et la dépendance stratégique d’une nation sur la santé-même de ses citoyens.

Ce que nous ferons. Une souveraineté du médicament en trois temps. Produire : relocaliser en France et en Europe la fabrication des principes actifs critiques, par la commande publique (chapitre IX) et des contrats de long terme garantissant les volumes ; la logique même de la souveraineté sanitaire de la proposition 53. Stocker : des stocks stratégiques obligatoires pour les médicaments essentiels, comme on stocke le carburant. Négocier : peser sur les prix à l’échelle européenne, en cessant de surpayer l’innovation tout en sous-payant les génériques au point d’en provoquer la pénurie. La transparence de la proposition 30 dira ce que cela coûte ; cette proposition garantit que cela existe. Sans se laisser impressionner par l’administration Trump.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : la marchandisation à courte vue qui a délocalisé l’essentiel pour quelques centimes, et la dépendance qui en a résulté. Y gagnent : les malades, qui trouvent leur traitement ; les soignants, qui cessent de rationner ; l’industrie pharmaceutique européenne et ses emplois ; et la souveraineté nationale.

Pourquoi tout le monde y gagne. La santé est le premier des sujets régaliens : un pays qui produit ses médicaments protège ses citoyens comme il protège ses frontières. Relocaliser coûte quelques centimes par boîte produite ; manquer de médocs coûte des vies. Le calcul est vite fait.

Les chiffres. Coût : un surcoût modéré par boîte (relocalisation, stocks stratégiques), en partie compensé par la fin des achats d’urgence ; porté par la commande publique. Rapport : la fin des ruptures (près de 400 médicaments essentiels manquants début 2025, durée de pénurie passée de 100 à 220 jours en deux ans) et l’accès maintenu à l’innovation. Inaction : des hivers sans antibiotiques ni anticancéreux ; et, sous la pression du « deal » entre Trump et les laboratoires, des firmes qui retardent leurs lancements en France faute d’un prix jugé suffisant — notre pays ne prend déjà en charge qu’une minorité des médicaments autorisés en Europe. Trajectoire : surcoût modéré, neutre à positif. Concrètement : produire les principes actifs critiques par contrats longs, constituer des stocks stratégiques obligatoires, et négocier les prix en bloc européen — le juste prix du médicament, ni bradé ni surpayé.

Proposition 139 — La prévention comme politique : la génération sans tabac, l’étiquetage-vérité, une règle unique pour tout ce qui nuit

Ce qui existe. Nous soignons les conséquences à prix d’or et ne prévenons presque rien. Le tabac tue à lui seul environ 75 000 personnes par an en France — première cause de mortalité évitable — et pèse lourd sur l’assurance maladie ; la malbouffe et la sédentarité alimentent diabète et maladies cardiovasculaires. En juillet 2026, l’Assurance maladie a elle-même chiffré deux mesures de prévention à près de 4 milliards d’euros : la génération sans tabac et le Nutri-Score obligatoire.

Ce que l’on constate. La prévention est le seul levier qui fait baisser en même temps la souffrance et la dépense. Un euro de prévention épargne plusieurs euros de soins — et surtout des vies. Or c’est le parent pauvre d’un système obsédé par le curatif.

Ce qui nous menace. Une Sécurité sociale qui paie toujours plus de maladies évitables, jusqu’à l’asphyxie. Et une incohérence politique : frapper le tabac tout en laissant d’autres produits nocifs sans règle nous exposerait à l’accusation d’hypocrisie.

Ce que nous ferons. Trois gestes et une règle. Un : la génération sans tabac — interdiction progressive de la vente de tabac aux personnes nées après 2009, sans jamais criminaliser les fumeurs d’aujourd’hui : on ferme l’entrée, on ne punit pas ceux qui sont dedans. Deux : le Nutri-Score obligatoire et l’étiquetage-vérité, parce qu’un citoyen informé est le premier soignant de lui-même. Trois, la règle qui tient tout : un traitement unique pour tout produit qui nuit — tabac, alcool, cannabis une fois légalisé (propositions 74 et 75), malbouffe. Le même quatuor pour chacun : protection stricte des mineurs, étiquetage honnête, publicité encadrée, taxation fléchée vers la prévention. Nous ne moralisons pas ; nous régulons. Et nous assumons la seule différence qui vaille : on ferme l’entrée d’un produit légal d’addiction (le tabac), on arrache aux trafiquants un produit illégal pour le soumettre à la même discipline (le cannabis). Deux méthodes, une seule règle.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les industries de l’addiction, qui vivent du recrutement des jeunes ; et les trafiquants, pour la même raison. Y gagnent : les enfants, protégés partout par la même barrière ; la santé publique ; et l’assurance maladie, qui cesse de payer l’évitable.

Pourquoi tout le monde y gagne. La cohérence est ici une arme : en jugeant chaque produit au seul aune de la santé publique, nous désarmons d’avance l’accusation de deux poids, deux mesures. On ne fait pas la guerre au tabac pour faire la fête au cannabis : on applique à l’un et à l’autre la même exigence — protéger les jeunes, dire la vérité, financer la prévention.

Les chiffres. Coût : la prévention est un investissement, pas une charge — elle se rembourse en soins évités. Rapport : ~4 milliards d’euros d’économies chiffrés par l’Assurance maladie (génération sans tabac + Nutri-Score obligatoire), et surtout des dizaines de milliers de vies. Inaction : ~75 000 morts par an du seul tabac, première cause de mortalité évitable, et une Sécu qui paie l’évitable. Trajectoire : renforce l’économie « prévention santé » déjà intégrée au moteur (propositions 29, 30, 124, 125). Concrètement : interdiction de vente du tabac aux nés après 2009, Nutri-Score obligatoire, et une règle unique appliquée au tabac, à l’alcool, au cannabis et à la malbouffe.

CHAPITRE IV — LES PLUS FRAGILES D’ABORD

Une nation se juge à la manière dont elle traite ceux qui ne peuvent pas se défendre seuls : ses vieux, ses enfants, ses femmes menacées. La France de 2026 échoue aux trois épreuves et le sait. Les scandales se succèdent, des établissements pour personnes âgées aux institutions scolaires, et chaque fois la même phrase revient : « tout le monde savait ». Ce chapitre est écrit pour que cette phrase disparaisse de notre quotidien !

Proposition 62 — Vieillir chez soi : l’emploi à domicile du grand âge enfin encouragé

Ce qui existe. Un crédit d’impôt pour l’emploi à domicile — 6,4 milliards d’euros par an — identique que l’on ait trente-cinq ans et besoin d’un jardinier, ou quatre-vingt-huit ans et besoin d’une présence pour rester chez soi.

Ce que l’on constate. Neuf Français sur dix veulent vieillir à domicile. Le maintien chez soi coûte moins cher à la collectivité qu’une place d’établissement -et il est presque toujours plus heureux, tant que la santé et la mobilité suivent. Pourtant, les métiers de l’aide à domicile peinent à recruter : mal payés, dévalorisés, chargés, épuisants.

Ce qui nous menace. Le mur démographique est chiffré dans nos données : la proportion des +65 ans ne cesse de croître, et le ratio cotisants-retraités glissera vers 1,67 dès 2030. Sans virage domiciliaire, c’est l’établissement par défaut -plus coûteux, souvent plus triste, parfois pire.

Ce que nous ferons. Recentrer et majorer l’avantage fiscal pour le troisième et le quatrième âge : abattement de charges renforcé et crédit d’impôt majoré lorsque l’employeur a plus de soixante-quinze ans ou perd son autonomie -financés par le recentrage de la même niche sur ses usages de confort. La niche ne grossit pas : elle se déplace vers ceux qui en ont besoin pour vivre.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les usages d’agrément de la niche actuelle, recentrés. Y gagnent : les vieux, qui restent chez eux ; les centaines de milliers d’emplois à domicile, sortis du travail au noir ; les familles, soulagées.

Pourquoi tout le monde y gagne. Chaque mois de domicile gagné est moins coûteux qu’un mois d’établissement — pour la famille comme pour la collectivité. C’est l’exemple parfait d’une dépense fiscale qui rapporte : elle évite une dépense sociale plus lourde, et elle crée de l’emploi non délocalisable.

Les chiffres. Coût : nul net — la majoration pour le troisième et le quatrième âge est financée par le recentrage de la niche « emploi à domicile » (6,4 milliards par an) sur ses usages d’agrément ; la niche ne grossit pas, elle se déplace. Rapport : un mois de domicile coûte moins qu’un mois d’établissement et crée de l’emploi non délocalisable ; 9 Français sur 10 veulent vieillir chez eux. Inaction : le ratio cotisants-retraités glisse vers 1,67 dès 2030 — sans virage domiciliaire, c’est l’établissement par défaut, plus coûteux. Trajectoire : neutre (recentrage), dans le levier « fragiles ». Concrètement : un crédit d’impôt majoré au-delà de 75 ans ou en perte d’autonomie — l’avantage déplacé du jardinier vers la présence qui maintient à domicile.

Proposition 63 — Le logement intermédiaire du grand âge : ni l’isolement, ni l’hospice

Ce qui existe. Entre le domicile devenu dangereux et l’établissement médicalisé, presque rien : quelques résidences autonomie vieillissantes, des initiatives éparses, aucune politique.

Ce que l’on constate. Des centaines de milliers de personnes âgées occupent un logement inadapté -escaliers, baignoires, isolement- et des dizaines de milliers occupent une place d’établissement médicalisé faute d’alternative. Double gâchis : humain et financier.

Ce qui nous menace. La génération nombreuse née après-guerre atteint le quatrième âge dans la décennie qui vient. Sans étage intermédiaire, le système engorgera les hôpitaux déjà saturés.

Ce que nous ferons. Une politique nationale du logement paramédical : résidences de nouvelle génération adossées aux soins de ville, habitat regroupé avec présence paramédicale mutualisée, normes de construction adaptées intégrées au choc de simplification du chapitre X. L’investissement relève des CAPEX -bâtir pour économiser des décennies de dépenses subies- et s’ouvre aux capitaux privés sous label public. Avec un peu de malice, cette politique s’imbrique aussi dans la politique de santé et de re-densification médicale en zones rurales : des centres d’habitats paramédicaux pouvant intégrer des centres de santé, formant des pôles vivants de santé à la campagne.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les promoteurs de l’entre-deux flou, qui vendaient du service sans soins et du soin sans contrôle. Y gagnent : les personnes âgées, leurs enfants, l’hôpital désengorgé, les communes rurales qui retrouvent un usage à leurs centres-bourgs et des personnels soignants.

Pourquoi tout le monde y gagne. Chaque place intermédiaire bien conçue libère une place médicalisée pour qui en a vraiment besoin, et un grand logement familial pour une jeune famille. C’est une politique du logement, de la santé et de la démographie en une seule.

Les chiffres. Coût : un investissement (CAPEX) ouvert aux capitaux privés sous label public, compris dans le levier « fragiles ». Rapport : chaque place intermédiaire libère une place médicalisée pour qui en a vraiment besoin et un grand logement pour une jeune famille — logement, santé et démographie en une seule politique. Inaction : un système qui se déverse dans des hôpitaux déjà saturés quand la génération d’après-guerre atteint le quatrième âge. Trajectoire : dépense d’investissement, à fort rendement évité. Concrètement : des résidences paramédicales adossées aux soins de ville, doublées en zone rurale d’un centre de santé — un pôle vivant de santé à la campagne.

Proposition 64 — Un label contraignant pour les établissements du grand âge

Ce qui existe. Des contrôles épars, des évaluations complaisantes, et un secteur où l’on a découvert, scandale après scandale, que la rentabilité pouvait se construire sur la ration alimentaire des résidents.

Ce que l’on constate. Les affaires récentes l’ont prouvé : l’autorégulation a échoué. Les familles choisissent un établissement à l’aveugle, sur la foi de plaquettes et paient cher !

Ce qui nous menace. La répétition, à plus grande échelle, à mesure que la demande explose et que l’argent afflue vers le secteur.

Ce que nous ferons. Un label national contraignant -pas une certification d’ambiance : ratios de personnel opposables, qualité nutritionnelle contrôlée, indicateurs publiés établissement par établissement, contrôles inopinés, et retrait du label emportant interdiction d’accueillir des bénéficiaires de l’aide publique. Les données de contrôle seront croisées par l’intelligence artificielle pour détecter les signaux faibles — exactement comme nous le ferons pour l’enfance.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les gestionnaires qui faisaient du vieillissement un gisement de marge sans soins. Y gagnent : les résidents, les familles, les soignants du secteur -et les bons établissements, enfin distingués des autres.

Pourquoi tout le monde y gagne. La confiance est la condition du virage démographique : sans elle, les familles n’osent ni le domicile aidé, ni l’établissement. Le label rend le marché lisible -c’est l’État catalyseur appliqué au grand âge.

Les chiffres. Coût : marginal — des contrôles, pas un guichet. Rapport : la confiance, condition du virage démographique (sans elle, les familles n’osent ni le domicile ni l’établissement), et les bons établissements enfin distingués des mauvais. Inaction : la répétition des scandales à mesure que la demande explose et que l’argent afflue vers le secteur. Trajectoire : neutre pour la dette. Concrètement : ratios de personnel opposables, indicateurs publiés établissement par établissement, contrôles inopinés croisés par l’IA — le retrait du label interdit d’accueillir des bénéficiaires de l’aide publique.

Proposition 65 — La défense des femmes et des enfants, grande cause nationale et passage à l’acte

Ce qui existe. Des plans, des numéros verts, des grenelles et 164 femmes tuées en 2025 par leur conjoint ou ex-conjoint. Pour les enfants, l’estimation publique est de l’ordre de 160 000 victimes de violences sexuelles par an. Ces deux chiffres devraient suffire à déclarer l’état d’urgence moral et national.

Ce que l’on constate. Les drames récents -d’établissements scolaires parisiens à Bétharram, jusqu’aux crimes de récidivistes connus des services de police/justice- racontent tous la même défaillance : les signaux existaient, dispersés entre l’école, l’hôpital, la police, la justice et les services sociaux. Personne ne les a réunis.

Ce qui nous menace. La poursuite de l’hécatombe, et quelque chose de plus profond : la certitude, installée chez les victimes, que parler ne sert à rien.

Ce que nous ferons. La défense des femmes et des enfants sera déclarée grande cause nationale du quinquennat -non pour le symbole, mais pour ce qu’elle autorise : le croisement systématique des signalements (école, santé, social, police, justice) par les outils décrits à la proposition 37, sous contrôle du juge ; des cellules départementales de détection à effectifs garantis ; la formation obligatoire de tous les professionnels au contact des enfants ; et un principe simple opposable à toutes les administrations : un signal isolé est une alerte à suivre, deux signaux déclenchent une enquête. L’IA aidera.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : le confort des institutions qui se renvoyaient les dossiers, et les agresseurs que protégeait le cloisonnement. Y gagnent : les victimes détectées des années plus tôt et tous les professionnels de bonne volonté, enfin outillés.

Pourquoi tout le monde y gagne. Au-delà du devoir moral, les violences faites aux enfants détruisent les familles aujourd’hui et fabriquent les fracas de la génération suivante : échec scolaire, psychiatrie, délinquance, reproduction des violences. La misère au sens le plus universel qui soit ! Chaque inceste empêché est une vie sauvée deux fois -celle de l’enfant, et celle de l’adulte qu’il deviendra.

Les chiffres. Coût : porter la grande cause de ~184 millions par an aujourd’hui (2023) vers le minimum chiffré par la Fondation des Femmes, ~2,6 milliards par an — soit ~+2,4 milliards montés sur le quinquennat, dans les leviers justice et fragiles. Rapport : la politique se rembourse en partie — le coût des violences conjugales est estimé à ~3,6 milliards par an, celui des violences sexuelles faites aux enfants à ~9,7 milliards (CIIVISE). Inaction : 164 femmes tuées en 2025, ~160 000 enfants victimes de violences sexuelles par an ; +83 % de plaintes pour violences conjugales en cinq ans, +100 % de violences sexuelles en dix ans, −26 % de budget par victime. Trajectoire : un effort réel (~+2,4 milliards par an à terme), à inscrire comme levier dédié du moteur, au rendement social majeur. Concrètement : le croisement des signalements (école, santé, social, police, justice) sous contrôle du juge, des places d’hébergement, des pôles judiciaires spécialisés — un signal isolé alerte, deux signaux enquêtent.

Proposition 66 — Éloigner l’agresseur, jamais la victime

Ce qui existe. Aujourd’hui encore, dans la France de 2026, c’est le plus souvent la femme menacée qui fuit son domicile avec ses enfants, pendant que l’homme violent y reste. Les ordonnances de protection progressent, les bracelets anti-rapprochement se déploient, mais trop lentement et trop peu.

Ce que l’on constate. La quasi-totalité des féminicides sont précédés de signaux connus : plaintes, mains courantes, condamnations antérieures. Ce ne sont pas des coups de tonnerre ; ce sont des chroniques annoncées.

Ce qui nous menace. Cent soixante chroniques annoncées par an, indéfiniment.

Ce que nous ferons. Renverser la charge de l’éloignement : dès les premiers actes caractérisés, c’est l’homme violent qui quitte le domicile -hébergement contraint, bracelet anti-rapprochement généralisé (de mille à trois mille porteurs, comme le prévoit notre chapitre justice, puis davantage, tant qu’il le faudra, l’IA aidant au contrôle), contrôle judiciaire renforcé, et prison en cas de violation. Des places d’hébergement dédiées aux auteurs seront créées : il est plus juste et moins coûteux de loger l’agresseur sous contrainte que de disperser une famille en victimes.

Qui y perd, qui y gagne. Y perd : l’agresseur, dans sa liberté de mouvement -c’est précisément l’objet. Y gagnent : les femmes et les enfants, qui gardent leur logement, leur école, leur vie.

Pourquoi tout le monde y gagne. Une protection crédible libère la parole, et la parole précoce évite le pire. Le coût d’un bracelet se compte en milliers d’euros ; celui d’un féminicide -orphelins, procès, vies brisées- présente un coût insurmontable.

Les chiffres. Coût : des places d’hébergement contraint pour les auteurs et des bracelets anti-rapprochement (quelques milliers d’euros pièce) — modéré. Rapport : loger l’agresseur sous contrainte coûte moins, et est plus juste, que disperser une famille en victimes. Inaction : 164 féminicides en 2025 — des chroniques annoncées, la quasi-totalité précédées de signaux connus (plaintes, mains courantes, condamnations antérieures). Trajectoire : dépense modérée, rendement humain incommensurable. Concrètement : dès les premiers actes, c’est l’homme violent qui quitte le domicile — bracelet généralisé (de 1 000 à 3 000 porteurs, puis davantage), prison en cas de violation.

Proposition 67 — Pédocriminels : la prison, et plus jamais au contact d’un enfant

Ce qui existe. Des condamnations parfois aménagées, un fichier des auteurs d’infractions sexuelles que tous les employeurs ne consultent pas, et des institutions — écoles, internats, clubs, mouvements — où des prédateurs ont pu sévir des décennies.

Ce que l’on constate. Bétharram, les révélations dans des écoles parisiennes, les récidives commises par des hommes déjà condamnés : le système actuel ne garantit ni la sanction, ni l’écartement.

Ce qui nous menace. Chaque affaire étouffée enseigne aux prédateurs que l’institution se protège elle-même avant de protéger l’enfant.

Ce que nous ferons. Trois règles sans exception. La prison ferme pour les pédocriminels -l’aménagement de peine cessera d’être la norme dans ces affaires, dans le respect de l’individualisation que la Constitution impose. La vérification systématique et opposable des antécédents pour toute personne -salariée ou bénévole- au contact habituel de mineurs : école, sport, culture, cultes, colonies ; l’employeur qui ne consulte pas le fichier engagera sa responsabilité pénale. Et pour l’inceste : qualification criminelle systématiquement requise, moyens d’enquête dédiés, et accompagnement des victimes dans la durée -parce qu’on ne guérit pas d’un inceste en garde à vue de quarante-huit heures.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les prédateurs, et les institutions qui préféraient leur réputation à leurs élèves. Y gagnent : les enfants, les familles, et les centaines de milliers de professionnels et bénévoles irréprochables, que la transparence protège aussi du soupçon.

Pourquoi tout le monde y gagne. Le scandale actuel est une fenêtre : que la colère du pays serve au moins à graver des règles que plus personne n’osera défaire. Une société qui protège ses enfants est une société qui peut se regarder -et c’est la condition silencieuse de tout le reste de ce livre.

Les chiffres. Coût : marginal — la vérification d’antécédents et les moyens d’enquête, pas un guichet. Rapport : l’écartement durable des prédateurs du contact des enfants, et la protection des centaines de milliers de professionnels et bénévoles irréprochables, déchargés du soupçon. Inaction : chaque affaire étouffée enseigne aux prédateurs que l’institution se protège avant l’enfant — Bétharram, les écoles parisiennes, les récidives déjà connues. Trajectoire : marginal pour la dette. Concrètement : prison ferme pour les pédocriminels, vérification d’antécédents opposable pour tout contact habituel de mineurs (l’employeur qui ne consulte pas le fichier engage sa responsabilité pénale), inceste qualifié crime.

CHAPITRE V — LA CULTURE, CIMENT ET PUISSANCE

La culture n’est pas la cerise sur le gâteau de la prospérité : elle est le ciment qui tient la nation et l’une de ses plus grandes industries d’exportation. De Aya Nakamura à Rabelais, la langue française porte tout ensemble : l’identité, le brassage, le commerce et l’influence. Pendant que nous débattions de notre déclin, le français devenait la quatrième langue du monde. Il est temps de regarder ce que nous possédons vraiment.

Proposition 38 — Porter la Culture au-dessus de cinq milliards, vers six

Ce qui existe. Le budget du ministère de la Culture oscille sous la barre des cinq milliards d’euros, ajusté chaque année comme une variable parmi d’autres. Pour un pays dont la culture est à la fois le ciment intérieur et la première carte de visite mondiale, c’est gérer un trésor comme une ligne de frais généraux. C’est catastrophique !

Ce que l’on constate. Chaque fois que la France investit dans sa culture, le retour dépasse la mise : fréquentation, tourisme, exportations, fierté. Chaque fois qu’elle rabote, elle perd plus qu’elle n’économise qu’il s’agisse du public, des créateurs, des parts de marché mondial que d’autres ramassent.

Ce qui nous menace. Une culture sous-financée dans la décennie où les plateformes mondiales redistribuent toutes les cartes, c’est une voix française qui s’éteint au moment précis où le monde écoute. Le vide culturel ne reste jamais vide : il se remplit d’autres récits.

Ce que nous ferons. Le budget de la Culture dépassera cinq milliards d’euros dès la première année du mandat, et atteindra six milliards en 2037 — trajectoire publiée, sanctuarisée même en cas de coup dur, tout comme celle du budget de l’école. En contrepartie, chaque euro sera classé selon notre règle : l’investissement qui crée — création, transmission, accès, exportation — avant le fonctionnement qui s’entretient lui-même. Pas un euro pour les structures sans public ; tout pour ce qui fait vivre la culture chez les Français et au-delà des mers.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les rentes de subvention reconduites par habitude, les structures qui vivent de la culture sans la faire vivre. Y gagnent : les créateurs, les territoires éloignés de l’offre culturelle, les industries culturelles qui exportent, et chaque enfant qui franchira pour la première fois la porte d’un théâtre.

Pourquoi tout le monde y gagne. La culture est l’investissement dont les dividendes se paient trois fois : en cohésion à l’intérieur, en influence à l’extérieur, en recettes partout. Un pays qui finance sa culture finance son avenir et son rang.

Les chiffres. Coût : +2,1 milliards par an à terme (levier « culture » du moteur) — de 3,9 vers 5 milliards dès 2028, puis 6 en 2037, trajectoire sanctuarisée comme l’école. Rapport : des dividendes payés trois fois — cohésion à l’intérieur, influence à l’extérieur, recettes partout (fréquentation, tourisme, exportations). Inaction : le vide culturel ne reste jamais vide ; il se remplit d’autres récits, au moment précis où les plateformes mondiales rebattent les cartes. Trajectoire : +2,1 milliards fléchés vers la création, pas le fonctionnement. Concrètement : pendant que nous débattions de notre déclin, le français est devenu la quatrième langue du monde — pas un euro pour les structures sans public, tout pour ce qui la fait vivre.

Proposition 39 — Le patrimoine rénové par l’argent privé, ouvert par l’argent public

Ce qui existe. Des milliers d’églises, de châteaux, de ponts, de halles attendent des restaurations que les budgets publics, seuls, ne pourront jamais financer. Pendant ce temps, le mécénat privé a prouvé sa puissance : Notre-Dame relevée en cinq ans, la Cité internationale de la langue française ouverte à Villers-Cotterêts ; sans que l’État en fasse une méthode, malheureusement.

Ce que l’on constate. La doctrine qui marche tient en une phrase : la rénovation par l’argent privé, l’accès par l’argent public. Les entreprises et les particuliers veulent attacher leur nom à la pierre de France ; les visiteurs du monde entier paient volontiers pour la voir. Ce que personne n’accepterait, c’est un patrimoine privatisé : il ne le sera pas.

Ce qui nous menace. Le patrimoine ne pardonne pas l’attente : ce qu’on ne restaure pas à temps coûte dix fois plus, plus tard, ou disparaît. Chaque clocher qui ferme est un morceau de France qui s’éteint et souvent dans les communes qui n’ont plus que lui.

Ce que nous ferons. Un cadre national simple et stable : mécénat facilité et sécurisé, concessions de restauration encadrées, recettes touristiques fléchées vers la pierre — et en échange de chaque euro privé investi, une garantie d’accès public inscrite dans le marbre du contrat. L’État reste propriétaire et garant ; le privé finance et restaure ; le public entre. Le modèle de Villers-Cotterêts sera dupliqué, pas admiré.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : le monopole administratif sur la pierre, et le réflexe qui préfère une ruine publique à une restauration partagée. Y gagnent : les communes rurales, les artisans d’art et leurs savoir-faire, les mécènes honorés, et les visiteurs — c’est-à-dire tout le monde.

Pourquoi tout le monde y gagne. Chaque monument restauré attire des visiteurs qui financent le suivant : le patrimoine devient un cercle vertueux au lieu d’une charge infinie. La France n’a pas les moyens de tout restaurer seule ; elle a mieux : un patrimoine que le monde entier veut aider à sauver.

Les chiffres. Coût : marginal — une dépense fiscale de mécénat, plus que compensée par la restauration privée qu’elle déclenche et par les recettes touristiques fléchées. Rapport : la pierre rénovée par l’argent privé, ouverte par l’argent public. Inaction : ce qu’on ne restaure pas à temps coûte dix fois plus, plus tard, ou disparaît — chaque clocher fermé est un morceau de France en moins, souvent dans les communes qui n’ont plus que lui. Trajectoire : quasi neutre, voire positive (tourisme induit). Concrètement : Notre-Dame relevée en cinq ans, Villers-Cotterêts ouverte — un modèle à dupliquer, pas à admirer : l’État reste propriétaire et garant, le privé finance, le public entre.

Proposition 40 — Le tourisme, grande cause nationale : les visiteurs paieront les ponts et les cathédrales

Ce qui existe. La France est la première destination touristique du monde et considère ce rang comme un acquis. Le tourisme n’a ni pilotage stratégique à la hauteur, ni contribution organisée à l’entretien de ce qui l’attire : les monuments s’usent sous les pas de visiteurs qui ne participent presque pas à leur sauvegarde.

Ce que l’on constate. Nos voisins font payer intelligemment ce que nous offrons par distraction. Le visiteur étranger ne demande pas la gratuité : il demande la beauté, et comprend parfaitement qu’elle s’entretienne. Quelques euros bien placés, multipliés par des dizaines de millions de séjours, financent des cathédrales, des châteaux, des musées...

Ce qui nous menace. Un double décrochage : des infrastructures touristiques qui vieillissent pendant que la concurrence mondiale investit, et un patrimoine qui se dégrade sous sa propre fréquentation. Le rang de première destination n’est pas un droit acquis ; il se perd comme tous les autres. Et je ne parle pas de la sécurité du Louvres !

Ce que nous ferons. Le tourisme sera déclaré grande cause nationale : pilotage unifié, montée en gamme, étalement des flux vers les territoires qui n’attendent qu’eux. Et une règle claire, non confiscatoire : une contribution modeste et fléchée (sur la taxe de séjour, sur la billetterie des grands sites) dont chaque euro ira, visiblement, à l’entretien des ponts, des cathédrales et des monuments. Le visiteur saura ce qu’il finance ; la pierre lui dira merci par une plaque. Tous les visiteurs !

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : presque personne, et c’est rare dans ce livre — quelques euros par séjour pour les visiteurs, l’inertie pour les administrations du secteur. Y gagnent : le patrimoine, les régions sous-visitées, les emplois touristiques montés en gamme, le contribuable français déchargé d’une partie du fardeau.

Pourquoi tout le monde y gagne. C’est le plus naturel des financements : ceux qui viennent pour la beauté de la France contribuent à la perpétuer. Le touriste paie peu, le patrimoine reçoit beaucoup, et la première destination du monde se donne enfin les moyens de le rester.

Les chiffres. Coût : nul — c’est une recette. Rapport : +2 milliards par an à terme (levier « tourisme »), contribution modeste et fléchée (taxe de séjour, billetterie des grands sites) entièrement affectée à l’entretien des ponts et des cathédrales. Inaction : des infrastructures qui vieillissent et un patrimoine qui se dégrade sous sa propre fréquentation — le rang de première destination mondiale n’est pas un droit acquis. Trajectoire : +2 milliards de recettes fléchées. Concrètement : quelques euros par séjour multipliés par des dizaines de millions de séjours — des cathédrales entretenues, et une plaque qui dit au visiteur ce qu’il a financé.

Proposition 41 — La francophonie des métropoles : Kinshasa, Alger, Abidjan, Montréal, Hô Chi Minh-Ville

Ce qui existe. Le français compte 396 millions de locuteurs : quatrième langue du monde, désormais devant l’arabe standard, en route vers 590 millions en 2050, dont neuf sur dix en Afrique. Dès juillet 2026, le premier pays francophone du monde n’est plus la France : c’est la République démocratique du Congo. Et face à ce trésor, la France consacre à l’organisation internationale de la francophonie des sommes dérisoires : le budget total de l’OIF atteint 68,6 millions d’euros ! Pendant que d’autres puissances investissent massivement dans leur langue, dans ce soft power si élégant !

Ce que l’on constate. La francophonie d’État, celle des sommets et des communiqués, s’essouffle ; la francophonie réelle, celle des villes, explose. C’est à Kinshasa, Abidjan, Alger, Montréal, Hô Chi Minh-Ville que le français se parle, se chante, se code et s’invente. La géographie a changé ; notre politique, pas encore.

Ce qui nous menace. Une langue en pleine expansion démographique peut quand même perdre la bataille de l’influence : si la France n’investit pas dans les sociétés, les écoles et les créateurs francophones, d’autres récits — russes, chinois, anglophones — occuperont l’espace que notre indifférence leur laisse.

Ce que nous ferons. Une francophonie de réseau, de métropole à métropole : partenariats directs avec Kinshasa, Alger, Abidjan, Montréal, Hô Chi Minh-Ville — écoles, festivals, coproductions, maisons de la francophonie sur le modèle de Villers-Cotterêts. Le réseau des plus de 830 Alliances françaises dans 130 pays sera consolidé ; les écoles françaises de l’étranger passeront de 390 000 à 700 000 élèves ; l’effort global montera vers 540 millions d’euros par an, financé par redéploiement, pas par dette. Et chaque initiative sera cosignée avec un partenaire africain ou québécois : la France n’est plus la propriétaire de la francophonie mais elle en redevient le premier investisseur, avec fierté.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : la nostalgie comme politique, la diplomatie des sommets sans lendemain, et les puissances qui comptaient sur notre absence. Y gagnent : la jeunesse francophone des cinq continents, les créateurs d’Abidjan comme de Montréal, les entreprises françaises sur un marché de 400 millions de personnes, les étudiants francophones accueillis chez nous et qui rapportent à l’économie française plus qu’ils ne lui coûtent.

Pourquoi tout le monde y gagne. Le vent démographique souffle pour nous : c’est la seule politique de ce livre dont la croissance est garantie. Encore faut-il hisser la voile.

Les chiffres. Coût : un effort porté vers 540 millions par an, financé par redéploiement et non par la dette. Rapport : le seul levier du livre dont la croissance est garantie — 396 millions de locuteurs, 590 en 2050 (neuf sur dix en Afrique) ; les étudiants francophones accueillis rapportent plus qu’ils ne coûtent, et le français est un marché de 400 millions de personnes. Inaction : une langue en pleine expansion qui perd quand même la bataille de l’influence, d’autres récits — russes, chinois, anglophones — occupant l’espace laissé vide. Trajectoire : neutre budgétairement (redéploiement), recettes induites. Concrètement : dès juillet 2026, le premier pays francophone du monde n’est plus la France mais la République démocratique du Congo — une francophonie de métropole à métropole, 700 000 élèves dans les écoles françaises, quand l’OIF n’est dotée que de 68,6 millions.

Proposition 42 — Les industries culturelles, exportation stratégique de la France

Ce qui existe. La musique, le cinéma, le jeu vidéo, l’édition, les formats audiovisuels français s’exportent déjà (plus d’un milliard et demi d’euros par an pour la seule musique et l’audiovisuel) mais en ordre dispersé, sans stratégie d’État, pendant que les plateformes mondiales livrent une guerre de catalogues où chaque langue joue sa survie.

Ce que l’on constate. Aya Nakamura est l’artiste francophone la plus écoutée du monde ; nos studios de jeu vidéo, nos séries, nos auteurs trouvent leur public partout. La création française n’a pas un problème de talent : elle a un problème « d’artillerie ». Et un risque nouveau, silencieux : dans l’intelligence artificielle, une langue qui n’entraîne pas les modèles disparaît des modèles ou au mieux, s’abîme !

Ce qui nous menace. Un monde culturel réduit à deux ou trois langues de machine, où la création française deviendrait un artisanat régional ; et une jeunesse mondiale francophone consommant des récits produits ailleurs. Un pays décline quand la jeunesse préfère d’autres drapeaux au tricolore — cela vaut aussi pour les drapeaux culturels.

Ce que nous ferons. Les industries culturelles et créatives seront traitées comme l’aéronautique : une exportation stratégique. Un fonds d’exportation de cent millions d’euros par an (pour moitié en avances remboursables) armera le cinéma, la musique, le jeu vidéo et l’édition à la conquête des catalogues mondiaux. La découvrabilité des œuvres francophones sur les plateformes sera négociée au niveau européen, avec nos alliés belges, suisses, québécois et africains. Et un corpus francophone pour l’intelligence artificielle sera constitué avec Mistral, OVH et d’autres champions nationaux : la langue de Rabelais apprendra aux machines, ou les machines l’oublieront.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : la sous-traitance culturelle, le réflexe de la subvention sans ambition, et les plateformes qui comptaient régler seules la place du français. Y gagnent : les créateurs, des studios aux librairies ; les industries techniques ; la balance commerciale ; et le rayonnement, qui ramène tout : touristes, étudiants, contrats.

Pourquoi tout le monde y gagne. La culture est la seule industrie dont l’exportation enrichit aussi ceux qui restent : chaque succès mondial renforce le ciment national qui l’a produit. De Aya Nakamura à Rabelais, c’est le même trésor — et il est temps de le faire fructifier.

Les chiffres. Coût : un fonds d’exportation de 100 millions par an, dont la moitié en avances remboursables. Rapport : plus d’un milliard et demi déjà exporté (musique, audiovisuel) ; la seule industrie dont l’exportation enrichit aussi ceux qui restent. Inaction : un monde culturel réduit à deux ou trois langues de machine — une langue qui n’entraîne pas les modèles d’intelligence artificielle disparaît des modèles. Trajectoire : dépense modérée, en partie remboursable, à fort effet de balance commerciale. Concrètement : les industries culturelles traitées comme l’aéronautique, et un corpus francophone constitué avec Mistral — la langue de Rabelais apprend aux machines, ou elles l’oublient.

DEUXIÈME PARTIE — TRAVAILLER ET PRODUIRE

Le moteur : le travail et l’impôt, les retraites, l’État, le logement, l’énergie, la terre.

« L’humain d’abord » ne signifie pas l’humain sans les moyens. Tout ce que la première partie promet — instruire, soigner, unir — suppose un pays qui produise avant de distribuer. Voici donc le moteur : le travail rémunéré, l’entreprise libérée de l’impôt sur sa production, l’épargne mobilisée, l’État allégé, l’énergie souveraine. C’est ici que se gagne l’argent de tout le reste.

CHAPITRE VI — LE TRAVAIL ET LA FICHE DE PAIE

L’école forme les talents ; encore faut-il que le travail les récompense. Or la France est le pays où l’écart entre ce que l’employeur paie et ce que le salarié touche est le plus béant d’Europe — et où l’on taxe l’usine avant même qu’elle ait produit. Ce chapitre repose sur une conviction simple, qui ordonnera tout le mandat : il faut créer la richesse avant de pouvoir la redistribuer. Dans cet ordre, et dans aucun autre.

Et cette fiche de paie illisible dit, à elle seule, le désordre que nous voulons réparer. La doctrine de l’« État-prévoyance » de Claude Tendil et Augustin de Romanet, que nous avons adoptée comme un fil de tout le livre, tient en une distinction que notre bulletin de salaire a fini par perdre : d’un côté l’impôt, qui finance la solidarité de la nation entière contre ce que nul ne peut maîtriser ; de l’autre la cotisation, qui ouvre des droits personnels contre les aléas d’un parcours. Tout mêler, comme nous le faisons depuis quarante ans, c’est rendre le travail à la fois trop cher et incompréhensible : nul ne sait plus ce qu’il paie, ni au bénéfice de qui. Remettre chaque prélèvement à sa place — l’impôt à la solidarité, la cotisation au droit — n’est pas une coquetterie comptable : c’est la condition pour que produire redevienne payant et que protéger redevienne lisible. Tout ce chapitre en découle.

Proposition 6 — Supprimer les impôts de production, contre engagement

Ce qui existe. La France prélève sur ses entreprises des impôts qui frappent la production elle-même — les machines, les locaux, le chiffre d’affaires — avant tout bénéfice. Aucun grand pays industriel ne taxe autant l’acte de produire, indépendamment de son résultat.

Ce que l’on constate. À qualité égale, une usine implantée en France part avec un handicap que ni le talent de ses ouvriers ni l’énergie de ses ingénieurs ne peuvent combler. Les sites ferment ou ne s’ouvrent pas ; les marges, rognées avant le premier euro de profit, ne financent ni les salaires ni l’investissement.

Ce qui nous menace. La poursuite d’une désindustrialisation que tout le monde déplore et que la fiscalité organise. Chaque usine perdue, ce sont des emplois qualifiés, des exportations, des recettes et in fine, un territoire qui décroche.

Ce que nous ferons. Cent milliards d’euros d’impôts de production seront supprimés, par étapes, de 2028 à 2032 — en préservant la taxe foncière des entreprises et le versement mobilité, qui financent les communes et les transports. Et cette remise sera conditionnée, intégralement : la moitié devra aller aux hausses de salaires, l’autre moitié à la compétitivité-prix et à l’investissement. Pas de contrepartie, pas de baisse.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : l’État, qui renonce à une recette commode, et les entreprises qui rêvaient d’empocher la remise en dividendes — la condition le leur interdit. Y gagnent : les salariés, dont la fiche de paie monte ; l’industrie, qui redevient compétitive ; les territoires, qui retrouvent des usines.

Pourquoi tout le monde y gagne. Le moteur l’établit : par les salaires versés, l’activité créée et la consommation qui s’ensuit, environ trente centimes de chaque euro rendu reviennent dans les caisses publiques. Le reste s’appelle de la croissance — c’est-à-dire les recettes de demain.

Les chiffres. Coût : −100 milliards de recettes à terme, étalés sur 2028-2032 (vingt par an), hors taxe foncière des entreprises et versement mobilité, préservés. Rapport : un retour fiscal d’environ 30 % décalé d’un an (~30 milliards à plein régime), sous condition stricte — moitié salaires, moitié compétitivité-investissement. Inaction : aucun grand pays industriel ne taxe autant l’acte de produire avant tout bénéfice ; chaque usine perdue emporte emplois qualifiés, exportations et recettes. Trajectoire : le levier le plus lourd du programme (net ~−70 milliards après retour) ; à partir d’un départ relevé à 117,5 % du PIB début 2026, la dette culmine ~122 % en 2032 puis reflue vers 109 % en 2037 (consensus, effets croisés et seconde tranche de niches compris). Concrètement : environ trente centimes de chaque euro rendu reviennent dans les caisses par les salaires et l’activité — le reste s’appelle de la croissance.

Proposition 7 — La TVA sociale : faire payer les importations, alléger le travail

Ce qui existe. Notre protection sociale est financée d’abord par des cotisations assises sur les salaires. Plus on emploie, plus on paie ; plus on importe, moins on contribue. C’est très bête !

Ce que l’on constate. Un produit fabriqué en France porte dans son prix le financement de notre modèle social. Le même produit importé n’en porte rien. Nous avons construit, sans le vouloir, une prime fiscale à la délocalisation.

Ce qui nous menace. Un cercle vicieux : moins d’emplois en France, donc moins de cotisations, donc des taux plus lourds sur les emplois restants, donc encore moins d’emplois. Ce mécanisme tourne depuis quarante ans.

Ce que nous ferons. Trois points de TVA supplémentaires, montés progressivement sur le quinquennat, intégralement affectés à la baisse des cotisations pesant sur le travail. Le financement de la protection sociale glissera, pour partie, du salaire vers la consommation — y compris la consommation de produits importés, qui contribueront enfin.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent, et il faut le dire sans détour : les consommateurs, qui verront certains prix monter modérément, et notamment les retraités, qui consomment sans cotiser sur un salaire. Y gagnent : tous les actifs, dont le travail coûte moins cher et rapporte davantage ; les producteurs installés en France, qui cessent d’être pénalisés face à l’importation.

Pourquoi tout le monde y gagne. L’Allemagne a fait ce choix en 2007 et son industrie s’en souvient. Quand le travail redevient compétitif, l’emploi remonte, les salaires suivent, et la consommation -un temps freinée- repart plus fort qu’elle n’avait ralenti. On déplace l’impôt ; on ne l’alourdit pas.

Les chiffres. Coût : un effet-prix transitoire (+1,0 à +1,3 point cumulé du fait du troisième point, senti surtout des retraités, qui consomment sans cotiser sur un salaire), en partie compensé par la baisse des coûts de production de la proposition 6. Rapport : trois points de TVA (~31 milliards) affectés à la baisse des cotisations ; conditionnée aux hausses de salaire et à l’investissement, elle déclenche ~30 % de retour fiscal → +9 milliards nets à terme. Inaction : la prime fiscale à la délocalisation, et le cercle vicieux de l’emploi érodé depuis quarante ans. Trajectoire : +9 milliards nets montant de 2028 à 2032 ; dette 2037 autour de 109 %. Concrètement : l’Allemagne a fait ce choix en 2007, son industrie s’en souvient — on déplace l’impôt du travail vers la consommation, importations comprises, on ne l’alourdit pas.

Proposition 8 — Plafonner les prélèvements au-dessus de 7 000 euros par mois

Ce qui existe. Au-delà d’un certain revenu, chaque euro supplémentaire gagné en France est majoritairement capté par les prélèvements. Le pays affiche les taux marginaux parmi les plus élevés du monde développé.

Ce que l’on constate. Nos ingénieurs, nos médecins, nos chercheurs, nos créateurs d’entreprise reçoivent des offres de Londres, de Zurich, de Dubaï ou de Boston. Beaucoup partent. Nous formons des talents à grands frais publics, puis nous organisons fiscalement leur départ.

Ce qui nous menace. Un pays qui perd ses talents perd ses centres de décision, ses laboratoires, ses sièges sociaux — puis ses recettes fiscales elles-mêmes. L’exil des plus productifs est l’impôt le plus coûteux de tous : il ne rapporte rien et il nous appauvrit tous !

Ce que nous ferons. Au-dessus de 7 000 euros de revenu mensuel, les prélèvements seront plafonnés. Le message tient en une phrase : en France, réussir par son travail ne sera plus puni. Cette mesure entrera en vigueur dès 2028, parmi les premières du mandat, parce qu’elle conditionne le retour des talents et des sièges.

Qui y perd, qui y gagne. Y perd : l’apparence d’une progressivité sans limite, à laquelle certains tiennent comme à un symbole — quitte à ce qu’elle ne s’applique plus qu’à ceux qui sont restés. Y gagnent : les hauts salaires, évidemment ; mais surtout le pays, qui retient et attire ceux dont l’activité en fait vivre beaucoup d’autres. Et les salaires médians qui perdent de leur intérêt quand on peut payer mieux, à charges proportionnellement décroissantes !

Pourquoi tout le monde y gagne. Un talent qui reste paie ses impôts ici, emploie ici, investit ici. Un talent qui part ne paie rien du tout. Entre un taux théorique élevé sur une assiette qui fuit et un taux plafonné sur une assiette qui revient, le choix n’est pas idéologique : il est arithmétique.

Les chiffres. Coût : environ −4 milliards (coût statique, seuil abaissé à 7 000 euros), assumé dès 2028. Rapport : un retour d’attractivité — talents, sièges, laboratoires retenus ou rapatriés —, diffus mais réel, capté par les multiplicateurs du moteur. Inaction : l’exil des plus productifs — un talent qui part ne paie rien du tout, là où un talent qui reste paie, emploie et investit ici. Trajectoire : −4 milliards, modéré, engagé dès 2028 car il conditionne le retour des sièges. Concrètement : entre un taux théorique élevé sur une assiette qui fuit et un taux plafonné sur une assiette qui revient, le choix est arithmétique, pas idéologique.

Proposition 9 — Alléger les bas salaires : que le travail paie toujours plus que l’inactivité

Ce qui existe. Autour du salaire minimum, les prélèvements et la perte des aides sociales se conjuguent : pour beaucoup de salariés modestes, travailler davantage rapporte à peine plus — parfois moins — que rester au seuil.

Ce que l’on constate. Des employeurs qui ne trouvent pas de bras, des salariés qui refusent des heures, des temps partiels subis qui n’osent pas devenir des temps pleins : ce n’est pas de la paresse, c’est du calcul. Le système rend le calcul rationnel.

Ce qui nous menace. Une société coupée en deux : ceux qui travaillent et ont le sentiment de payer pour tout, ceux qui n’y trouvent plus d’intérêt et qu’on assigne à la lisière. C’est le terreau de tous les ressentiments politiques.

Ce que nous ferons. Dès 2028, des allègements ciblés sur les bas salaires, pour que chaque heure travaillée se traduise par un gain net, visible sur la fiche de paie. La question qui guidera chaque arbitrage est celle-ci : qu’est-ce qui change pour l’aide-soignante, le chauffeur, l’artisan ? Si la réponse est « rien », la mesure ne passera pas.

Qui y perd, qui y gagne. Y perd : le budget de l’État, à court terme, qui devra compenser par les économies décrites au chapitre suivant. Y gagnent : les millions de salariés modestes, premiers concernés ; les employeurs, qui retrouvent des candidats ; les comptes sociaux, que chaque heure travaillée en plus vient nourrir.

Pourquoi tout le monde y gagne. Un pays où le travail paie est un pays où l’on travaille. Chaque trappe refermée transforme une dépense sociale en cotisation, un découragement en projet. C’est la réforme la plus populaire de ce livre — et l’une des plus rentables.

Les chiffres. Coût : −4 milliards à terme (allègements ciblés au-delà des quelque 80 milliards par an déjà existants), dès 2028. Rapport : chaque heure travaillée en plus se transforme en cotisation, et des candidats reviennent pour les employeurs. Inaction : autour du SMIC, travailler davantage rapporte parfois moins que rester au seuil — ce n’est pas de la paresse, c’est un calcul que le système rend rationnel. Trajectoire : −4 milliards à court terme, parmi les dépenses les plus vite remboursées du livre (emploi et cotisations enclenchés). Concrètement : un gain net visible sur la fiche de paie de l’aide-soignante, du chauffeur, de l’artisan — sinon la mesure ne passe pas.

Proposition 10 — Raboter les niches qui ne servent à rien : douze milliards récupérés

Ce qui existe. Des centaines de niches fiscales, sédimentées au fil des alternances, dont personne n’évalue plus le rendement. Certaines sont utiles. D’autres ne sont que des rentes : on les maintient parce qu’elles existent.

Ce que l’on constate. Le pacte Dutreil exonère la transmission d’entreprises bien au-delà de ce qu’exige la survie des entreprises familiales. La TVA réduite de la restauration n’a tenu ni ses promesses de prix ni ses promesses d’emploi. La défiscalisation des heures supplémentaires coûte plus qu’elle ne crée. Les remboursements de taxe sur les carburants subventionnent, à contre-courant de tous nos engagements, la consommation d’énergies fossiles.

Ce qui nous menace. Un impôt général élevé pour financer des exemptions particulières : c’est l’exact contraire d’une fiscalité juste. Tant que les niches prospèrent, les taux ne peuvent pas baisser pour tout le monde.

Ce que nous ferons. Un rabot ciblé sur ces quatre niches — Dutreil ramené à sa vocation, TVA de la restauration partiellement relevée, défiscalisation des heures supplémentaires réduite, remboursements de carburants fossiles éteints progressivement — pour un rendement de douze milliards d’euros, intégralement affectés au financement des baisses de ce chapitre.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent, nommément : les héritiers des plus grosses transmissions, les restaurateurs, les salariés qui défiscalisaient leurs heures supplémentaires, les transporteurs au gazole détaxé. Ce livre ne le leur cache pas. Y gagnent : tous les contribuables qui ne logeaient dans aucune niche — c’est-à-dire l’immense majorité.

Pourquoi tout le monde y gagne. Une niche rabotée, c’est un taux général qui peut baisser. À terme, mieux vaut pour chacun un impôt simple et modéré qu’un impôt lourd percé d’exceptions réservées aux mieux conseillés.

Les chiffres. Coût : nul — c’est une recette. Rapport : +12 milliards à terme — Dutreil recentré ~3, TVA de la restauration ~3, heures supplémentaires ~2, gazole professionnel ~2,5, divers ~1,5 —, sur un gisement documenté de 15 à 20 milliards (Cour des comptes, Conseil des prélèvements obligatoires, Institut des politiques publiques). Inaction : un impôt général élevé pour financer des exemptions particulières réservées aux mieux conseillés. Trajectoire : +12 milliards montant de 2028 à 2032, fléchés au financement des baisses du chapitre. Concrètement : quatre niches nommées — Dutreil, restauration, heures supplémentaires, gazole détaxé — ; l’immense majorité, qui ne logeait dans aucune, y gagne un impôt plus simple.

Proposition 133 — Aller au bout des niches : pensions, domicile, diesel et pavillon

Ce qui existe. Après les quatre niches de la proposition précédente, un second gisement demeure — plus délicat, parce qu’il touche des contribuables plus nombreux et plus sympathiques. Un abattement de 10 % sur les pensions (4,8 milliards) qui imite une déduction de frais professionnels que les retraités n’ont pourtant pas. Un crédit d’impôt pour l’emploi à domicile (6,4 milliards) qui bénéficie autant aux foyers très aisés qu’aux familles qui en ont besoin pour travailler. Des tarifs réduits de taxe sur les carburants qui subventionnent encore le diesel. Et un régime du tonnage qui laisse de très profitables armateurs payer un impôt sur les sociétés quasi nul.

Ce que l’on constate. Tant qu’on épargne les niches confortables, on demande tout l’effort aux mêmes -au travail, à l’entreprise- et l’on entretient l’idée que jamais l’effort n’est partagé. Or « tout le monde paiera un peu » n’est une promesse tenue que si elle vaut aussi pour les retraités aisés, le diesel professionnel et le pavillon de cargos.

Ce qui nous menace. Une fiscalité qui frappe toujours la production et jamais la rente confortable finit par dresser les actifs contre les inactifs, et par nourrir le sentiment d’un effort à sens unique — le carburant des colères.

Ce que nous ferons. Quatre gestes, et une chose que nous ne ferons pas. Premier geste : la fin de l’abattement de 10 % sur les pensions — la contribution des retraités d’aujourd’hui à la retraite de ceux qui le seront demain, aux mêmes conditions. Elle ne touche que les retraités imposables, soit la moitié supérieure ; les pensions modestes, non imposables, n’y perdent rien. Deuxième geste : le crédit d’impôt pour l’emploi à domicile reciblé — son taux ramené de 50 à 40 %, supprimé au-dessus du seuil des hauts revenus (de l’ordre de 9 000 euros par mois pour une famille de deux enfants), mais majoré pour les foyers monoparentaux, qui ne travaillent souvent que parce qu’ils font garder leurs enfants. Troisième geste : l’extinction complète, en cinq ans, des tarifs réduits sur les carburants fossiles. Quatrième geste : le régime du tonnage maritime ne sera pas supprimé -il est européen, et le défaire seul ferait fuir le pavillon France- mais sa faveur sera conditionnée, à l’échelle de l’Union, au réinvestissement dans la décarbonation de la flotte et les commandes passées dans les chantiers navals européens : le privilège se mérite. Et la chose que nous ne ferons pas : toucher au mécénat. Le don des particuliers et le soutien aux associations restent intacts — on ne taxe pas la générosité.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent, nommément : les retraités imposables, d’un dixième de leur abattement ; les foyers très aisés qui défiscalisaient un emploi de maison ; le diesel professionnel ; l’armateur qui ne réinvestit pas. Y gagnent : les familles monoparentales, dont l’aide est majorée ; les actifs, à qui l’on cesse de tout demander ; le climat ; et les chantiers navals européens.

Pourquoi tout le monde y gagne. Le partage de l’effort n’est crédible que s’il atteint aussi les niches confortables. C’est une question de cohérence autant que de recettes : on ne peut pas demander à l’usine de payer et laisser la rente tranquille. Modeste pour chacun, l’effort devient juste parce qu’il n’épargne personne — sauf le don, qui n’est pas une niche mais une vertu.

Les chiffres. Coût : nul — c’est une recette. Rapport : environ +7 milliards bruts à terme (abattement des pensions ~4, sur les seuls retraités imposables ; crédit d’impôt domicile reciblé, net ~2 ; carburants fossiles éteints en totalité ~1), soit ~+5 milliards nets de l’effet de demande, en plus des douze de la proposition précédente ; le tonnage reste neutre pour le budget, mais son privilège finance désormais la décarbonation maritime. Inaction : tout l’effort demandé au travail et à l’entreprise, les niches confortables intactes, et le sentiment d’une justice à sens unique. Trajectoire : +5 milliards nets montant de 2028 à 2032 ; au moteur, la dette 2037 s’abaisse d’environ un point (vers 108 %), pour un surcroît de tension sociale modéré — l’abattement ne frappant que les retraités aisés. Concrètement : fin de l’abattement de 10 % sur les pensions (retraités imposables, contribution intergénérationnelle), crédit d’impôt domicile reciblé (50 → 40 %, supprimé au-dessus de ~9 000 euros par mois, majoré pour les monoparentaux), carburants fossiles éteints en cinq ans, tonnage maritime conditionné à la décarbonation à l’échelle européenne — et le mécénat préservé.

Proposition 134 — La donnée contre la fraude : récupérer la TVA sans lever un impôt

Ce qui existe. Chaque année, vingt à vingt-cinq milliards d’euros de TVA échappent à l’État. L’essentiel vient de la ‘fraude carrousel’ : une société achète un bien sans TVA dans un autre pays de l’Union, le revend avec TVA, encaisse la taxe et disparaît avant de la reverser. S’y ajoutent l’e-commerce sous-déclaré et l’économie au noir, où l’absence de facture vaut absence d’impôt.

Ce que l’on constate. Ce n’est pas une fatalité morale, c’est un retard technique. La TVA était déclarative et transfrontalière : deux failles que la technologie et la data referment. La facturation électronique obligatoire entre entreprises, l’e-reporting et le croisement par intelligence artificielle transmettent les transactions au fisc en quasi temps réel — et le carrousel, qui vivait du délai et de l’opacité, devient impossible. L’Italie et l’Espagne, qui s’y sont mises avant nous, ont vu leurs recettes de TVA remonter.

Ce qui nous menace. Tant que la fraude prospère, c’est l’honnête qui paie pour le fraudeur, et les taux restent élevés pour compenser ce qui s’évapore. Rien ne décourage davantage le contribuable loyal que de voir l’autre tricher impunément.

Ce que nous ferons. La généralisation de la facturation électronique, obligatoire, va le faire pour nous ! Le calendrier est déjà engagé pour 2026-2027 : l’e-reporting et le data-mining par intelligence artificielle à l’administration fiscale s’installent ! La récupération ne sera pas immédiate : elle montera avec le déploiement, d’environ un milliard en 2028 à quelque huit milliards par an à plein régime. Pas un impôt de plus : on récupère juste un dû.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les fraudeurs au carrousel, les plateformes qui sous-déclaraient, l’économie souterraine. Y gagnent : les caisses publiques, et tous les contribuables honnêtes qui payaient, sans le savoir, la part des autres.

Pourquoi tout le monde y gagne. Récupérer le dû avant de réclamer un euro de plus, c’est la justice fiscale élémentaire. La technologie accomplit enfin ce que la morale réclamait en vain : que chacun paie ce qu’il doit, ni plus, ni moins.

Les chiffres. Coût : marginal — l’outil de l’administration fiscale, en partie déjà budgété ; le retour sur investissement est l’un des plus élevés du programme. Rapport : jusqu’à +8 milliards par an à terme, sur un écart de TVA de 20 à 25 milliards — chronologie prudente : ~1 (2028), puis ~2,5, ~4,5, ~6,5, et ~8 en 2032 et au-delà. Inaction : l’honnête qui paie pour le fraudeur, et des taux maintenus haut pour compenser l’évaporation. Trajectoire : +8 milliards montant de 2028 à 2032, sans hausse d’impôt. Concrètement : facturation électronique obligatoire, e-reporting et intelligence artificielle — le carrousel meurt, le dû rentre dans les caisses.

Proposition 135 — Le barbell des cotisations : protéger le bas, dégonfler le milieu, libérer le haut

Ce qui existe. Environ quatre-vingts milliards d’euros par an d’allègements de cotisations patronales, empilés en trois étages : sur les bas salaires autour du SMIC, puis un bandeau jusqu’à deux SMIC et demi, un autre jusqu’à trois SMIC et demi. C’est la plus grosse dépense de l’État pour l’emploi.

Ce que l’on constate. Le rapport Bozio-Wasmer de 2024 l’établit sans ambiguïté : près du SMIC, l’allègement crée vraiment de l’emploi ; mais au-delà de deux SMIC et demi, il ne fait plus qu’un effet d’aubaine — et, pire, il fabrique une « trappe à bas salaires ». L’employeur tasse les rémunérations sous le seuil pour ne pas perdre l’avantage : l’aide censée soutenir l’emploi finit par geler les augmentations.

Ce qui nous menace. Un système qui décourage les hausses de salaire au nom d’une aide qui ne crée plus d’emploi : l’exact inverse de ce que nous voulons — un pays où le travail progresse.

Ce que nous ferons. Un barbell, en trois temps qui se tiennent. On protège le bas : l’allègement autour du SMIC est maintenu intégralement, car il fonctionne — la proposition 9 le complète encore. On dégonfle le milieu : l’aubaine de la bande moyenne est progressivement supprimée, ce qui débloque la progression salariale au lieu de la punir. Et on libère le haut : le plafonnement des prélèvements sur les hauts salaires (proposition 8) est abaissé à sept mille euros bruts mensuels, pour rendre le travail très qualifié plus attractif et inciter à faire monter ceux qui le peuvent. Bas protégé, milieu assaini, haut relâché : l’effet devient vertueux là où il était vicieux.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les employeurs qui tassaient les salaires sous le seuil pour capter l’aubaine, et la facilité d’une aide jamais réexaminée. Y gagnent : les salariés du milieu, dont les augmentations cessent d’être pénalisées ; les talents, mieux retenus ; et les comptes publics, d’environ six à sept milliards — une dépense mieux ciblée, pas un impôt de plus.

Pourquoi tout le monde y gagne. Une aide qui ne crée plus d’emploi mais bloque les salaires n’est pas une aide : c’est un piège. La redéployer vers le bas, où elle est efficace, et alléger le haut, qu’on veut retenir, c’est rendre service à ceux-là mêmes qu’on prétendait protéger.

Les chiffres. Coût : l’abaissement du plafond des hauts salaires à 7 000 euros (environ un milliard de coût statique de plus que la proposition 8). Rapport : environ +7 milliards par an à terme du recentrage de la bande moyenne — une réduction de dépense, pas une hausse d’impôt —, soit ~+6 milliards nets après l’allègement du haut. Inaction : la trappe à bas salaires qui gèle les augmentations, et quatre-vingts milliards dépensés sans pilotage. Trajectoire : +6 à 7 milliards nets montant de 2028 à 2032. Concrètement : SMIC protégé, aubaine moyenne supprimée, plafond des hauts salaires abaissé à 7 000 euros — la progression salariale enfin débloquée.

Proposition 11 — Créer la richesse avant de la redistribuer : l’ordre du mandat, gravé

Ce qui existe. Depuis quarante ans, chaque campagne promet la redistribution avant la production : on partage des fruits qu’on n’a pas fait pousser, et l’écart se règle par la dette…et souvent l’impôt !

Ce que l’on constate. Plus de 1 250 milliards d’euros prélevés chaque année, un record du monde développé — et pourtant le sentiment unanime que ça ne suffit pas du tout. Quand la production stagne, la redistribution devient une querelle de pénurie.

Ce qui nous menace. Le moment où les créanciers de la France décideront du contenu de sa politique sociale à notre place. Ce moment a un nom dans l’histoire récente de la Grèce, de l’Italie, du Royaume-Uni. Il n’arrive jamais par surprise ; il arrive par habitude. Et le FMI a beau ne pas jouer les alarmistes, il ne se prive pas de nous pointer du doigt dès qu’il le peut au rang des mauvais élèves de l’OCDE !

Ce que nous ferons. Un séquençage public, opposable, en trois temps. Dès 2028 : les mesures qui créent la richesse — impôts de production, bas salaires, plafonnement, simplification. Ensuite, et seulement après la réforme des retraites : les baisses d’impôts plus larges. Enfin : la redistribution des fruits — jamais promise avant d’être produite. Cet ordre sera affiché, daté, et les écarts expliqués chaque année devant les Français.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les impatients de tous bords, et les habitudes électorales qui consistent à acheter le présent avec l’argent de nos enfants. Y gagnent : ceux qui produisent, servis d’abord ; puis ceux qui ont besoin de la solidarité, servis durablement — car une redistribution assise sur de la croissance réelle ne se renie pas à la première tempête.

Pourquoi tout le monde y gagne. C’est la différence entre une promesse et un contrat. La promesse distribue ce qu’elle n’a pas ; le contrat dit quand, comment, et à quelle condition. Un pays qui retrouve cet ordre retrouve, avec lui, la confiance — la sienne et celle des autres.

Les chiffres. Coût : nul — un ordonnancement, pas une dépense. Rapport : la crédibilité se paie en taux d’intérêt plus bas ; le moteur le chiffre à l’envers — au-delà de 115 % de dette, chaque point supplémentaire renchérit l’emprunt d’environ trois points de base. Inaction : le jour où les créanciers décident de la politique sociale à notre place — la Grèce, l’Italie, le Royaume-Uni l’ont connu ; le FMI nous range déjà parmi les mauvais élèves de l’OCDE. Trajectoire : c’est le séquençage qui rend tout le reste soutenable ; les cibles de 2032 (déficit −1 %, dette 95 %) sont atteintes vers 2036-2037 — la courbe, pas le slogan. Concrètement : un calendrier public et daté — la création de richesse d’abord (2028), les baisses larges après les retraites, la redistribution des fruits en dernier.

CHAPITRE VII — LE MARCHÉ DU TRAVAIL : BOUGER, EMBAUCHER, REBONDIR

Le chapitre VI a parlé du travail tel qu’il paie — la fiche de paie, les charges, l’impôt. Celui-ci parle du marché du travail tel qu’il bouge : comment on trouve un emploi, comment on en change, comment on en perd un et l’on en retrouve un autre. À l’heure où l’intelligence artificielle va détruire et créer des métiers à une vitesse inédite, la rigidité est devenue le pire des risques. Notre doctrine tient en un mot que les Français redoutent et que les Danois ont apprivoisé : la flexisécurité. Embaucher vite, séparer sans drame mais accompagner fort, former, reloger, remettre en mouvement. La flexibilité et la sécurité ne s’opposent pas : l’une paie l’autre.

Proposition 113 — Refonder France Travail : du guichet des offres à l’anticipation

Ce qui existe. France Travail, né en 2024 de la loi pour le plein emploi, vient d’absorber plus d’un million de nouveaux inscrits — bénéficiaires du revenu de solidarité, jeunes, personnes en situation de handicap. L’institution raisonne encore largement sur l’existant : les offres déposées, les demandeurs inscrits, l’appariement de l’un à l’autre.

Ce que l’on constate. Le chômage est reparti à la hausse — 8,1 % début 2026 — et le marché se transforme plus vite que l’institution qui le sert. Raisonner sur les offres d’aujourd’hui, c’est courir après le passé : quand un secteur s’effondre ou qu’un métier naît, l’information arrive trop tard. Ce qui manque, ce sont les signaux faibles — les tensions qui montent, les compétences qui se périment, les bassins qui décrochent.

Ce qui nous menace. Un service public de l’emploi qui constate le chômage au lieu de l’anticiper, à l’instant précis où l’intelligence artificielle va rebattre les cartes des métiers — détruisant les uns, créant les autres, plus vite qu’aucune vague technologique avant elle.

Ce que nous ferons. Refonder France Travail autour de l’anticipation. Exploiter les signaux faibles — données des entreprises, tensions sectorielles, compétences émergentes, traités par l’intelligence artificielle de l’État (chapitre IX) — pour voir venir les métiers qui meurent et ceux qui naissent, et orienter la formation avant la rupture, non après. Passer de l’appariement passif au conseil actif : à chaque actif, une cartographie de ses compétences et des passerelles possibles vers les emplois qui recrutent. Et concentrer l’accompagnement humain sur ceux qui en ont le plus besoin, en déchargeant les conseillers des tâches que la machine fait mieux. Les règles avant de placer quelqu’un quelque part seront systématiquement up-skilling et re-skilling !

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : la logique du guichet, et l’illusion qu’on pilote un marché en le regardant dans le rétroviseur. Y gagnent : les demandeurs d’emploi, orientés vers ce qui recrutera demain ; les entreprises, dont les tensions sont anticipées ; et les conseillers, rendus à un vrai métier d’accompagnement.

Pourquoi tout le monde y gagne. Un service de l’emploi qui anticipe coûte moins cher qu’un service qui répare : chaque reconversion engagée à temps évite un chômage long, le plus destructeur de tous. Voir venir, c’est déjà la moitié du rebond.

Les chiffres. Coût : nul net — la refonte d’un opérateur existant (France Travail, créé en 2024, plus d’un million d’inscrits récents). Rapport : anticiper coûte moins que réparer — chaque reconversion engagée à temps évite un chômage long, le plus destructeur de tous. Inaction : un chômage reparti à 8,1 % début 2026, et un service qui le constate dans le rétroviseur quand l’intelligence artificielle rebat les métiers. Trajectoire : neutre, gain d’efficacité. Concrètement : des signaux faibles (données d’entreprises, tensions sectorielles) traités par l’IA de l’État pour orienter la formation avant la rupture — montée en compétences et reconversion avant tout placement.

Proposition 114 — Bouger pour l’emploi : la mobilité par le logement

Ce qui existe. Des emplois non pourvus dans une région, des chômeurs dans une autre, et entre les deux un mur : le logement. On ne déménage pas pour un emploi quand on ne trouve pas à se loger là où il est — ou quand on perdrait, en partant, un logement qu’on ne retrouvera jamais.

Ce que l’on constate. Le marché du travail français est bloqué par le marché du logement (chapitre X) : la mobilité professionnelle, qui est la première arme contre le chômage, se heurte au goulot du toit. Là où l’emploi abonde, le logement manque et coûte cher ; là où le logement est accessible, l’emploi se raréfie.

Ce qui nous menace. Un pays assigné à résidence : des bassins qui se vident sans pouvoir partir, des métropoles qui recrutent sans pouvoir loger, et un chômage entretenu par l’immobilité.

Ce que nous ferons. Faire de la mobilité une politique, en attelant le service de l’emploi à celui du logement. Un droit à la mobilité pour le chercheur d’emploi : aide au déménagement, logement temporaire le temps de s’installer, garantie de ne pas perdre ses droits au logement social en bougeant — la portabilité du chapitre X —, accompagnement du conjoint et de la scolarité des enfants. France Travail et les bailleurs travailleront de concert : un emploi proposé loin ne vaut que si le toit suit. Et la mobilité restera un choix accompagné, jamais une contrainte qui déracine.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : l’immobilité subie, et le cloisonnement entre politique de l’emploi et politique du logement. Y gagnent : les chercheurs d’emploi, à qui l’on ouvre les bassins qui recrutent ; les territoires en tension, enfin pourvus ; et ceux qui partent, sécurisés dans leur saut.

Pourquoi tout le monde y gagne. La mobilité bien accompagnée remet en mouvement ce que la rigidité fige : des bras vers les emplois, des familles vers l’avenir. Délier l’emploi du logement, c’est débloquer les deux à la fois.

Les chiffres. Coût : les aides à la mobilité (déménagement, logement temporaire) — modéré, compté avec le chapitre X. Rapport : la mobilité est le premier remède au chômage ; les bassins qui recrutent enfin pourvus. Inaction : un pays assigné à résidence — des bassins qui se vident sans pouvoir partir, des métropoles qui recrutent sans pouvoir loger. Trajectoire : dépense modérée, compensée par l’emploi retrouvé. Concrètement : un droit à la mobilité du chercheur d’emploi, la portabilité du logement social (chapitre X), France Travail et bailleurs de concert — un emploi loin ne vaut que si le toit suit.

Proposition 115 — La flexisécurité : embaucher vite, séparer sans drame, accompagner fort

Ce qui existe. Le contrat à durée indéterminée français est si lourd à rompre que beaucoup d’employeurs hésitent à embaucher — et se rabattent sur les contrats courts, l’intérim, ou renoncent. La peur de ne pas pouvoir séparer empêche d’unir.

Ce que l’on constate. À l’heure où l’intelligence artificielle va détruire et créer des emplois à une vitesse inédite, la rigidité est devenue un piège : une entreprise qui ne peut pas ajuster son effectif n’embauche pas vite quand elle le pourrait, par crainte de ne pas pouvoir alléger quand elle le devra. Le Danemark a dénoué ce nœud : on y embauche et l’on y sépare aisément, mais le salarié est protégé non par son poste, plutôt par un accompagnement puissant — indemnisation, formation, reconversion. La sécurité n’est plus dans le contrat ; elle est dans le rebond.

Ce qui nous menace. Continuer à protéger les emplois plutôt que les personnes : figer ceux qui en ont un, exclure ceux qui n’en ont pas, et regarder l’économie se priver des embauches qu’une rupture plus simple aurait permises.

Ce que nous ferons. Adopter la flexisécurité, franchement, et dans cet ordre. La flexibilité d’abord, parce qu’elle est le geste immédiat : simplifier et rendre prévisibles l’embauche et la fin de contrat — des séparations rapides, encadrées par un barème clair, négociées avec les partenaires sociaux, débarrassées de la loterie contentieuse d’aujourd’hui. La sécurité en regard, sans laquelle la flexibilité n’est que précarité : un accompagnement renforcé à chaque rupture — l’anticipation de la proposition 113, la mobilité de la proposition 114, la formation et la reconversion érigées en droit. On ne protège plus le poste ; on protège la trajectoire.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : l’illusion que la sécurité tient au verrouillage du contrat, et le confort des situations acquises au détriment des exclus du marché. Y gagnent : les chômeurs et les jeunes, premières victimes de la rigidité, à qui l’on rouvre la porte de l’embauche ; et les entreprises, qui recrutent enfin sans la peur du lendemain.

Pourquoi tout le monde y gagne. Quand séparer devient simple, embaucher cesse d’être un risque — et l’on embauche davantage. Le marché du travail le plus dynamique d’Europe, le danois, est aussi l’un des plus protecteurs : non malgré sa flexibilité, mais grâce à l’alliance de la flexibilité et de la sécurité. C’est cette alliance que nous nouerons.

Les chiffres. Coût : l’accompagnement renforcé à chaque rupture (formation, reconversion), financé par la réorientation de l’assurance chômage et de la formation. Rapport : quand séparer devient simple, on embauche davantage — le marché danois est l’un des plus dynamiques ET des plus protecteurs d’Europe. Inaction : protéger les postes plutôt que les personnes — figer ceux qui ont un emploi, exclure les autres, priver l’économie des embauches qu’une rupture simple aurait permises. Trajectoire : réallocation (formation, indemnisation), neutre à positive pour l’emploi. Concrètement : embauche et séparation simplifiées par un barème négocié — fini la loterie contentieuse —, et la sécurité logée dans le rebond, plus dans le poste.

Proposition 116 — L’indemnisation qui remet en mouvement : des droits profilés, pas un statut figé

Ce qui existe. L’assurance chômage indemnise déjà selon des règles fines — durée modulée par l’âge, dégressivité au-delà d’un certain salaire, conditions assouplies pour les plus de cinquante-cinq ans. Mais elle traite encore largement les demandeurs comme une catégorie unique, sans distinguer les trajectoires.

Ce que l’on constate. Tous les chômeurs ne se ressemblent pas. Un jeune bien diplômé, fort de deux ou trois ans d’expérience et au chômage pour la première fois, rebondit vite : il n’a pas besoin du même filet qu’un senior de plus de quarante-cinq ans, que le marché réembauche difficilement. Et il existe une situation que le système ignore : celui qui enchaîne les ruptures, ne conserve aucun emploi plus de deux ans, et épuise à chaque fois la totalité de ses droits — non par malchance, mais par habitude.

Ce qui nous menace. Une indemnisation aveugle aux parcours : trop longue pour qui rebondirait seul, trop courte pour qui peine vraiment, et sans réponse pour qui en a fait une rente.

Ce que nous ferons. Profiler l’indemnisation selon la trajectoire, pour qu’elle remette en mouvement au lieu d’installer. Plus généreuse pour qui en a le plus besoin — un senior de plus de quarante-cinq ans aura davantage de mois pour retrouver sa place qu’un jeune de moins de 30 ans. Plus resserrée pour qui rebondit vite — un jeune diplômé et déjà expérimenté, un filet plus court parce qu’il suffit. Et dégressive pour qui en abuse — celui qui épuise systématiquement ses droits au fil de ruptures répétées verra, d’un épisode au suivant, sa durée se réduire. Le tout négocié avec les partenaires sociaux et appliqué à l’horizon 2032 : c’est une réforme de fond, qui suppose d’abord que la flexibilité et l’accompagnement — propositions 113 à 115 — aient rouvert les portes de l’emploi. On ne resserre le filet qu’une fois la porte ouverte ; dans l’immédiat, la priorité reste la flexibilité de l’embauche et de la séparation. En découle une réforme progressive du système d’indemnisation chômage pour le régime général. Pas de changements pour les intermittents.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : ceux qui avaient fait de l’indemnisation maximale un mode de vie, aux dépens de qui cotise. Y gagnent : les seniors, mieux protégés ; les cotisants, dont l’argent finance le rebond plutôt que la rente ; et les jeunes, incités à saisir vite le poste suivant.

Pourquoi tout le monde y gagne. Une indemnisation qui épouse les parcours protège mieux en dépensant mieux : beaucoup pour qui souffre, juste assez pour qui rebondit, moins pour qui abuse. Le filet n’est pas fait pour qu’on s’y installe ; il est fait pour qu’on rebondisse — et c’est en remettant les gens au travail qu’on finance ceux qui n’y sont pas encore.

Les chiffres. Coût : une économie nette — l’Unédic dépense ~45 milliards par an (dont ~37 d’allocations) pour ~2,6 millions d’indemnisés ; le profilage en récupère, à terme, de l’ordre de 2 à 4 milliards par an. Rapport : protéger mieux en dépensant mieux — beaucoup pour le senior que le marché réembauche mal, juste assez pour le jeune diplômé qui rebondit, moins pour qui en fait une rente. Inaction : une indemnisation aveugle aux parcours, trop longue ici, sans réponse là. Trajectoire : économie montant vers 2032, une fois la flexibilité (propositions 113-115) ayant rouvert l’emploi ; honnêteté oblige, une part n’est pas une économie nette mais un transfert vers le RSA (départements) pour qui ne rebondit pas — d’où un filet contracyclique conservé. Concrètement : à terme, environ 3 mois d’indemnisation pour les moins de 30 ans et 20 mois pour les seniors, dégressivité pour les récidivistes — les intermittents non touchés.

CHAPITRE VIII — LES RETRAITES ET LE CAPITAL DES FRANÇAIS

Le système de retraite français a été conçu en 1947, pour un pays de plein emploi industriel où l’on mourait peu d’années après avoir cessé de travailler. Ce monde n’existe plus. Plutôt que de rafistoler tous les cinq ans un édifice fissuré — en dressant à chaque fois les Français les uns contre les autres —, ce chapitre propose autre chose : rendre aux Français la propriété de leur avenir. Leur retraite cessera d’être une promesse d’État perpétuellement renégociée ; elle deviendra, pour partie, un capital qui leur appartient. Depuis le 23 juin 2026, l’Allemagne s’engage à décaler l’âge de départ à la retraite à 67 ans en promettant que cet âge devra être à nouveau révisé sous 10 ans. La réalité qui se présente à tous les pays Européens est valable pour nous, voire encore plus pour nous, en France !

C’est ici que la doctrine de l’« État-prévoyance » de Claude Tendil et Augustin de Romanet, que nous avons faite nôtre, s’applique avec le plus de force. Son principe : cesser de tout traiter pareil. La vieillesse n’est pas un coup du sort qui frappe au hasard quelques-uns — c’est un âge de la vie que chacun, sauf accident, atteindra. Elle ne relève donc pas de la solidarité indistincte payée par l’impôt, mais d’une assurance mutualisée, financée par des cotisations qui ouvrent des droits et pilotée par ceux qui cotisent. Distinguer clairement les deux, c’est rendre à la retraite ce que quarante ans de rafistolage paramétrique lui avaient ôté : sa lisibilité. On saura enfin ce que l’on finance, et ce à quoi l’on a droit — et le débat cessera d’être ce duel anxiogène où chaque génération soupçonne l’autre de la spolier.

Proposition 18 — Fermer le régime de 1947, éteindre les régimes spéciaux

Ce qui existe. Un système par répartition conçu quand quatre actifs cotisaient pour un retraité, flanqué de régimes spéciaux hérités d’un autre siècle dont chacun est défendu comme un acquis, chacun financé par tous. Un système qui implose depuis 30 ans.

Ce que l’on constate. La démographie a inversé le rapport : les actifs se raréfient, les retraités vivent -et c’est tant mieux !- de plus en plus longtemps. Chaque réforme paramétrique gagne trois ans de répit au prix d’une crise sociale, puis le déficit revient. Quant aux régimes spéciaux, ils font financer par les salariés du privé des départs précoces dont eux ne bénéficieront jamais. Iniquité, injustice, double traitement, ajoutés à une envie de changement pour l’autre, mais jamais pour soi !

Ce qui nous menace. Quatre chocs convergent sur les générations 2030-2040 : la démographie, le changement climatique, la transformation du travail par l’intelligence artificielle et la robotique. Un système calibré sur la France de 1947 ne tiendra face à aucun des quatre ! Il faut le dire : nous allons encore plus dans le mur que lors de la tentative de 2019 !

Ce que nous ferons. Le régime de 1947 sera fermé aux générations futures et les régimes spéciaux éteints sans toucher aux pensions liquidées. La réforme vise les générations 2030-2040, qui ont le temps de construire autre chose ; elle sera calibrée sur les quatre chocs, pas sur le prochain scrutin. Il faut impulser une vision de long terme, même si l’électeur pense à demain matin ! Il faut évoquer les années 2050, même si le politique souhaite être réélu après-demain !

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les bénéficiaires des régimes spéciaux, dont les avantages s’éteindront avec eux ; et, disons-le, les retraités actuels perdront un peu : c’est leur part de l’effort, modeste mais réelle. Y gagnent : les jeunes actifs, qui cessent de cotiser à fonds perdus pour un système dont chacun leur dit qu’il ne les servira pas.

Pourquoi tout le monde y gagne. Un système condamné ne protège personne : il angoisse les jeunes sans rassurer les vieux. Le fermer proprement, c’est garantir les pensions d’aujourd’hui en cessant d’hypothéquer celles de demain.

Les chiffres. Coût : nul à court terme — les pensions liquidées sont préservées, les économies sont différées. Rapport : la fin des régimes spéciaux et l’allongement volontaire pèsent environ −10 milliards par an à terme (levier « retraites », montée 2030-2034). Inaction : un déficit qui revient tous les cinq ans, et quatre chocs convergents (démographie, climat, IA, robotique) sur les générations 2030-2040 qu’un système de 1947 ne protègera pas. Trajectoire : −10 milliards de dépenses structurelles dès 2030 — c’est leur caractère durable qui consolide le solde après 2032. Concrètement : l’Allemagne, depuis le 23 juin 2026, décale à 67 ans en promettant déjà une nouvelle révision sous dix ans — la même réalité s’impose à nous, en plus dur.

Proposition 19 — La fin de l’âge légal : la retraite au volontariat, par les droits

Ce qui existe. Un âge légal uniforme, déplacé de force à chaque réforme, qui traite identiquement le maçon entré en apprentissage à seize ans et le cadre entré dans la vie active à vingt-cinq.

Ce que l’on constate. La leçon de la fin 2019 n’a pas été apprise : un accord sur la réforme des retraites était à portée de main, et c’est l’âge pivot qui l’a tué. Les Français n’acceptent pas la contrainte uniforme ; ils acceptent l’équité. Toutes les enquêtes le redisent : ce n’est pas travailler qui révolte, c’est être traité en numéro.

Ce qui nous menace. Une nouvelle décennie de réformes paramétriques imposées, de blocages, de défiance… pendant que le déficit, lui, ne fait pas grève.

Ce que nous ferons. La logique sera inversée : non seulement la fin de l’âge pivot, mais la fin de l’âge légal de départ lui-même, s’il le faut ! Le volontariat comme principe. Plus de couperet uniforme : le départ s’ouvre dès que les droits sont constitués. Une carrière longue donnera une retraite pleine, quel que soit l’âge où elle s’achève ; une carrière courte débouchera sur une retraite partielle, strictement proportionnée (c’est cette proportionnalité, actuarielle et transparente, qui rend le système soutenable et décourage les départs prématurés). Chacun connaîtra ses droits, simplement, et choisira son moment : celui qui aime son métier continuera, celui qui s’est usé partira. Sans pour autant mentir, il n’est pas impossible que nous soyons sur une courbe identique à celle de l’Allemagne et que l’âge réel de départ en retraite se situe autour de 67 ans ! « Couvrez ce sein que je ne saurais voir ! »

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : ceux qui ont peu cotisé et comptaient sur un âge couperet pour obtenir une pension complète -leur pension sera proportionnée à leur carrière, et il faut l’assumer. Y gagnent : ceux qui ont commencé tôt, enfin reconnus ; ceux qui veulent travailler au-delà des bornes actuelles, enfin autorisés à le faire.

Pourquoi tout le monde y gagne. Le volontariat réconcilie ce que l’âge pivot opposait : la liberté individuelle et l’équilibre collectif. Quand chaque année travaillée crée un droit visible, travailler plus longtemps cesse d’être une punition — cela devient un choix qui rapporte, à soi et au pays.

Les chiffres. Coût : nul en propre — un mode de calcul des droits, compté avec la proposition 18. Rapport : l’équité (carrière longue, retraite pleine) lève le blocage qui a tué la réforme de 2019 ; le travail prolongé volontaire nourrit l’emploi des seniors et les cotisations. Inaction : une décennie de réformes paramétriques imposées et de défiance — pendant que le déficit, lui, ne fait pas grève. Trajectoire : portée par le levier « retraites » de la proposition 18, sans double compte. Concrètement : pas d’âge couperet, une proportionnalité actuarielle transparente ; l’âge réel de départ pourrait converger vers 67 ans comme en Allemagne — mais par choix, pas par contrainte.

Proposition 20 — Un fonds souverain pour les retraites des Français

Ce qui existe. Les Français épargnent beaucoup, mais leur épargne dort dans des produits sans rendement, ou finance des dettes publiques et rarement les entreprises et les infrastructures qui prépareront leurs vieux jours. Les plans d’épargne retraite existent, dispersés, sans force de frappe collective. Le fléchage est nul, le rendement mauvais et le risque proche de zéro.

Ce que l’on constate. La Norvège a bâti, avec son fonds souverain, la retraite la plus solide d’Europe ; le Japon a fait fructifier l’épargne de ses retraités en investissant dans la croissance des pays émergents d’Asie. La France, elle, regarde son épargne abondante financer la croissance des autres.

Ce qui nous menace. Une génération qui arrivera à la retraite avec, pour seul actif, une promesse de répartition affaiblie et un pays qui aura laissé passer quarante ans de rendements composés. (Ouch !)

Ce que nous ferons. Un fonds souverain de retraite, amorcé à hauteur de 30 milliards d’euros par le fléchage de l’épargne des ménages et la réallocation d’avoirs dormants de l’État (or, immobilier…), articulé aux plans d’épargne retraite existants, avec un étage obligatoire minimal. Sa gouvernance sera hybride : souveraine et indépendante, sur le modèle norvégien ; les politiques fixent le mandat, des professionnels gèrent, personne ne pioche. Son allocation : d’abord la croissance des pays émergents, à la japonaise ; puis un panier stratégique mondial ; puis l’Europe ; puis les grands projets français (énergie, infrastructures, IA). À l’horizon 2037, le moteur projette environ 285 milliards d’euros d’actifs.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les distributeurs de produits d’épargne chers et stériles, et les Trésors étrangers qui se finançaient à bon compte sur le bas de laine français. Y gagnent : les futurs retraités, qui deviennent propriétaires d’un capital ; les entreprises françaises et européennes, qui trouvent un actionnaire de long terme.

Pourquoi tout le monde y gagne. L’épargne qui dormait devient de l’investissement ; l’investissement, du rendement ; le rendement, des pensions. Et l’État y gagne ce qu’aucun impôt ne lui donnera : un allié patient au capital de ses champions (entre autres !).

Les chiffres. Coût : un amorçage de 30 milliards en 2030 (fraction des encours des plans d’épargne retraite et avoirs dormants de l’État), puis une collecte fléchée de 0,3 à 0,8 % du PIB par an — hors solde budgétaire : c’est du patrimoine, pas de la dépense. Rapport : à 5 % de rendement, environ 285 milliards d’actifs en 2037 (~6 % du PIB), qui appartiennent aux Français et financent nos entreprises de long terme. Inaction : une génération qui arrive à la retraite sans capital — trente ans de rendements composés perdus, quand la Norvège et le Japon font fructifier les leurs. Trajectoire : sans effet sur le déficit (hors solde) ; un patrimoine national qui se constitue. Concrètement : une gouvernance à la norvégienne — les politiques fixent le mandat, des professionnels gèrent, personne ne pioche.

Proposition 21 — La garantie du capital : l’État ne jouera pas vos retraites

Ce qui existe. Dans l’esprit de beaucoup de Français, retraite par capitalisation rime avec krach : des images de retraités américains ruinés en 2008 ont durablement marqué le pays. Cette peur est la vraie gardienne du statu quo.

Ce que l’on constate. Elle n’est pas irrationnelle : un système de capital sans garantie expose les plus modestes au pire moment de leur vie. Mais les fonds souverains les mieux gouvernés, norvégien en tête, traversent les crises et en ressortent grandis parce que le long terme est leur métier et la règle, leur armure.

Ce qui nous menace. Sans garantie, la réforme mourrait dans l’opinion avant de naître dans la loi et la France resterait seule en Europe à priver ses citoyens des rendements du capital mondial. Tout ceci n’empêchant nullement l’émergence de nouveaux fonds de pensions !

Ce que nous ferons. Une garantie gravée dans la loi : quoi qu’il arrive aux marchés, chaque Français retrouvera a minima le capital qu’il aura versé au fonds. L’État sera le garant en dernier ressort de ce plancher -et de ce plancher seulement : au-dessus, le rendement appartient à l’épargnant.

Qui y perd, qui y gagne. Y perd : l’État, qui porte un risque de dernier ressort -limité par la gouvernance, l’horizon long et la diversification, mais réel, et il serait malhonnête de le taire. Y gagnent : les épargnants modestes, qui accèdent sans terreur à des rendements jusqu’ici réservés aux initiés ; la réforme elle-même, qui devient acceptable.

Pourquoi tout le monde y gagne. La garantie coûte d’autant moins cher qu’elle est crédible : un fonds bien gouverné, bien géré, n’aura, selon toute vraisemblance, jamais à l’activer. Elle achète, pour un risque maîtrisé, ce qui n’a pas de prix : la confiance des Français pour leur propre capital.

Les chiffres. Coût : nul tant que la garantie n’est pas activée — un engagement de dernier ressort (plancher : chaque Français retrouve au moins le capital versé), borné par la gouvernance, l’horizon long et la diversification. Rapport : c’est la garantie qui rend la réforme acceptable dans l’opinion et ouvre aux modestes l’accès aux rendements du capital. Inaction : la France seule en Europe à priver ses citoyens des rendements du capital mondial, par peur du krach de 2008. Trajectoire : un risque contingent réel mais maîtrisé, hors solde courant — d’autant moins coûteux qu’il est crédible. Concrètement : un plancher gravé dans la loi ; au-dessus, le rendement appartient à l’épargnant.

Proposition 22 — La souveraineté patrimoniale des Français

Ce qui existe. Le débat sur les retraites est enfermé depuis trente ans dans un duel de caricatures : la répartition, présentée comme la solidarité éternelle ; la capitalisation, comme la jungle néolibérale. Pendant les rounds de ce duel stérile, rien ne se construit.

Ce que l’on constate. Les Norvégiens, peuple social-démocrate s’il en est, possèdent collectivement le premier fonds souverain du monde. Les Néerlandais, les Danois, les Canadiens ont fait de leurs caisses de retraite des puissances financières au service de leurs citoyens. Aucun de ces pays n’est pour autant devenu néolibéral : ils sont en revanche devenus propriétaires de leur avenir !

Ce qui nous menace. Que la France reste le seul grand pays dont les habitants travaillent toute une vie sans jamais accumuler de capital est un scandale : les français sont locataires de leur retraite, dépendants de chaque loi de finances, spectateurs des rendements que leur épargne offre aux autres.

Ce que nous ferons. Faire de la souveraineté patrimoniale des Français une politique nationale : chaque personne active se constituera, au long de sa carrière, un capital qui lui appartient, garanti dans son montant, géré souverainement, investi dans la croissance mondiale et dans les grands projets du pays. La répartition demeurera le socle de solidarité ; le capital deviendra l’étage de liberté. Ni démantèlement, ni statu quo : un patrimoine pour tous, en glissement progressif.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les marchands de peur des deux camps — ceux qui agitent le krach pour ne rien changer, et ceux d’en face, qui rêvent de tout privatiser. Y gagnent : les salariés modestes, premiers privés de patrimoine aujourd’hui, premiers servis demain.

Pourquoi tout le monde y gagne. Un peuple de propriétaires de leur avenir n’est pas seulement plus riche : il est plus libre, plus stable, plus confiant. La retraite cessera d’être la question qui fracture la France tous les cinq ans pour devenir le patrimoine commun qui la soude. Et le modèle social, transformé, s’en trouvera raffermi !

Les chiffres. Coût : nul en propre — la doctrine qui relie les propositions 20 et 21. Rapport : un peuple propriétaire de son avenir, plus riche, plus stable, plus libre ; la répartition reste le socle, le capital devient l’étage de liberté. Inaction : rester le seul grand pays dont les habitants travaillent une vie sans accumuler de capital — locataires de leur retraite, dépendants de chaque loi de finances. Trajectoire : hors solde (patrimoine), effet de cohésion et de stabilité. Concrètement : Norvégiens, Néerlandais, Danois, Canadiens l’ont fait sans cesser d’être sociaux — ni démantèlement, ni statu quo, un patrimoine pour tous en glissement progressif.

Proposition 81 — Un Nasdaq européen : rendre aux Français le goût du risque

Ce qui existe. L’épargne française est abondante et dort dans des produits garantis ; nos meilleures entreprises technologiques partent se coter à New York et souvent bien avant cela, trouver de l’argent pour la croissance dans le PE. L’État Français est partout dans le capital (participations directes, BPI, commandes, incitations fiscales, jusqu’au tour de table des jeunes pousses). Et c’est intenable ! À force d’invitations, de subventions et de prises de participation, il y a trop d’État dans le capital français et le risque, qui est le cœur battant du capitalisme productif, a déserté.

Ce que l’on constate. Il manque à l’Europe trois étages que l’Amérique possède : la profondeur de portefeuille -nos investisseurs institutionnels sont rares et prudents- un capital-investissement assez puissant pour faire mûrir une entreprise avant son introduction -le temps qu’elle crée vraiment de la valeur- et une place de cotation qui fasse envie. Sans ces étages, nos fondateurs vendent tôt, et vendent ailleurs.

Ce qui nous menace. Une Europe qui invente et que d’autres capitalisent ce sont les profits, les sièges et les centres de décision suivent l’exode !

Ce que nous ferons. Porter la création d’une grande place technologique européenne -un Nasdaq de l’Europe- installée à Paris, Francfort ou Amsterdam (aux côtés de ASML), au mérite : là où elle aura le plus de puissance, et pas à Londres tant que le Royaume-Uni demeure hors de l’Union. Autour d’elle : un régime de cotation unique et attractif pour la technologie, un droit boursier harmonisé, et l’écrin fiscal qui crée le désir d’investir. La profondeur de portefeuille viendra de notre propre réforme : le fonds souverain de la proposition 20 et les fonds de pension feront enfin exister l’investisseur institutionnel européen de long terme. Et l’État apprendra à se retirer : ses participations d’opportunité seront cédées au fil de l’eau pour nourrir le fonds, sa banque publique recentrée sur l’amorçage que le marché ne fait pas — le capital-risque retrouvera son mot-clé : le risque.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : le confort de l’épargne garantie subventionnée, et l’État actionnaire omniprésent. Y gagnent : les épargnants, enfin intéressés à la croissance qu’ils financent ; les fondateurs, qui pourront grandir et se coter en Europe ; et Paris, qui a une vraie carte à jouer.

Pourquoi tout le monde y gagne. L’épargne des Français finance aujourd’hui, par des détours de marché, les géants des autres. Réorientée vers nos entreprises par le désir plutôt que par la contrainte, elle paie deux fois : en rendements pour les retraites, en emplois et en souveraineté pour la nation.

Les chiffres. Coût : marginal pour les finances publiques — une place de marché et un cadre réglementaire, non une dépense ; voire une recette, l’État cédant au fil de l’eau ses participations d’opportunité au profit du fonds souverain. Rapport : la profondeur de portefeuille viendra du fonds souverain et des fonds de pension (proposition 20) ; l’épargne réorientée paie deux fois — rendements pour les retraites, emplois et souveraineté pour la nation. Inaction : une Europe qui invente et que d’autres capitalisent — profits, sièges et centres de décision suivent l’exode. Trajectoire : neutre à positive pour la dette (cessions d’actifs), effet de croissance. Concrètement : une grande place technologique européenne à Paris ou Francfort au mérite, l’État actionnaire qui se retire, la banque publique recentrée sur l’amorçage que le marché ne fait pas.

Proposition 83 — Le réemploi sans piège : taxer le capital qui sort, pas le capital qui circule

Ce qui existe. Quand un Français vend des titres avec une plus-value, l’État prélève aussitôt près d’un tiers : la « flat tax », portée à 31,4 % au 1er janvier 2026. Un seul dispositif permet d’y échapper en réinvestissant : le report d’imposition de l’article 150-0 B ter. Mais il exige un montage (apporter ses titres à une holding que l’on contrôle avant de les vendre), réservé de fait à ceux qui ont les conseils pour le faire.

Ce que l’on constate. Ce dispositif, que la loi de finances 2026 vient encore de durcir -soixante-dix pour cent de la vente à réinvestir, en trois ans, conservés cinq-, souffre de deux vices que tout praticien connaît. D’abord, comme l’argent transite par des sociétés (holding, SPV, SAS), l’épargnant perd la trace de sa plus-value en report et « oublie » de la déclarer : il devient fraudeur sans le vouloir. Ensuite, quand il joue le jeu et réinvestit dans de jeunes entreprises (dont 9 sur 10 échouent), le capital part en fumée, mais l’impôt sur le gain d’origine, lui, reste dû. Double peine : il a tout perdu, et il paie quand même — parfois majoré d’une amende pour l’erreur de déclaration.

Ce qui nous menace. Une épargne abondante qui fuit le risque pour le livret garanti, faute d’un chemin simple vers l’investissement productif — exactement le mal que la place boursière de la proposition 81 entend guérir, et qu’aucun « écrin fiscal » ne guérira tant qu’il restera un piège pour initiés.

Ce que nous ferons. Retour aux règles et proportions d’avant la LF de 2026 sur le 150 0 B Ter. Généraliser le réemploi et le rendre simple, par trois gestes, sans toucher au taux. Un : le suivi de la plus-value en report passera du particulier au véhicule, et l’administration préremplira la déclaration, comme elle le fait déjà pour le plan d’épargne en actions : on ne peut pas ‘oublier’ ce que le système suit automatiquement. Deux : la plus-value en report sera nette des pertes réelles de la chaîne réinvestie -on taxe l’enrichissement réel, jamais un gain de papier sur un capital détruit. Trois : aucune amende pour l’omission d’une somme dont aucun impôt n’est encore dû : un report n’est pas une fraude, et le droit à l’erreur s’y appliquera. À ce socle simplifié s’ajoutera un bonus au capital patient : un abattement qui allège la facture finale à mesure que l’argent reste investi -dix ans, quinze ans. Garde-fou : véhicules agréés, déclaration automatique au fisc, impôt nul réservé aux pertes économiques constatées -jamais aux pertes de papier.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les monteurs de la complexité, dont le maquis du 150-0 B ter faisait le fonds de commerce ; et le Trésor étranger qui captait l’épargne française faute de chemin local. Y gagnent : l’investisseur honnête, enfin protégé de la double peine ; le fondateur, qui trouve des financeurs ; et l’État lui-même, dont le suivi automatique récupère les « oublis » qui lui échappaient.

Pourquoi tout le monde y gagne. On ne baisse pas l’impôt sur le capital ; on cesse de frapper le capital qui reste au travail. L’impôt attendra qu’il sorte pour être consommé — et il sera alors acquitté, plein. Entre une taxe immédiate qui pousse à la rente et un report qui pousse au risque, le pays a tout à gagner au second. Attention à coupler ça d’une dynamique des fonds de croissance : sans quoi, le 150 0 B Ter est un handicap tout court : honni par les investisseurs US, l’investissements défiscalisé localise une startup… mais si elle ne trouve pas de second souffle en France, alors elle part et les avantages fiscaux disparaissent aussi !

Les chiffres. Coût : faible et de trésorerie — c’est un report d’imposition, non une baisse de taux (la flat tax reste à 31,4 %) ; l’impôt est dû plus tard, à la sortie pour consommer. Rapport : quasi neutre pour les recettes, voire positif — le suivi automatique récupère les « oublis » de déclaration qui échappent aujourd’hui ; on ne renonce qu’à des amendes et à un impôt sur un gain fantôme. Inaction : une épargne abondante qui fuit le risque pour le livret garanti, faute d’un chemin simple vers l’investissement productif. Trajectoire : neutre pour le solde (report), positive pour le financement des entreprises. Concrètement : la plus-value en report suivie par le véhicule et préremplie par le fisc, nette des pertes réelles, sans amende sur une somme pas encore due — plus un bonus au capital patient.

Proposition 84 — La succession qui libère : taxer le capital figé, exonérer le saut de génération

Ce qui existe. La France taxe l’héritage à des taux parmi les plus élevés d’Europe (jusqu’à 45 % en ligne directe) mais criblés d’échappatoires pour les mieux conseillés : l’assurance-vie transmet 152 500 euros par bénéficiaire hors barème, le démembrement allège les gros patrimoines, tandis qu’un foyer de classe moyenne, lui, paie plein pot. Et une absurdité couronne l’édifice : un petit-enfant qui hérite directement de son grand-parent, ses parents vivants, n’a droit qu’à 1 594 euros d’abattement — contre 100 000 pour un enfant. Le saut de génération est fiscalement puni.

Ce que l’on constate. Les Français héritent de plus en plus tard, souvent après cinquante-cinq ans, à l’âge où l’on place et où l’on fige, bien après l’âge où l’on entreprend, où l’on actionne et investit. L’argent arrive quand il ne sert plus l’économie réelle : il dort en immobilier de rapport et en contrats, au lieu d’irriguer les projets d’une génération active. À trente ans, on achète un logement, on crée une entreprise, on prend des risques ; à soixante, on conserve.

Ce qui nous menace. Un pays où le patrimoine se transmet trop tard pour être utile, où les grandes fortunes liquides s’échappent et où les classes moyennes paient — l’exact contraire d’une fiscalité à la fois juste et féconde.

Ce que nous ferons. Inverser la logique : taxer le capital qui dort, libérer celui qui passe à la jeunesse. Le saut de génération, du grand-parent au petit-enfant, ou de l’enfant qui transmet aussitôt, sera exonéré, à une condition : que le bénéficiaire en fasse un usage actif : se loger (devenir propriétaire ou louer), étudier, créer ou reprendre une entreprise, réinvestir dans le productif au sens de la proposition 83. En face, le capital figé sera réellement taxé : liquidités dormantes, valeurs mobilières non réemployées, immobilier au-delà de la résidence principale, et les fuites de l’assurance-vie et du démembrement, qui font aujourd’hui payer la maison plutôt que la fortune, seront refermées. Un plafond de 150 000 euros par petit-enfant bornera l’exonération (l’ordre de grandeur de l’abattement aujourd’hui réservé à l’assurance-vie, que nous refermons), pour qu’elle reste un coup de pouce aux familles et non un tunnel dynastique : au-delà, le barème ordinaire s’applique.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent, et nous le disons sans détour : les très gros patrimoines liquides, qui s’exonéraient par l’assurance-vie et paieront désormais leur part. Et il faut l’assumer aussi : cette réforme ne profite qu’à ceux qui ont de quoi transmettre — elle reproduit, en partie, les écarts qu’elle ne corrige pas. Y gagnent : les petits-enfants jeunes et actifs, à qui le capital arrive à l’âge où il fait des projets ; et l’économie réelle, qu’une transmission précoce irrigue mieux qu’un héritage tardif.

Pourquoi tout le monde y gagne. L’État ne taxe pas moins ; il taxe autrement (davantage le capital figé, moins celui qui saute vite une génération pour se remettre au travail. Une fois les fuites des grandes fortunes refermées, c’est une réforme qui pèse plus sur la rente dynastique qu’aujourd’hui, tout en rendant l’héritage à sa vocation : non pas dormir, mais servir.

Les chiffres. Coût : l’exonération du saut de génération, compensée par la taxation du capital figé et la fermeture des fuites (assurance-vie, démembrement) — net voulu neutre pour les recettes. Rapport : du capital qui passe plus tôt à une génération active (à 30 ans on entreprend, à 55 on conserve), donc mieux réinvesti ; et, fuites fermées, davantage de rendement sur les grands patrimoines liquides qu’aujourd’hui. Inaction : un héritage transmis trop tard pour être utile, des grandes fortunes liquides qui s’échappent, des classes moyennes qui paient plein pot. Trajectoire : neutre pour le solde (somme nulle voulue), positive pour l’activité. Concrètement : exonéré sous condition d’usage actif et plafonné à 150 000 euros par petit-enfant (l’ordre de grandeur de l’abattement assurance-vie que l’on referme) ; en face, liquidités dormantes et immobilier au-delà de la résidence principale taxés.

CHAPITRE IX — L’ÉTAT CATALYSEUR

L’État français ne manque ni de serviteurs dévoués ni de moyens : il manque d’une doctrine. La nôtre tient en une phrase : l’État ne doit pas diriger l’économie, il doit la faciliter par tous les moyens et cesser de se croire stratège là où il n’est que gestionnaire. Moins d’État-administration, plus d’État-service : ce chapitre dit comment. Poste par poste, strate par strate, norme par norme.

Proposition 12 — Au moins 500 000 postes en moins, zéro licenciement individuel

Ce qui existe. La fonction publique compte 5,80 millions d’agents. Plus du tiers a cinquante ans ou davantage : entre 2028 et 2037, selon les données mêmes de l’administration, près de 1,46 million d’entre eux partiront à la retraite — environ 145 000 par an.

Ce que l’on constate. Cette vague de départs est une occasion historique : elle permet de redessiner l’État sans briser une seule carrière. Aucun gouvernement n’a osé la saisir ; tous ont remplacé par réflexe ce que personne n’avait décidé de maintenir.

Ce qui nous menace. Si l’on remplace tout, on fige pour trente ans une organisation conçue pour le siècle dernier et l’on s’interdit de payer mieux ceux qui soignent, enseignent, jugent et protègent. Et ça, nous ne le voulons plus !

Ce que nous ferons. Cinq cent mille postes en moins sur dix ans, par deux voies et deux seulement. D’abord, le non-remplacement de 70 % des départs en retraite dans les fonctions administratives non sanctuarisées : environ 390 000 postes. Les professeurs devant élèves, les policiers de terrain, les soignants, les magistrats sont exclus du champ. Ensuite, environ 110 000 postes par suppression de strates entières — départements fusionnés, agences fermées, doublons résorbés — soit 11 000 par an, traités par ruptures négociées et reconversions. Aucun fonctionnaire en poste ne sera licencié pour raison budgétaire.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les états-majors administratifs, dont les organigrammes fondront au rythme des départs, et les agents des strates supprimées, qui devront accepter une mobilité accompagnée, négociée, mais réelle. Y gagnent : les agents de terrain, mieux payés et mieux outillés ; l’usager, servi par un État resserré sur ses missions. Cette transformation sera facilitée par l’arrivée des outils d’IA.

Pourquoi tout le monde y gagne. L’économie atteint 27,5 milliards d’euros par an en 2037 — de quoi financer les salaires des professeurs, l’équipement des policiers, la baisse des charges. Le même État, débarrassé de ce qui n’était pas lui, si l’on veut !

Les chiffres. Coût : nul — c’est une économie. Rapport : −27,5 milliards par an en 2037 (montée d’environ 2,75 milliards par an), pour 500 000 postes en moins sur dix ans — soit 34 % des 1,46 million de départs en retraite de la fonction publique (DGAFP), au coût chargé moyen de 55 000 €. Inaction : remplacer par réflexe ce que personne n’a décidé de maintenir, et figer pour trente ans une organisation conçue pour le siècle dernier. Trajectoire : premier gisement d’économies du programme, qui finance les revalorisations (professeurs, policiers) et les baisses de charges ; pilier des −40 milliards d’OPEX que le moteur valide en 2037. Concrètement : 70 % des départs non remplacés dans l’administratif non sanctuarisé (~390 000) et ~110 000 par suppression de strates — zéro licenciement, professeurs devant élèves, soignants, policiers et magistrats exclus du champ.

Rien n’empêche d’envisager d’aller jusqu’à 700 ou 800 000 postes… test and learn !

Proposition 13 — Fusionner les départements dans leurs métropoles

Ce qui existe. Sur le même territoire urbain coexistent commune, intercommunalité, département, région, et leurs satellites : quatre guichets, quatre fiscalités, quatre assemblées pour la même crèche, la même route, le même collège. La carte administrative date des calculs de distances à cheval sous Napoléon Ier !

Ce que l’on constate. Lyon a montré la voie en 2015 : la métropole y a absorbé les guichets du département sur son territoire, laissant le département gérer les 208 autres communes… et nul ne demande à revenir en arrière. Une couche en moins pour les 58 communes de Lyon Métropole… Partout ailleurs, le mille-feuille demeure — et chacun de ses étages se justifie par l’existence des autres. L’usager, lui, pleure !

Ce qui nous menace. Des décennies supplémentaires de doublons, de délais et de dilution des responsabilités : quand quatre collectivités sont compétentes, aucune n’est responsable.

Ce que nous ferons. Le modèle lyonnais sera généralisé là où il s’impose : Paris et la petite couronne (les départements 75, 92, 93 et 94 fusionnés dans un Grand Paris de quarante districts comme le propose Clément Beaune en mai 2026), puis le Rhône dans Lyon, le Nord dans Lille, les Bouches-du-Rhône dans Marseille ou l’inverse, d’ailleurs. La carte préfectorale sera refondue en conséquence. Objectif : des métropoles de rang européen, comparables à Barcelone, Munich ou Milan. Mais aussi moins de départements, beaucoup moins de départements !

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les assemblées départementales concernées, leurs exécutifs, leurs administrations — des mandats et des postes disparaîtront, par fusion et départs naturels, non par licenciement. Y gagnent : les habitants, qui sauront enfin qui décide ; les communes périurbaines et rurales, dont les départements maintenus retrouveront une vocation claire.

Pourquoi tout le monde y gagne. Une strate en moins, c’est un impôt local en moins à terme, des décisions plus rapides, et des métropoles assez fortes pour rivaliser avec leurs égales européennes — ce qui profite à tout le pays qu’elles entraînent. Et ce qui doit remonter à la Région ou redescendre à la ville ne sera pas à périmètre budgétaire constant ! Nous misons sur la technologie et le bon sens !

Les chiffres. Coût : marginal et transitoire (réorganisation), absorbé par les départs naturels. Rapport : une strate de moins, c’est un impôt local en moins à terme — l’économie est déjà comptée dans les ~110 000 postes de suppression de strates de la proposition 12, sans double compte. Inaction : quatre collectivités compétentes pour la même crèche, la même route — donc aucune responsable. Trajectoire : neutre pour la dette de l’État (portée par le levier effectifs) ; gain de lisibilité et de vitesse de décision. Concrètement : le modèle lyonnais de 2015 généralisé — Grand Paris de quarante districts, Lille, Marseille —, des mandats qui disparaissent par fusion, jamais par licenciement.

Proposition 14 — Fermer les agences, faire fondre les codes

Ce qui existe. Des centaines d’agences, d’opérateurs, d’autorités et de comités, créés au fil des ans pour contourner les ministères qu’on n’osait pas réformer. Et des codes juridiques devenus des monuments : nul ne peut plus dire qu’il connaît la loi de son propre pays.

Ce que l’on constate. Chaque agence produit les normes qui justifient son existence ; chaque norme appelle l’agent qui la contrôle. La complexité n’est pas un accident : c’est un écosystème qui se nourrit lui-même, aux frais du contribuable et de l’économie tout entière.

Ce qui nous menace. Un pays où construire une école prend dix ans, où l’artisan renonce à embaucher par peur du formulaire, où l’énergie nationale se dépense en conformité plutôt qu’en création. Et on y est déjà !

Ce que nous ferons. Premier gisement d’économies du mandat, à égalité avec la réduction des normes : la suppression des agences et des doublons, leurs missions utiles réintégrées dans les ministères, les autres éteintes. Et une méthode pour le droit lui-même, faire fondre les codes : pour chaque norme nouvelle, plusieurs supprimées ; chaque code devant être réécrit pour être lu et compris par un citoyen lambda, pas seulement par un cabinet de conseil. Toute mesure qui crée une administration supplémentaire ou produit plus de normes qu’elle n’en supprime sera rejetée d’office.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les directions d’agences, les jetons de présence, les rentes de complexité -avocats de la conformité, intermédiaires du formulaire. Y gagnent : les maires, les artisans, les entrepreneurs, les agents publics eux-mêmes, premiers prisonniers des procédures qu’ils appliquent… en gros, tous les Français !

Pourquoi tout le monde y gagne. La norme en moins ne coûte rien et rapporte deux fois : à l’État, qui cesse de payer son contrôle ; au pays, qui récupère le temps et l’argent de s’y conformer. La simplification est le seul impôt négatif qui existe.

Les chiffres. Coût : nul — une suppression d’agences et de normes. Rapport : agences, doublons et normes en moins pèsent environ −10 milliards par an en 2037 (levier « simplification », montée prudente d’un milliard par an). Inaction : un pays où construire une école prend dix ans, où l’énergie nationale se dépense en conformité plutôt qu’en création. Trajectoire : −10 milliards à terme, à égalité avec les effectifs ; effet de croissance potentielle de long terme capté par le moteur. Concrètement : pour chaque norme nouvelle, plusieurs supprimées ; toute mesure qui crée une administration ou produit plus de normes qu’elle n’en supprime, rejetée d’office.

Proposition 15 — La commande publique comme arme industrielle

Ce qui existe. L’État français achète chaque année pour des dizaines de milliards de biens et de services, en s’imposant des procédures si lentes et si timorées que ses achats n’orientent rien, quand ils ne vont pas, par défaut, à des fournisseurs étrangers. Par ailleurs les catalogues de fournisseurs publiques présentent des tarifs largement au-dessus de ceux pratiqués sur le marché au prétexte d’une « sélection » préalable !

Ce que l’on constate. Les États-Unis ont bâti leur avance technologique sur leur agence de recherche militaire, la DARPA, et sur des contrats publics massifs passés à leurs jeunes entreprises : l’État Fédéral américain est le premier client de son industrie d’avenir. L’État français, lui, se croit stratège et achète comme un comptable, des agrafeuses libellées « validées pour les ministères » !

Ce qui nous menace. Une souveraineté technologique qui s’évapore marché public après marché public : cloud, SaaS, logiciels, intelligence artificielle — chaque contrat passé ailleurs finance les champions des autres. On l’a bien senti en 2026 !

Ce que nous ferons. La commande publique deviendra un outil industriel assumé, sur le modèle de la DARPA ou de JEDI (en Europe) : des appels d’offres rapides, des prototypes payés, des contrats qui font grandir nos entreprises — avec une préférence nationale et européenne explicite. L’intelligence artificielle de l’État s’appuiera sur les champions français et européens, Mistral, OVH et d’autres en tête. Les procédures d’achat de la défense seront simplifiées en priorité.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les fournisseurs extra-européens installés dans nos ministères, et le confort juridique du moins-disant systématique. Y gagnent : les entreprises françaises et européennes de technologie, qui trouvent enfin un premier client de bonne taille et une expression du marché unique ; et l’État, qui cesse de financer sa propre dépendance.

Pourquoi tout le monde y gagne. Chaque euro public orienté vers notre industrie revient en emplois, en impôts et en souveraineté. L’Amérique ne s’en est jamais cachée ; il est temps de cesser d’être les seuls à jouer ce jeu sans les mêmes règles.

Les chiffres. Coût : nul en argent neuf — une réorientation de dizaines de milliards d’achats publics déjà engagés. Rapport : chaque euro fléché vers l’industrie française et européenne revient en emplois, en impôts et en souveraineté (effet diffus, non chiffré en recette directe). Inaction : une souveraineté technologique qui s’évapore marché après marché — cloud, logiciels, IA financent les champions des autres. Trajectoire : neutre pour la dette (même argent, mieux dépensé) ; gain industriel et de croissance. Concrètement : le modèle DARPA — appels d’offres rapides, prototypes payés, préférence européenne assumée —, et la fin des catalogues publics affichés au-dessus des prix du marché.

Proposition 16 — L’intelligence artificielle dans tous les ministères

Ce qui existe. Des administrations qui croulent sous les dossiers, des fichiers qui ne se parlent pas, des agents qui passent leurs journées à ressaisir ce qu’un autre service possède déjà. L’intelligence artificielle y entre par fragments, sans pilotage, sur du cloud US !

Ce que l’on constate. Le sujet n’est jamais technologique. Il tient en deux mots : les données -archivées, structurées, croisées- et les humains -formés, outillés, embarqués. Là où l’un des deux manque, les outils les plus puissants ne produisent rien.

Ce qui nous menace. Le statu quo a un visage : celui de la petite Lyhanna, dont la mort aurait pu être évitée si les fichiers des administrations s’étaient croisés à temps, sans intervention et erreurs humaines. Chaque année d’attente se paie en drames évitables, en délais de justice, en fraudes non détectées, en frais de délais, et en vies humaines !

Ce que nous ferons. Tous les ministères passeront à l’intelligence artificielle, avec un pilotage central : gestion des dossiers, comptabilité publique, ressources humaines, juridique, conformité, préfectures seront automatisés en priorité ; le croisement des fichiers de protection de l’enfance deviendra la règle ; la simplification hôpital-Sécurité sociale-mutuelles, un chantier dédié. Et un garde-fou gravé dans la loi : ces outils de détection et d’anticipation seront strictement encadrés contre tout dévoiement de surveillance ; l’efficacité, pas l’œil omniprésent. Le RGPD et l’AI-Act Européen peuvent entrer en conflit parfois avec l’efficacité des mesures, et des débats pourront être ouverts ! (Les croisements de certaines données par exemple)

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les tâches répétitives, et non les agents qui les subissaient, redéployés vers le contact avec l’usager. Y gagnent : l’usager, servi en jours et non en mois ; l’agent, rendu à un travail digne ; le contribuable, à mesure que les coûts baissent.

Pourquoi tout le monde y gagne. C’est le levier qui rend tous les autres tenables : un État qui fait mieux avec moins de postes n’est pas un slogan, c’est un progrès ! A condition de traiter les données et de former les hommes. Les deux sont des décisions et des actions fortes : nous les prendrons, nous les lancerons.

Les chiffres. Coût : un investissement modéré (intégration des données, formation, outils), à mettre en regard des économies. Rapport : le levier qui rend tous les autres tenables — ses gains sont comptés dans la « simplification » (−10 milliards), pas en sus. Inaction : le statu quo a un visage, celui de la petite Lyhanna, morte dans les interstices de fichiers qui ne se parlaient pas — et des fraudes non détectées, des délais de justice, des erreurs de dossiers. Trajectoire : intégré au levier simplification, rendement de long terme. Concrètement : dossiers, comptabilité publique, ressources humaines et préfectures automatisés d’abord ; croisement des fichiers de protection de l’enfance ; un garde-fou gravé dans la loi contre tout dévoiement de surveillance.

Proposition 17 — Le vote obligatoire, le vote blanc compté

Ce qui existe. L’abstention progresse scrutin après scrutin ; le vote blanc est compté à part mais ne produit aucun effet. Des élus tirent leur légitimité d’un électeur sur quatre, et chacun feint de l’ignorer.

Ce que l’on constate. L’abstention n’est pas seulement une fatigue : c’est une information que le système refuse d’entendre. Et le vote blanc — se déplacer pour dire « aucun » — est l’expression civique la plus exigeante qui soit ; nous la traitons comme un bulletin nul.

Ce qui nous menace. Une démocratie qui parle de moins en moins au nom de tous, où la légitimité des décisions s’érode jusqu’au jour où elle se conteste dans la rue plutôt que dans l’urne.

Ce que nous ferons. Le vote sera obligatoire, comme en Belgique, et le vote blanc pleinement reconnu, selon une règle claire. Lors d’un référendum : si le blanc est majoritaire, le scrutin est annulé — le peuple a répondu « ni l’un ni l’autre », et cette réponse s’impose. Lors des élections : le résultat demeure, mais le score du blanc est publié comme une information clé sur la légitimité des élus — un mandat acquis avec un tiers de bulletins blancs ne se gouverne pas comme un mandat plébiscité.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les machines électorales qui prospèrent sur la démobilisation adverse, et le confort de l’abstention comme refuge sans conséquence. Y gagnent : les citoyens qui votaient déjà, dont la voix cesse d’être noyée dans le silence des autres ; et ceux qui ne votaient plus, à qui l’on rend un instrument pour dire « non » sans déserter. Voire pour les faire retourner aux urnes !

Pourquoi tout le monde y gagne. Un pays où tout le monde vote est un pays où chaque colère est chiffrée, où chaque adhésion se mesure. La démocratie ne craint pas l’expression du désaccord ; elle meurt de son enfouissement.

Les chiffres. Coût : marginal — l’organisation d’un vote qui existe déjà, de l’ordre de quelques dizaines de millions d’euros. Rapport : aucune recette, un gain de légitimité démocratique non monétisable. Inaction : des élus tirant leur mandat d’un électeur sur quatre, et une légitimité qui s’érode jusqu’à se contester dans la rue plutôt que dans l’urne. Trajectoire : négligeable pour la dette. Concrètement : au référendum, le blanc majoritaire annule le scrutin ; aux élections, son score est publié comme mesure de la légitimité — un mandat acquis avec un tiers de blancs ne se gouverne pas comme un plébiscite.

Proposition 85 — Le droit que chacun peut lire : reconstruire par les principes

Ce qui existe. La France compte des centaines de milliers de normes empilées, et nul (ni le citoyen, ni l’entrepreneur, ni souvent l’administration elle-même) ne peut prétendre connaître la loi de son pays. Depuis Pompidou demandant qu’on « cesse d’emmerder les Français », chaque gouvernement a promis la simplification ; aucun n’a osé la méthode qui l’obtiendrait.

Ce que l’on constate. Toutes les politiques de simplification échouent pour la même raison : elles partent des normes à retirer, une à une, et se noient dans l’inventaire. Pendant qu’une commission débat de la suppression d’un décret, dix naissent ailleurs. On taille les branches d’un arbre qui repousse plus vite qu’on ne l’élague.

Ce qui nous menace. Un pays où construire une école prend dix ans, où l’artisan renonce à embaucher par peur du formulaire, et où la complexité, loin d’être un accident, protège ceux qui savent en jouer contre ceux qui la subissent.

Ce que nous ferons. Renverser la méthode, sur une idée empruntée à Gaspard Koenig : ne plus décider ce qu’on retire, mais ce qu’on garde. On remontera aux principes de chaque code — eux seuls auront valeur de loi —, et l’on traitera les centaines de milliers de normes comme un échafaudage que l’on retire pour revoir la maison. Au terme d’un travail de deux à trois ans, chaque grand domaine du droit tiendra dans un texte de principes qu’un citoyen peut lire et comprendre — pas seulement un cabinet de conseil. Entre particuliers, on se réglera sur ces principes clairs, dans un espace de confiance et non de soupçon ; le juge n’interviendra qu’en cas d’erreur ou de litige manifeste. Une exception, et elle est de principe : le droit pénal gardera sa complexité procédurale — car cette complexité protège le plus faible et l’accusé. Simplifier n’est pas déréguler ; c’est rendre la règle lisible à ceux qui doivent y obéir.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les rentes de l’illisibilité — l’intermédiaire du formulaire, le spécialiste de la niche, l’administration qui se justifie par la norme qu’elle produit. Y gagnent : le citoyen, qui retrouve un droit qu’il peut connaître ; l’entrepreneur, qui ose ; et l’agent public, premier prisonnier des procédures qu’il applique. Tout comme l’action collective qui peut reprendre de la vitesse.

Pourquoi tout le monde y gagne. Un peuple qui connaît sa loi est un peuple qui peut à la fois lui obéir et la contester ; les deux supposent qu’on la comprenne. Rendre le droit lisible n’est pas une affaire de paperasse : c’est, comme le dit Koenig, un projet de civilisation, celui d’une République qui fait de nouveau confiance à ses citoyens plutôt qu’à ses contrôleurs.

Les chiffres. Coût : nul — une méthode de gouvernement, pas une dépense ; un travail politique de deux à trois ans. Rapport : elle démultiplie la « simplification » (proposition 14) en s’attaquant au stock entier plutôt qu’aux normes une à une ; économies de conformité diffuses, au-delà des −10 milliards budgétaires. Inaction : un droit que nul ne connaît plus, où la complexité protège ceux qui savent en jouer contre ceux qui la subissent. Trajectoire : renforce la trajectoire de la proposition 14, sans double compte. Concrètement : Notre-Dame rebâtie en moins de cinq ans en faisant fi de certaines complexités — la preuve, à l’échelle, qu’on peut décider ce qu’on garde plutôt que ce qu’on retire.

Proposition 122 — La souveraineté de l’intelligence artificielle, sans la capture de l’État

Ce qui existe. Nos entreprises, nos administrations, nos chercheurs bâtissent désormais sur des intelligences artificielles étrangères, américaines pour l’essentiel, soumises à une loi et à un pouvoir politique qui ne sont pas les nôtres. Le jour où l’accès à l’un de ces systèmes a été interrompu du jour au lendemain, par la seule décision de son fournisseur, chacun a mesuré la fragilité de l’édifice.

Ce que l’on constate. Deux leçons, contraires aux apparences. La première : l’Europe a une honte à réparer ; elle n’a pas préparé sa souveraineté numérique, et la dépendance se paie au moment où l’on s’y attend le moins, quand un dirigeant étranger pourrait demain avoir la main sur l’interrupteur. La seconde, plus subtile : la réponse n’est pas de reproduire le mal chez nous. Nous ne voulons pas plus que l’Élysée tienne l’interrupteur de nos champions que Washington ne tienne celui des siens. Une intelligence artificielle aux ordres d’un État, fût-il le nôtre, n’est pas une souveraineté : c’est un autre asservissement.

Ce qui nous menace. Deux pièges symétriques : rester locataires d’outils étrangers qu’on peut nous couper, ou bâtir un champion national que le pouvoir politique tiendrait en laisse. Le premier nous expose ; le second nous corrompt.

Ce que nous ferons. Investir massivement ; mais pour le pluralisme, jamais pour un monopole d’État. Soutenir nos champions, Mistral en tête (proposition 15), sans en faire un bras de l’État : financement, commande publique, talents, oui ; tutelle politique, non. Favoriser un marché fourni et pluriel, plusieurs acteurs, plusieurs modèles (l’arrivée de OVH dans le jeu est une aubaine), trop divers pour qu’aucun pouvoir, étranger ou domestique, ne puisse le manipuler. Et bâtir la chaîne matérielle de cette souveraineté : des puces et des centres de calcul sur le sol européen, en soutenant nos champions du calcul (SiPearl pour le processeur, VSora et Arago pour l’inférence) plutôt que de dépendre d’un fournisseur unique et étranger. Encourager l’open source qui rend la dépendance impossible par nature : ce que chacun peut inspecter, reprendre et faire tourner chez lui, nul ne peut le couper. Et faire de cette intelligence artificielle libre le socle sur lequel individus et entreprises bâtiront des empires économiques. Un peu l’esprit des premiers protocoles du web, ouverts et appartenant à tous.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les fournisseurs étrangers qui nous tenaient, et la tentation d’un pouvoir local mimant celui de Trump ! Y gagnent : nos entreprises, libres de bâtir sur un socle qu’on ne leur coupera pas ; nos chercheurs ; et la liberté elle-même, qu’aucune intelligence artificielle ne doit pouvoir restreindre sur ordre.

Pourquoi tout le monde y gagne. La vraie souveraineté numérique n’est pas un drapeau planté sur un champion d’État : c’est un écosystème si ouvert et si pluriel que personne (ni Washington, ni Pékin, ni Paris) ne peut en couper le courant. On ne remplace pas une dépendance par une obéissance : on rend les deux impossibles en ouvrant les vannes !

Les chiffres. Coût : ordre de grandeur — un soutien public (financement, commande publique, talents) à nos champions, sans ligne budgétaire isolée ; une part relève du fonds souverain (chapitre VIII) et de la commande publique (proposition 15). Rapport : non monétisable directement, mais la condition de toute la souveraineté numérique, et le socle sur lequel des entreprises bâtiront des empires économiques. Inaction : rester locataires d’outils étrangers qu’on peut nous couper du jour au lendemain — la dépendance se paie au pire moment. Trajectoire : coût marginal pour la dette, enjeu stratégique majeur. Concrètement : Mistral, OVH et la chaîne matérielle (SiPearl, VSora, Arago) soutenus sans devenir des bras de l’État ; l’open source qui rend l’interrupteur — de Washington comme de l’Élysée — impossible.

Proposition 123 — Le cloud souverain : sortir de la dépendance aux hyperscalers

Ce qui existe. Les données des Européens — celles de nos entreprises, de nos hôpitaux, de nos administrations — reposent pour l’essentiel dans le cloud de trois géants américains : Microsoft, Amazon et Google. Et ce cloud, où qu’il soit physiquement situé, reste soumis au droit américain.

Ce que l’on constate. L’extraterritorialité du droit américain — le CLOUD Act en tête — permet aux autorités des États-Unis d’exiger l’accès à des données hébergées par leurs entreprises, fussent-elles stockées en Europe. Nos lois de protection, nos meilleures volontés, s’arrêtent là où commence la juridiction d’un autre. Un hôpital français peut, sans le savoir, voir ses données à portée d’une agence étrangère. C’est scandaleux, mais ce n’est pas nouveau ! Nous avons juste décidé que ce n’était pas « si grave » pendant longtemps ! Trop longtemps !

Ce qui nous menace. Une Europe qui légifère sur la donnée tout en la confiant à ceux que sa loi ne peut atteindre — une souveraineté de façade, contournée par l’architecture même de son informatique.

Ce que nous ferons. Financer et faire émerger des alternatives crédibles aux hyperscalers : un cloud souverain, européen, pour les données sensibles de l’État, de la santé et des secteurs stratégiques — non par un nouveau monopole public, mais en soutenant un marché d’acteurs européens, par la commande publique (proposition 15) et l’investissement du fonds souverain (chapitre VIII). Exiger que les données les plus sensibles soient hébergées sous juridiction exclusivement européenne, à l’abri de toute extraterritorialité. Et porter au niveau européen une doctrine claire : nos infrastructures critiques — calcul, données, câbles sous-marins — relèvent de notre sécurité (chapitre XIX), non du bon vouloir d’un fournisseur étranger. L’électricité décarbonée et abondante du chapitre XI en est l’atout maître : c’est elle qui rend nos propres centres de données compétitifs.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les hyperscalers qui régnaient sans partage, et le confort de la facilité. Y gagnent : nos entreprises et nos administrations, dont les données cessent d’être à portée d’une juridiction étrangère ; et les acteurs européens du cloud, à qui l’on ouvre enfin un marché.

Pourquoi tout le monde y gagne. Une loi qui protège la donnée ne vaut que si la donnée échappe aux lois des autres. Reprendre la main sur notre cloud, c’est rendre effectives toutes les protections que nous votons et offrir à l’Europe l’infrastructure de sa propre liberté.

Les chiffres. Coût : ordre de grandeur — l’amorçage d’alternatives européennes par la commande publique et le fonds souverain, pas un guichet nouveau ; un changement d’habitudes (préférer l’européen aux renouvellements et aux appels d’offres). Rapport : la pleine effectivité de toutes nos lois de protection des données, aujourd’hui contournées par l’extraterritorialité ; un marché ouvert aux acteurs européens du cloud. Inaction : les données de nos hôpitaux et administrations à portée d’une agence étrangère via le CLOUD Act, malgré nos lois. Trajectoire : coût marginal pour la dette ; l’électricité décarbonée (chapitre XI) en fait un avantage compétitif. Concrètement : données sensibles de l’État, de la santé et des secteurs stratégiques sous juridiction exclusivement européenne — et à terme le cloud privé de nos grandes entreprises.

CHAPITRE X — SE LOGER, BOUGER, CONSTRUIRE

Un pays où l’on ne peut plus se loger est un pays où l’on ne peut plus bouger ; un pays où l’on ne peut plus bouger est un pays où le travail ne trouve plus les travailleurs, où l’étudiant ne trouve plus d’université et où saisonnier rime avec précarité. Le logement n’est pas une politique sociale parmi d’autres : c’est le goulot par lequel passe tout le reste : les salaires, l’emploi, la natalité, et jusqu’à l’humeur du pays. Nous avons rebâti une cathédrale en cinq ans. Nous saurons construire des logements.

Proposition 23 — Construire aux normes Notre-Dame de Paris

Ce qui existe. Pour bâtir un immeuble en France, il faut traverser un code de l’urbanisme devenu illisible, des études et des diagnostics qui s’empilent sans jamais s’annuler, des recours qui suspendent tout pendant des années. Chaque norme prise isolément se justifie ; leur addition interdit de construire. Les maires bâtisseurs se font rares et ne construisent de toute façon que 4 ans et demi sur 6, moratoire avant les élections oblige !

Ce que l’on constate. Quand la nation l’a voulu, elle a relevé Notre-Dame de Paris en cinq ans -chantier d’une complexité inouïe, mené dans les règles de l’art, sous le regard du monde entier. Le même pays met souvent plus de temps à sortir de terre un immeuble de trente logements qu’il n’en a fallu pour rebâtir une cathédrale.

Ce qui nous menace. Une pénurie qui s’auto-entretient : moins de logements, des prix qui montent, des jeunes qui renoncent, des salariés qui refusent un emploi faute de toit. À dix ans, c’est la mobilité du travail tout entière qui se grippe — et avec elle la croissance.

Ce que nous ferons. Le « régime Notre-Dame » deviendra le droit commun de la construction et de la rénovation : un guichet unique, un calendrier opposable, des normes fondues ; à la manière de ce que Gaspard Koenig appelle « faire fondre les codes », et des recours enserrés dans des délais brefs, jugés une fois, pas trois. Qui attaque un permis pour gagner du temps en paiera aussi le prix.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les professionnels du recours dilatoire, les rentiers de la rareté foncière, les bureaux d’études qui vivent de l’empilement. Y gagnent : les locataires, les primo-accédants, les artisans du bâtiment, les maires bâtisseurs.

Pourquoi tout le monde y gagne. Construire plus, cela signifie des loyers qui se détendent, des chantiers qui embauchent, des recettes fiscales sans hausse d’impôt. Même le propriétaire en place y gagne : un pays qui loge sa jeunesse est un pays qui reste solvable. Quand le bâtiment va, tout va !

Les chiffres. Coût : marginal — une déréglementation, pas une dépense. Rapport : le choc de construction génère des recettes induites (TVA, droits de mutation, impôt sur les sociétés du bâtiment) — environ +4 milliards à terme (levier « logement »). Inaction : des loyers qui étranglent salaires, emploi et natalité — le goulot par lequel passe tout le reste. Trajectoire : +4 milliards de recettes, plus la croissance du bâtiment. Concrètement : Notre-Dame relevée en cinq ans, mais trente logements plus longs à sortir de terre qu’une cathédrale — le « régime Notre-Dame » fait droit commun : guichet unique, recours jugés une fois, pas trois.

Proposition 24 — Rendre les permis de construire à l’intérêt général

Ce qui existe. Le maire délivre les permis de construire. Ce pouvoir de proximité, légitime dans son principe, est devenu dans les zones tendues un droit de veto : refuser de construire fait gagner des élections, construire en fait perdre.

Ce que l’on constate. Des communes entières, au cœur des métropoles où les prix flambent, ne délivrent presque plus rien. Chacune a ses raisons ; leur somme est une catastrophe nationale. Le logement est le seul marché où ceux qui décident de l’offre sont élus par ceux qui possèdent déjà si l’on pousse la caricature !

Ce qui nous menace. La sécession silencieuse des métropoles : des centres réservés aux héritiers et aux investisseurs, des travailleurs relégués à deux heures de leur emploi, et une colère qui cherchera ses coupables… et pour tous, partout : un choix cornélien entre passoires et bouilloires thermiques quand ce n’est pas le cumul des deux !

Ce que nous ferons. Dans les zones tendues, des objectifs de construction opposables seront fixés à chaque commune. Le maire qui construit gardera la main et sera récompensé budgétairement ; le maire qui bloque verra la compétence remonter à l’intercommunalité ou l’échelon supérieur, qui délivrera à sa place. La liberté locale demeure ; le veto disparaît.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les maires malthusiens, et le confort électoral du « pas ici ». Y gagnent : les jeunes ménages, les salariés mobiles, les communes bâtisseuses, enfin soutenues au lieu d’être punies par leurs voisines.

Pourquoi tout le monde y gagne. Quand toutes les communes construisent leur part, aucune ne subit seule la densité. L’effort partagé est la seule manière de le rendre acceptable — et le maire redevient ce qu’il doit être : un bâtisseur, pas un gardien de barrière.

Les chiffres. Coût : nul. Rapport : chaque commune construit sa part ; les recettes induites sont comptées avec la proposition 23, sans double compte. Inaction : le « pas ici » électoral qui fige l’offre partout à la fois, dans les métropoles où les prix flambent. Trajectoire : portée par le levier logement, sans ligne propre. Concrètement : des objectifs opposables par commune — le maire qui construit garde la main et est récompensé, celui qui bloque voit la compétence remonter.

Proposition 25 — Le TGV du désenclavement, pas les gares de prestige

Ce qui existe. La grande vitesse française est une fierté nationale qui s’est arrêtée en chemin. Toulouse, quatrième ville de France, n’est toujours pas reliée au réseau à grande vitesse ; Clermont-Ferrand subit une ligne vieillissante dont les retards sont devenus un folklore amer. Pendant ce temps, l’argent public a souvent préféré les gares spectaculaires aux rails utiles.

Ce que l’on constate. Là où le TGV passe, les entreprises s’installent, les prix de l’immobilier se rééquilibrent entre Paris et les régions, les cadres acceptent de quitter la capitale. Là où il ne passe pas, les métropoles plafonnent et les talents partent. Il y a fort à Parier que la pression monte pour des LGV jusqu’à San Sebastian prochainement !

Ce qui nous menace. Une France à deux vitesses au sens propre : des métropoles connectées qui concentrent tout, des capitales régionales entières qui décrochent et le sentiment d’abandon qui nourrit tous les extrêmes.

Ce que nous ferons. La priorité ferroviaire du mandat ira au désenclavement : Toulouse et Clermont-Ferrand d’abord, puis le Sud-Ouest, puis un petit coup sur le Marseille-Nice, relique de l’après-guerre. Chaque euro d’infrastructure sera classé selon notre règle d’or -l’investissement qui rapporte avant la dépense qui décore- et les projets de prestige sans trafic seront arrêtés. Oui aux lignes utiles, non aux gares comme celles du Grand Paris…

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les inaugurations flatteuses, les grands gestes architecturaux sans usage. Y gagnent : des bassins de plusieurs millions d’habitants, les entreprises qui y recruteront, et le contribuable, qui paie enfin du transport et non du marbre.

Pourquoi tout le monde y gagne. Désenclaver, c’est désengorger : chaque emploi créé à Toulouse ou à Clermont est un logement de moins à trouver en Île-de-France. La grande vitesse bien placée est une politique du logement qui ne dit pas son nom.

Les chiffres. Coût : pris dans l’enveloppe CAPEX du moteur (+9 milliards à terme, partagée avec le métro, les ponts et le numérique), nette des redéploiements. Rapport : désenclaver, c’est désengorger — chaque emploi créé à Toulouse ou Clermont est un logement de moins à trouver en Île-de-France. Inaction : Toulouse, quatrième ville, toujours pas à grande vitesse ; une métropolisation subie et des capitales régionales qui décrochent. Trajectoire : investissement à fort rendement de croissance de long terme. Concrètement : la grande vitesse de désenclavement (Toulouse, Clermont d’abord), pas les gares de prestige.

Proposition 26 — Un métro parisien au niveau de Tokyo

Ce qui existe. Le métro de Paris transporte chaque jour des millions de voyageurs dans des conditions que plus personne n’ose défendre : rames saturées, pannes à répétition, stations dégradées, sentiment d’insécurité. Tokyo, ville plus vaste et plus dense, offre un réseau propre, ponctuel à la minute, sûr à toute heure. Et ce n’est pas qu’une question de culture !

Ce que l’on constate. Ce n’est pas une affaire de génie japonais : c’est une affaire d’exploitation, de maintenance préventive, de présence humaine et d’exigence quotidienne. Le Grand Paris Express ajoute des lignes neuves à un réseau historique qu’on laisse s’user. On agrandit la maison sans réparer les fondations.

Ce qui nous menace. Une capitale qui vise sept à huit millions d’habitants intra-muros, organisée en quarante districts, ne tiendra pas debout sur un métro du siècle dernier. Sans transport fiable, la densité devient un enfer — et la première vitrine de la France devient sa première honte.

Ce que nous ferons. Un contrat d’exigence décennal pour le réseau historique : ponctualité, propreté, sécurité et fréquence mesurées ligne par ligne, publiées chaque mois, opposables à l’exploitant. La maintenance préventive passera avant l’inauguration de nouveautés, et la présence humaine en station sera rétablie là où la peur a vidé les quais.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : le confort des objectifs flous, les exploitants jugés sur leurs promesses plutôt que sur leurs trains. Y gagnent : les millions de voyageurs quotidiens -d’abord ceux des lignes de banlieue, qui subissent le pire, et l’image de la France aux yeux du monde.

Pourquoi tout le monde y gagne. Un métro fiable, c’est du temps rendu aux travailleurs, des quartiers reconnectés, des voitures en moins, des touristes contents. Tokyo l’a prouvé : l’excellence du quotidien n’est pas un luxe, c’est une organisation du socle commun.

Les chiffres. Coût : dans la même enveloppe CAPEX (+9 milliards, partagée). Rapport : du temps rendu aux travailleurs, des voitures en moins, des quartiers reconnectés. Inaction : un Paris de sept à huit millions d’habitants en quarante districts ne tient pas sur un métro du siècle dernier — la première vitrine de la France devient sa première honte. Trajectoire : investissement, rendement de long terme. Concrètement : un contrat d’exigence décennal — ponctualité, propreté, sécurité mesurées ligne par ligne et publiées chaque mois, la maintenance avant l’inauguration.

Proposition 27 — Le logement, clé de la mobilité du travail

Ce qui existe. Des centaines de milliers d’emplois ne trouvent pas preneur dans des bassins où l’on ne trouve pas à se loger. Le salarié qui voudrait accepter un poste à cent kilomètres y renonce : vendre, racheter, déménager coûte trop cher, trop longtemps, trop d’incertitude. Et c’est surtout souvent impossible : pas d’offre de logement !

Ce que l’on constate. Notre doctrine du travail tient en une phrase : travailler plus ; plus longtemps dans la vie, plus d’heures dans l’année et plus librement dans l’espace. Or la France est l’un des pays où l’on déménage le moins pour son emploi. Ce n’est pas un trait de caractère : c’est le prix de l’absence de logements, qui cloue les gens au sol.

Ce qui nous menace. Une économie de plus en plus absurde : ici des usines qui cherchent des bras, là des chômeurs qui cherchent des usines, et entre les deux un marché du logement qui interdit la rencontre. Le chômage français est aussi un chômage immobiliste faute d’immobilier !

Ce que nous ferons. Tout ce qui fige sera allégé, tout ce qui fluidifie sera favorisé : frais de mutation réduits pour qui déménage vers l’emploi, parc locatif intermédiaire développé près des bassins qui recrutent, garanties simplifiées pour que le salarié mobile ne soit plus traité en suspect par les bailleurs. Le choc de construction des propositions 23 et 24 en est la condition première : on ne fluidifie pas la pénurie. Accompagnement de la rénovation de l’ancien…

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : la rente de l’immobilisme, les droits de mutation comme impôt sur le mouvement. Y gagnent : les salariés qui veulent saisir leur chance, les entreprises qui recrutent enfin, les territoires industriels qui revivent.

Pourquoi tout le monde y gagne. Chaque emploi pourvu, c’est un chômeur de moins à indemniser et un cotisant de plus. La mobilité n’est pas un déracinement qu’on subit : c’est une liberté qu’on rend. Un pays où l’on peut bouger est un pays où l’on peut espérer.

Les chiffres. Coût : la baisse des droits de mutation est une recette en moins pour les collectivités, à compenser. Rapport : la mobilité est le premier remède au chômage et la première marche d’une réforme de l’assurance chômage. Inaction : ici des usines qui cherchent des bras, là des chômeurs qui cherchent des usines, et un marché du logement qui interdit la rencontre. Trajectoire : coût compensé par l’emploi et les cotisations enclenchés. Concrètement : les droits de mutation cessent d’être un impôt sur le mouvement ; un parc locatif intermédiaire près des bassins qui recrutent.

La construction ne suffit pas : une politique du logement se juge à sa capacité d’accueillir toute la société : l’étudiant pauvre, la famille modeste, la personne à la rue, et l’investisseur sans lequel rien ne se bâtit.

Proposition 68 — Le logement social qui suit la famille, pas les murs

Ce qui existe. L’éligibilité au logement social est attachée au logement : une fois entré, on reste (parfois à vie, parfois au-delà du besoin) pendant que 2,5 millions de demandeurs attendent dehors. La mobilité dans le parc est quasi nulle.

Ce que l’on constate. Le système protège les installés et exclut ceux qui attendent. Une famille dont les revenus montent, garde pourtant souvent son logement aidé ; une famille qui doit déménager pour un emploi perd son rang et repart de zéro. Le parc social est devenu une rente de situation au lieu d’un filet.

Ce qui nous menace. Une file d’attente qui s’allonge sans fin, et le sentiment -destructeur- que le logement social récompense l’ancienneté plutôt que le besoin.

Ce que nous ferons. Rendre le droit portable : l’éligibilité s’attache au foyer, pas aux murs. Examen régulier de la situation, sortie accompagnée vers le parc privé ou l’accession quand les revenus le permettent, et conservation du rang en cas de mobilité professionnelle — déménager pour travailler ne fera plus perdre son droit. Le parc tournera ; la file avancera. (Et l’aide portera à terme, sur le complément, sorte de reste à charge de l’Etat sur l’ensemble du parc. Les « logements ne seront plus sociaux », mais chaque logement pourra l’être de façon invisible pour le bailleur… à terme aussi, c’est donc le fléchage repensé du Livret A, la réinvention des investissements locatifs défiscalisés… tout le système est à revoir à moyen et long terme… ce n’est ici que la première pierre !).

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les occupants dont la situation ne justifie plus l’aide, accompagnés vers la sortie sans brutalité. Y gagnent : les 2,5 millions de familles qui attendent, et les salariés modestes enfin mobiles.

Pourquoi tout le monde y gagne. Un parc qui tourne loge davantage de monde à parc constant : c’est la productivité appliquée au « logement social ». Et la mobilité retrouvée nourrit l’emploi, donc les cotisations qui financent le parc lui-même.

Les chiffres. Coût : nul — une règle de gestion, pas une dépense. Rapport : un parc qui tourne loge davantage de monde à parc constant — la productivité appliquée au logement social. Inaction : un parc figé pendant que 2,5 millions de familles attendent dehors. Trajectoire : neutre pour la dette, gain d’efficacité. Concrètement : le droit s’attache au foyer, pas aux murs — déménager pour un emploi ne fait plus perdre son rang.

Proposition 69 — Zéro retour à la rue : un toit d’abord, digne et durable

Ce qui existe. Des nuitées d’hôtel par centaines de milliers, des hébergements d’urgence saturés chaque hiver, des structures temporaires qui recommencent chaque automne ; coûteuses, insalubres parfois, et sans issue.

Ce que l’on constate. Les pays qui ont fait reculer le nombre de sans-abris -Finlande en tête !- ont inversé la logique : le logement stable d’abord, l’accompagnement ensuite. La France paie le prix fort du provisoire permanent : l’hôtel social coûte plus cher qu’un logement, pour un résultat indigne.

Ce qui nous menace. La rue qui s’installe comme un horizon permanent, et des enfants par milliers qui grandissent à l’hôtel. Un boulevard pour les marchands de sommeil !

Ce que nous ferons. Substituer au provisoire un parc de logements modestes, salubres et durables, en mobilisant les bâtiments publics vacants et la construction modulaire de qualité ; accompagnement social et médical attaché à la personne ; objectif public : plus aucun enfant à l’hôtel à l’horizon du mandat. Une société riche et moderne se doit d’accueillir ses plus faibles et ses marginaux, gratuitement ou presque, et dignement.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les marchands de sommeil et la facilité du provisoire reconduit. Y gagnent : les personnes à la rue, les finances publiques (le durable coûte moins que l’urgence répétée), et les villes apaisées.

Pourquoi tout le monde y gagne. Le phénomène des sans-abris coûte deux fois : en dépenses d’urgence et en vies brisées qui finissent à l’hôpital, en prison ou en psychiatrie. Le toit d’abord est la politique sociale la plus rentable qui existe et la Finlande l’a démontré comptablement.

Les chiffres. Coût : compris dans le levier « logement pour tous » (+2,5 milliards à terme), à coût net modéré — il se substitue aux nuitées d’hôtel d’urgence. Rapport : reloger durablement coûte moins cher que l’urgence répétée. Inaction : des centaines de milliers de nuitées d’hôtel reconduites, et des milliers d’enfants qui grandissent à l’hôtel. Trajectoire : dépense nette modérée par substitution. Concrètement : le « toit d’abord » à la finlandaise — plus aucun enfant à l’hôtel à l’horizon du mandat.

Proposition 70 — Loger les étudiants : construire, vite, et aider les plus pauvres

Ce qui existe. Un parc de résidences universitaires notoirement insuffisant, des aides au logement qui solvabilisent surtout les loyers des bailleurs en zone tendue, et des étudiants qui renoncent à une formation faute de pouvoir se loger dans la ville qui la dispense.

Ce que l’on constate. Des étudiants qui travaillent en plus de leurs études, au point d’échouer, qui dorment dans des voitures ou renoncent totalement en cours d’année ! L’ascenseur social en panne dès le rez-de-chaussée est une honte. C’est l’exact contraire de ce que l’on pousse dans le chapitre I.

Ce qui nous menace. Une sélection sociale par le logement, qui défait silencieusement tout ce que l’école aura réparé.

Ce que nous ferons. Un plan de construction de résidences étudiantes adossé au choc de simplification (foncier des universités et de l’État mobilisé, normes allégées, recours enserrés) avec une cible publiée par académie ; le maintien des aides, recentrées sur les étudiants modestes ; et pour les plus pauvres, un traitement d’urgence dès 2028 : logement quasi gratuit contre engagement d’assiduité, parce qu’un étudiant pauvre qui réussit rembourse la nation au centuple.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les bailleurs de studios indignes loués à prix d’or, concurrencés par une offre publique digne. Y gagnent : les étudiants et leurs familles, les universités, les villes universitaires, la jeunesse.

Pourquoi tout le monde y gagne. Chaque étudiant logé décemment est un diplômé de plus, et le capital humain est la première richesse du pays, surtout dans un pays qui vieillit ! C’est l’investissement du chapitre I, prolongé quotidiennement jusqu’au lit et avec un diplôme, jusqu’au boulot.

Les chiffres. Coût : compris dans le levier « logement pour tous » (+2,5 milliards à terme, avec le toit d’abord et l’ancien). Rapport : chaque étudiant logé décemment est un diplômé de plus — le capital humain du chapitre I prolongé jusqu’au lit. Inaction : des étudiants qui dorment dans leur voiture ou renoncent en cours d’année — la sélection sociale par le logement. Trajectoire : dépense ciblée, rendement de long terme. Concrètement : des résidences étudiantes construites au régime « Notre-Dame », et la quasi-gratuité pour les plus pauvres dès 2028 contre engagement d’assiduité.

Proposition 71 — L’ancien : 80 % des logements de 2050 sont déjà construits

Ce qui existe. Des aides à la rénovation dispersées et instables, sept millions de passoires thermiques, des poches d’insalubrité jusqu’au cœur des grandes villes, et des loyers prohibitifs dans les zones tendues.

Ce que l’on constate. L’obsession du neuf fait oublier l’essentiel : la France de 2050 habitera très majoritairement des murs qui existent déjà. La bataille du logement se gagne dans l’ancien — thermiquement, sanitairement, financièrement.

Ce qui nous menace. Un parc qui se dégrade plus vite qu’on ne le rénove, des factures d’énergie qui appauvrissent les modestes, et des centres-villes réservés aux héritiers.

Ce que nous ferons. Une politique de l’ancien à trois étages : rénovation thermique massifiée (guichet unique, aides stables sur dix ans, industrialisation des chantiers par groupements d’artisans), éradication programmée de l’insalubrité avec pouvoirs renforcés contre les marchands de sommeil, et sur les loyers, la seule réponse durable, l’offre : remise sur le marché des logements vacants (fiscalité dissuasive à la vacance, confiance restaurée du bailleur par une justice locative rapide), plutôt que des encadrements qui assèchent le marché qu’ils prétendent protéger.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les marchands de sommeil, les propriétaires de logements volontairement vacants, et la rente de rareté. Y gagnent : les locataires, les artisans du bâtiment (un gisement de chantiers pour vingt ans), et le climat.

Pourquoi tout le monde y gagne. La rénovation est le CAPEX parfait : elle baisse les factures des ménages, emploie dans tous les territoires, valorise le patrimoine des propriétaires et réduit les émissions. Quatre dividendes pour une dépense.

Les chiffres. Coût : compris dans le levier « logement pour tous », net des aides existantes (~4 milliards déjà engagés sur la rénovation). Rapport : le CAPEX parfait — quatre dividendes : factures en baisse, emploi dans tous les territoires, patrimoine valorisé, émissions réduites. Inaction : sept millions de passoires thermiques et des poches d’insalubrité, alors que 80 % des logements de 2050 existent déjà. Trajectoire : dépense nette modérée, fort effet d’emploi local. Concrètement : un guichet de rénovation stable sur dix ans, la vacance taxée plutôt que le loyer encadré, et des incitations à la vente pour effacer passoires et bouilloires.

Proposition 72 — Donner envie de bâtir : l’investisseur et le promoteur réhabilités

Ce qui existe. Un investisseur immobilier traité en suspect fiscal, un promoteur traité en prédateur, des taux qui ont fermé l’accès au crédit, et des maires qui gagnent à refuser les permis.

Ce que l’on constate. On ne loge pas un pays, contre ceux qui construisent. La production de logements neufs s’est effondrée ; chaque maillon (foncier, permis, recours, financement, fiscalité) décourage l’acte de bâtir.

Ce qui nous menace. Une pénurie durable qui nourrit tout le reste : loyers prohibitifs, immobilité professionnelle, jeunesse sacrifiée, épargne des Français détournée du logement.

Ce que nous ferons. Remettre le promoteur au cœur de la cité : régime fiscal stable et lisible sur dix ans pour l’investissement locatif raisonnable, prêts bonifiés adossés au fonds souverain pour le logement intermédiaire, documents d’urbanisme aux objectifs opposables, et le régime des recours aligné sur le précédent de Notre-Dame — celui qui a permis de rebâtir une cathédrale en cinq ans (proposition 23). Bâtir doit redevenir un métier honoré et un placement de bon père de famille.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les recours d’opportunité et la spéculation sur la rareté ; un marché qui construit est un marché où la rétention ne paie plus. Y gagnent : les promoteurs et artisans, les épargnants, et tous ceux qui cherchent un toit.

Pourquoi tout le monde y gagne. L’offre est la seule politique du logement qui ne se paie pas deux fois. Chaque grue dressée, ce sont des emplois immédiats, des recettes de TVA, et, trois ans plus tard, une famille logée qui n’attend plus rien de l’État.

Les chiffres. Coût : marginal — une fiscalité stable et des prêts adossés au fonds souverain, pas une subvention. Rapport : l’offre ne se paie pas deux fois — chaque grue dressée, ce sont des emplois immédiats et des recettes de TVA (comptées dans le levier logement, +4 milliards). Inaction : la rétention et la spéculation sur la rareté, qui paient tant qu’on ne construit pas. Trajectoire : recettes induites, sans double compte. Concrètement : l’investisseur et le promoteur réhabilités — régime fiscal stable sur dix ans, recours alignés sur le précédent Notre-Dame.

CHAPITRE XI — L’ÉNERGIE ET LE NUCLÉAIRE : LA SOUVERAINETÉ PAR LE COURANT

Il n’y a pas de souveraineté sans énergie, pas d’industrie sans électricité abondante et bon marché, pas de décarbonation sans une source stable. La France détenait un trésor — le nucléaire civil — et a laissé sa politique hésiter trente ans durant. Dans la continuité de ce qui est fait depuis 8 ans, nous mettrons fin à l’hésitation. Notre doctrine : un pays qui produit chez lui son électricité décarbonée, en abondance, tient d’un seul geste son indépendance, sa compétitivité et le pouvoir d’achat de ses habitants. L’énergie n’est pas un sujet écologique parmi d’autres : c’est le nerf de tout le reste. Il faudra à cette occasion revoir les mécanismes de régulation tarifaires Européennes en la matière.

Proposition 103 — Doubler le nucléaire : de six à quatorze EPR2

Ce qui existe. La France a lancé la construction de six réacteurs de nouvelle génération — les EPR2 — à Penly, Gravelines et Bugey : premier béton prévu en 2029, première mise en service en 2038, avec huit autres « à l’étude ». Le « à l’étude » est le mot de trop : il dit l’hésitation qui nous ruine depuis trente ans.

Ce que l’on constate. Notre hydroélectricité est à son maximum ; nos besoins, eux, explosent — véhicules électriques, camions, aéronefs légers, fermes de calcul, électrification des usages, et bientôt l’hydrogène vert pour notre industrie. Sans un parc considérablement agrandi, l’électricité manquera, son prix montera, et l’industrie repartira.

Ce qui nous menace. Revivre le décrochage commencé en 1995 (Superphénix abandonné, la filière dépecée, les compétences perdues), puis les fiascos de Flamanville, de Finlande et de Hinkley Point, conséquences directes de l’arrêt des séries. Un pays qui ne construit plus oublie comment construire.

Ce que nous ferons. Transformer les huit réacteurs « à l’étude » en huit réacteurs décidés : passer de six à quatorze EPR2, en doublant la cadence de construction entre 2032 et 2040. La clé n’est pas l’exploit unitaire, c’est la série : construire par paires, sur des sites déjà nucléaires, avec une filière industrielle et des compétences reconstituées — c’est la série qui fait baisser les coûts et tenir les délais. Le financement sera sécurisé sur le long terme, adossé au fonds souverain (proposition 20), qui cherche précisément des actifs patients. Et nous financerons la recherche sur la fusion — Cadarache, ITER — comme un pari d’avenir, sans fonder sur elle la politique des vingt prochaines années : elle reste à des décennies. Quitte à adjoindre à ces chantiers des appendices d’intérêt général comme des usines à Hydrogène propre fonctionnant durant les heures creuses, ou l’électrolyse SOEC haute température fonctionnant sur les chaleurs résiduelles des SMR (projet Ananta)… d’une pierre deux coups !

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les marchands d’hésitation, et la dépendance aux importations d’énergie. Y gagnent : l’industrie, qui retrouve une électricité abondante et stable ; les ménages, dont la facture se découple du gaz ; et la filière nucléaire française, rendue à son rang.

Pourquoi tout le monde y gagne. Le nucléaire est la seule énergie à la fois décarbonée, pilotable et souveraine. En cessant d’hésiter, nous achetons d’un coup notre indépendance, notre climat et notre compétitivité. Ce que la France a su faire en vingt ans dans les années 1970-1980, elle saura le refaire — à condition, cette fois, de ne plus s’arrêter.

Les chiffres. Coût : un investissement massif de long terme — les six premiers EPR2 plafonnés à 72,8 milliards d’euros ; les quatorze de l’ordre de 150 milliards sur deux décennies, financés hors budget courant (EDF, tarifs régulés, fonds souverain de la proposition 20), non en déficit. Rapport : une électricité décarbonée, pilotable et souveraine ; c’est la série, pas l’exploit unitaire, qui fait baisser les coûts. Inaction : revivre le décrochage post-1995 — Superphénix abandonné, filière dépecée, puis Flamanville, Finlande, Hinkley Point, fiascos directs de l’arrêt des séries. Trajectoire : hors solde courant (actif de long terme adossé au fonds souverain), fort rendement de croissance. Concrètement : 6 EPR2 fermes + 8 engagés = 14, cadence doublée 2032-2040 ; la fusion (ITER) financée comme un pari de recherche, pas comme la politique des vingt prochaines années.

Proposition 104 — L’hydrogène vert : décarboner ce que l’électricité seule ne peut pas

Ce qui existe. Notre industrie lourde -acier, chimie, ciment- et nos transports lourds -camions, navires, peut-être demain l’aérien- fonctionnent au carbone fossile, faute d’alternative. On sait les électrifier, mal, voire pas du tout.

Ce que l’on constate. L’hydrogène produit sans carbone est la pièce manquante : il décarbone l’acier en remplaçant le charbon des hauts-fourneaux, la chimie, et les transports que la batterie ne suffit pas à mouvoir. Mais le produire exige des quantités massives d’électricité décarbonée — que seul un grand parc nucléaire peut fournir en continu.

Ce qui nous menace. Importer demain notre hydrogène (sale ?) comme nous importons aujourd’hui notre gaz -en ayant raté la marche industrielle- ou laisser nos hauts-fourneaux et nos usines de fertilisants fermer faute de pouvoir les verdir.

Ce que nous ferons. Bâtir une filière française d’hydrogène vert, adossée à des réacteurs nucléaires dédiés : l’électrolyse alimentée par un parc qui tourne jour et nuit, installée là où elle est le plus utile -au pied des sites nucléaires et à proximité des sites sidérurgiques et chimiques (projet Ananta). À la marge, la méthanisation issue du monde agricole (chapitre XII) complétera le volume. L’objectif : un acier français décarboné, une chimie qui reste sur le sol national, des transports lourds qui sortent du pétrole -sans délocaliser nos émissions, ce qui ne serait qu’un mensonge comptable.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les importateurs de combustibles fossiles, et le fatalisme qui condamnait notre industrie lourde. Y gagnent : la sidérurgie et la chimie, sauvées et verdies ; le climat, réellement ; et l’emploi industriel des territoires concernés.

Pourquoi tout le monde y gagne. Décarboner en produisant chez soi vaut mieux que se désindustrialiser en important l’acier des autres. L’hydrogène adossé au nucléaire, c’est la décarbonation qui crée des emplois au lieu d’en détruire — la seule qui soit politiquement tenable.

Les chiffres. Coût : l’électrolyse adossée à des réacteurs dédiés — un investissement industriel, en partie privé. Rapport : décarboner l’acier, la chimie et le transport lourd sans délocaliser nos émissions ni nos emplois. Inaction : importer demain l’hydrogène comme le gaz aujourd’hui, ou fermer nos hauts-fourneaux faute de pouvoir les verdir. Trajectoire : investissement industriel, hors déficit courant. Concrètement : une filière d’hydrogène vert au pied des sites nucléaires et des usines sidérurgiques et chimiques (projet Ananta).

Proposition 105 — Le courant pour tout : mobilité, calcul, usages

Ce qui existe. La voiture passe à l’électrique, le camion s’y met, les usages quotidiens s’électrifient, et un nouvel ogre apparaît : les fermes de calcul de l’intelligence artificielle, qui dévorent l’électricité par gigawatts.

Ce que l’on constate. Toute notre souveraineté technologique -l’IA de l’État (chapitre IX), nos champions, notre défense- suppose une puissance de calcul, donc une électricité abondante et bon marché. Les pays qui auront le courant auront les calculateurs ; les autres loueront ceux des premiers.

Ce qui nous menace. Voir nos données et nos calculs partir vers les pays qui ont l’énergie, faute d’avoir su alimenter nos propres centres — une dépendance numérique aussi grave que la dépendance énergétique.

Ce que nous ferons. Faire de l’électricité décarbonée et abondante l’avantage compétitif de la France pour le siècle. Accueillir sur notre sol les fermes de calcul souveraines, adossées au parc nucléaire ; l’électricité comme argument d’attractivité, là où d’autres n’ont que le charbon ou le gaz. Déployer les infrastructures de recharge pour la mobilité électrique, accompagner l’électrification des usages urbains et industriels, et planifier le réseau pour absorber cette demande nouvelle. Le courant n’est pas une contrainte à subir : c’est une carte maîtresse à jouer.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les pays qui pensaient nous louer leur puissance de calcul, et le réseau sous-dimensionné d’hier. Y gagnent : nos entreprises de technologie, alimentées chez elles ; les territoires qui accueillent ces investissements ; et la souveraineté numérique du pays.

Pourquoi tout le monde y gagne. L’électricité décarbonée est le pétrole du XXIᵉ siècle, à ceci près qu’on peut le produire chez soi, proprement, indéfiniment. Le pays qui en a fait son abondance attire l’industrie et le calcul du monde entier. C’est notre chance — saisissons-la.

Les chiffres. Coût : l’adaptation du réseau et le déploiement de la recharge — un investissement. Rapport : l’électricité décarbonée et abondante comme avantage compétitif pour attirer les fermes de calcul et l’industrie. Inaction : nos données et nos calculs loués aux pays qui ont l’énergie — une dépendance numérique aussi grave que l’énergétique. Trajectoire : investissement réseau, rendement d’attractivité. Concrètement : les pays qui auront le courant auront les calculateurs ; nous accueillerons les fermes de calcul souveraines adossées au parc nucléaire.

Proposition 106 — Les renouvelables utiles : éolien en mer, solaire urbain, toits froids, géothermie

Ce qui existe. La France développe d’importants parcs d’éolien en mer, mais son solaire urbain reste timide, sa géothermie sous-exploitée, et ses toits -notamment ceux des villes classées au patrimoine de l’Unesco- n’ont jamais été pensés comme une ressource.

Ce que l’on constate. Le nucléaire fournit le socle ; les renouvelables fournissent le complément, à condition de choisir les utiles. L’éolien en mer a du sens là où le vent est constant ; le solaire en toiture urbaine produit là où l’on consomme ; la géothermie chauffe des quartiers entiers -le bassin parisien dort sur une ressource qu’il exploite à peine.

Ce qui nous menace. Le gâchis des deux côtés : des renouvelables posés n’importe où, contre l’avis des habitants, ou au contraire un refus dogmatique qui se prive de compléments quasi gratuits.

Ce que nous ferons. Un mix assumé : le nucléaire en socle, les renouvelables utiles en complément. Pousser le solaire urbain — toits, parkings, friches —, en travaillant avec les Architectes des Bâtiments de France, mais en posant franchement la question : un toit parisien sert-il mieux la France figé dans son ardoise classée, ou repeint en blanc réfléchissant pour économiser l’énergie et soulager la canicule ? Les « toits froids », solution éprouvée contre les îlots de chaleur, seront encouragés partout où le patrimoine le permet. La géothermie sera déployée pour le chauffage urbain, à commencer par le Bassin Parisien (le déploiement de ces systèmes peut être complexe et il est sans doute plus adapté à la construction des logements neufs que pour le bâti !). Et l’éolien en mer poursuivi là où il est efficace et accepté.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : le dogmatisme des deux bords — celui qui veut tout en renouvelable et celui qui n’en veut aucun —, et l’immobilisme patrimonial érigé en religion. Y gagnent : les villes, plus fraîches et moins gourmandes ; les habitants, en facture et en confort ; et le mix, équilibré.

Pourquoi tout le monde y gagne. Bien placés, les renouvelables ne concurrencent pas le nucléaire : ils le complètent. Un toit qui produit ou qui rafraîchit, une nappe qui chauffe un quartier c’est autant de gagné, sans rien perdre. La sobriété intelligente n’est pas la décroissance : c’est l’efficacité.

Les chiffres. Coût : ciblé — solaire urbain, toits froids, géothermie ; l’éolien en mer relève de financements dédiés. Rapport : des compléments quasi gratuits au socle nucléaire — des toits qui produisent ou rafraîchissent, des nappes qui chauffent des quartiers. Inaction : le gâchis des deux dogmatismes — tout en renouvelable, ou rien. Trajectoire : investissement modéré, complément du socle. Concrètement : le bassin parisien dort sur une géothermie qu’il exploite à peine, et un toit classé sert-il mieux la France figé dans son ardoise ou peint en blanc réfléchissant contre la canicule ?

Proposition 107 — Sortir du fossile importé : la souveraineté et le prix

Ce qui existe. La France importe massivement pétrole et gaz, au prix fort, au gré des crises et des chantages géopolitiques. Notre facture énergétique extérieure pèse sur notre commerce, notre industrie et le pouvoir d’achat des ménages.

Ce que l’on constate. Chaque euro envoyé acheter du gaz ou du pétrole à l’étranger est un euro qui ne finance ni notre industrie ni nos emplois et qui nous lie à des fournisseurs que nous ne choisissons pas. À l’inverse, l’électricité décarbonée produite chez nous est un atout de prix : c’est la compétitivité de notre industrie, juste après la suppression des impôts de production (chapitre VI).

Ce qui nous menace. Rester dépendants des combustibles fossiles importés, c’est subir leurs prix et leurs maîtres — et continuer de polluer la planète en délocalisant nos émissions sans les réduire.

Ce que nous ferons. Faire de la sortie du fossile importé une stratégie de souveraineté autant que de climat. Substituer, partout où c’est possible, l’électricité et l’hydrogène nationaux aux énergies carbonées achetées au-dehors, et développer le stockage (batteries, stations de transfert d’énergie par pompage, hydrogène) pour valoriser notre propre énergie décarbonée aux heures de pointe plutôt que d’importer du fossile pour les combler. Assumer, pour les métaux du stockage et des batteries — le lithium en tête —, une part d’extraction et de raffinage sur le sol européen, dont le gisement de l’Allier offre l’occasion : mieux vaut une pollution ciblée, encadrée et localisée, que la dépendance totale à des importations dont nous ne maîtrisons ni le prix ni les conditions (chapitre XVII). Et porter au niveau européen une électricité bon marché comme avantage compétitif commun.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les fournisseurs étrangers de pétrole et de gaz, et les chantages qui allaient avec ; il faut aussi le dire, les territoires qui accueilleront une extraction minière, dont la charge sera réelle et devra être compensée. Y gagnent : l’industrie, la balance commerciale, le climat, et l’indépendance du pays.

Pourquoi tout le monde y gagne. La souveraineté énergétique réconcilie ce qu’on croyait opposé : l’indépendance, la compétitivité, le pouvoir d’achat et le climat. Produire chez soi une énergie propre, c’est cesser à la fois de polluer la planète et de financer ceux qui nous tiennent. Le courant est une arme de paix.

Les chiffres. Coût : le stockage (batteries, stations de transfert par pompage, hydrogène) et une part d’extraction de métaux (lithium, gisement de l’Allier) — un investissement, au coût local assumé. Rapport : chaque euro non envoyé acheter du gaz ou du pétrole reste dans l’économie ; l’électricité bon marché, c’est la compétitivité de l’industrie, juste après les impôts de production. Inaction : subir les prix et les chantages des fournisseurs fossiles, et délocaliser nos émissions sans les réduire. Trajectoire : investissement, fort effet de balance commerciale et de souveraineté. Concrètement : stocker notre énergie pour les pointes plutôt qu’importer du fossile, et extraire en Europe les métaux des batteries — une pollution ciblée et encadrée plutôt qu’une dépendance totale.

Proposition 138 — Le juste prix de l’électricité : payer notre courant à son coût, pas à celui du gaz

Ce qui existe. La France produit l’électricité la moins chère et la plus décarbonée d’Europe — 70 % de nucléaire, à un coût stable — et pourtant le Français la paie au prix du gaz. C’est la règle du marché européen : à chaque instant, le prix de gros est fixé par la dernière centrale appelée, presque toujours une centrale à gaz. Nous tenons l’arme de la compétitivité ; nous n’en touchons pas le dividende.

Ce que l’on constate. L’ARENH, qui obligeait EDF à céder son nucléaire à 42 euros le mégawattheure, a expiré fin 2025 ; le mécanisme qui lui succède ne protège qu’au-delà de 80 euros — un pare-feu, pas une politique du juste prix. Et l’on ne s’en sort pas seul : un industriel le réclame pour sa compétitivité, un économiste hétérodoxe pour le tarif au coût réel. Rares sont les réformes qui réunissent des adversaires aussi constants.

Ce qui nous menace. Tant que notre facture est indexée sur le gaz importé, notre rente nucléaire s’évapore au profit des marchés, pendant que ménages et usines paient une électricité bien plus chère qu’elle ne nous coûte à produire — un handicap de réindustrialisation autant qu’une injustice.

Ce que nous ferons. Brancher le prix payé par les Français sur le coût réel de notre parc, et non sur celui du gaz allemand. La réforme européenne de 2024 — que la France a obtenue — l’autorise enfin : un contrat de couverture sur l’ensemble du parc nucléaire, à un prix de référence reflétant son coût réel, de l’ordre de 60 à 70 euros le mégawattheure. Quand le marché monte au-dessus, le surplus revient aux Français ; quand il descend, l’État est couvert. La rente nucléaire ira aux ménages — pouvoir d’achat — et à l’industrie — compétitivité, centres de calcul, intelligence artificielle. Nous restons dans le marché européen, pour les interconnexions et les exportations ; nous en découplons seulement notre prix intérieur.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : ceux qui vivaient de l’écart entre notre coût et le prix du gaz. Y gagnent : les ménages, dont la facture reflète enfin notre mix ; l’industrie, qui retrouve l’avantage énergétique français ; et EDF, dont les revenus stabilisés financent les quatorze EPR2.

Pourquoi tout le monde y gagne. Une nation qui a payé son parc nucléaire a le droit d’en récolter le fruit. Le juste prix n’est ni le prix bradé du populisme — qui ruinerait l’investissement —, ni le prix du gaz — qui nous ruine, nous. C’est le prix de ce que nous produisons : ni plus, ni moins.

Les chiffres. Coût : nul pour le budget — un mécanisme de marché, pas une subvention ; le prix de référence doit rester assez haut pour financer les 14 EPR2 (proposition 103). Rapport : prix de référence ~60-70 €/MWh, contre un prix de gros 2026 négocié à 57-75 € et fixé par le gaz en pointe ; notre courant tient à 70 % d’un nucléaire stable, à 6-7 % du gaz. Inaction : la rente nucléaire captée par les marchés, et une électricité payée bien au-dessus de son coût. Trajectoire : neutre pour la dette, positive pour la compétitivité — donc pour les recettes de la réindustrialisation. Concrètement : seul point du programme réclamé à la fois par l’industrie (CroissancePlus) et par les économistes hétérodoxes — la preuve qu’un prix au coût réel n’est ni de droite ni de gauche, mais de bon sens.

CHAPITRE XII — LA TERRE : RÉPARER, NOURRIR, TRANSMETTRE

Disons-le sans détour, parce que personne n’ose le dire aux agriculteurs en face : nous avons collectivement fait fausse route pendant des décennies, sur toute la chaîne de valeur. L’intensification a épuisé les sols, appauvri les sous-sols, étranglé les producteurs et déçu les consommateurs. La France, grenier de l’Europe, a glissé au troisième rang agricole du continent et il faudra comprendre, audit de la politique agricole commune à l’appui, comment des centaines de milliards de soutien ont accompagné un déclassement. La réponse n’est pas de produire plus. Elle est de produire mieux et d’être payé pour ce mieux. Cela ne se décrète pas à Paris : ça se négocie à l’échelle européenne, et cela se protège aux frontières de l’Europe.

Proposition 76 — Les clauses miroirs : nul ne vend en Europe sans respecter le plancher européen

Ce qui existe. Un producteur français de thé, de poulet ou de céréales respecte des dizaines de règles sanitaires, environnementales et sociales -c’est entendable, et la plupart sont justes. Mais son concurrent extra-européen, soumis à trois préceptes et une norme, vend sur le même marché, dans le même rayon. Les accords de libre-échange, Mercosur en tête, organisent cette asymétrie.

Ce que l’on constate. Cette concurrence déloyale n’est pas tarifaire -elle est normative, donc invisible dans les statistiques douanières et omniprésente dans les comptes des exploitations. Elle décourage exactement ceux qui font bien.

Ce qui nous menace. La disparition de la production européenne de qualité, remplacée par des importations qui ne respectent rien de ce que nous imposons chez nous — l’hypocrisie alimentaire érigée en politique commerciale.

Ce que nous ferons. Le principe des clauses miroirs, érigé en condition non négociable de tout accord commercial : l’Union n’existe pas pour faciliter la tâche de ceux du dehors, mais pour obliger tout entrant à atteindre le niveau plancher des Européens. Simplifier nos normes, oui — massivement, c’est tout le chapitre IX ; abaisser la barrière à l’entrée, jamais. Contrôles aux frontières renforcés, traçabilité opposable, et refus de ratifier tout nouvel accord qui n’intègre pas la réciprocité sanitaire et environnementale, et rouvrir à terme quelques négociations dans les traités existants.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les importateurs du moins-disant et les exportateurs lointains qui comptaient sur notre naïveté. Y gagnent : les agriculteurs européens, les consommateurs et la cohérence de l’Union elle-même.

Pourquoi tout le monde y gagne. Une norme qui ne s’applique qu’aux nôtres est une taxe sur la vertu. La même norme appliquée à tous redevient ce qu’elle devait être : une garantie. Et les pays tiers qui veulent notre marché (le plus riche du monde) s’élèveront à notre niveau : c’est ainsi que l’Europe normative redevient l’Europe puissante.

Les chiffres. Coût : nul — une négociation européenne, pas une dépense. Rapport : le revenu agricole protégé de la concurrence déloyale, sans subvention nouvelle. Inaction : le moins-disant importé (Mercosur) qui ruine nos producteurs et trompe les consommateurs — une concurrence normative, invisible aux douanes. Trajectoire : à coût budgétaire nul. Concrètement : nul ne vend en Europe sans atteindre le plancher sanitaire et environnemental européen — la même norme appliquée à tous redevient une garantie, et non une taxe sur la vertu.

Proposition 77 — La ferme énergétique : méthanisation et autosuffisance, sans un milliard perdu

Ce qui existe. Des exploitations étranglées par les coûts de l’énergie, assises sur des gisements inexploités -effluents, résidus, toitures- et des projets de méthanisation qui ne sortent qu’à coups de subventions éparses.

Ce que l’on constate. L’agriculteur n’a ni le capital pour construire, ni le temps d’exploiter une unité énergétique. L’État n’a pas vocation à le faire. Mais les énergéticiens -transporteurs de gaz, opérateurs de réseaux, groupes de services- savent faire, et cherchent des actifs.

Ce qui nous menace. Un gisement d’énergie décentralisée perdu, et des fermiers qui mettent la clef sous la porte ou se suicident pour une facture d’électricité.

Ce que nous ferons. La concession tripartite, généralisée : le privé construit et exploite l’unité -méthanisation, hydrogène, solaire sur bâti agricole ; l’exploitant fournit la matière et bénéficie de l’autosuffisance et/ou de prix bas garantis par contrat ; l’État subventionne la construction et se rémunère sur la taxation du surplus revendu au réseau. Chacun apporte ce qu’il a, chacun gagne ce qui lui manque. C’est le CAPEX au sens propre : l’argent public amorce un actif qui produit pendant trente à cinquante ans.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les montages subventionnés sans exploitation sérieuse. Y gagnent : l’agriculteur (charges en moins, revenu en plus), l’énergéticien (un parc d’actifs), l’État (des taxes sur une richesse qui n’existait pas), et le réseau (de l’énergie produite là où on ne l’attendait pas).

Pourquoi tout le monde y gagne. C’est l’écologie par construction du préambule : pas une contrainte plaquée sur la ferme, mais un revenu qui en sort. Et une ferme énergétiquement autonome est une ferme qui traverse les crises.

Les chiffres. Coût : l’amorçage des concessions tripartites, compris dans le levier « agriculture » (+1,5 milliard net au global du chapitre), partiellement récupéré par la taxation du surplus d’énergie, rentable sur la durée. Rapport : un revenu qui sort de la ferme (l’énergie), des charges en moins, un actif qui produit trente à cinquante ans. Inaction : des revenus agricoles étranglés, sans amortisseur de crise — des fermiers qui mettent la clef sous la porte pour une facture d’électricité. Trajectoire : un CAPEX logé dans le levier agriculture. Concrètement : le privé construit et exploite, l’agriculteur fournit la matière et bénéficie de l’autosuffisance, l’État subventionne et taxe le surplus.

Proposition 78 — La ferme du futur : donner aux jeunes l’envie de reprendre

Ce qui existe. La moitié des exploitants partira à la retraite dans la décennie. Les reprises ne suivent pas : l’image du métier -dettes, solitude, normes, revenus médiocres, absence de vacances- fait fuir une jeunesse qui pourtant cherche du sens au travail.

Ce que l’on constate. Les jeunes ne vont plus à la ferme. Non par paresse : parce qu’on leur présente un sacerdoce là où ils veulent une entreprise. Or la ferme moderne -robotisée, énergétique, connectée, en circuit de valeur- est précisément l’entreprise du siècle.

Ce qui nous menace. Des centaines de milliers d’hectares sans repreneur, absorbés par l’agrandissement sans âme ou la friche — et la dépendance alimentaire au bout.

Ce que nous ferons. Faire de la transmission une grande politique : la concession énergétique de la proposition 77 revalorise le foncier et modernise l’actif ; une ferme autosuffisante et équipée se reprend, une ferme épuisée s’abandonne ; portage du foncier pour dissocier l’achat de la terre de la reprise de l’outil ; enseignement agricole refondu dans l’esprit du chapitre I, tourné vers l’agronomie des sols, la technologie et la gestion ; et un récit national assumé : la ferme du futur est un métier de chef d’entreprise, de technicien du vivant et de producteur d’énergie.

Qui y perd, qui y gagne. Y perd : la spéculation foncière sur les départs en retraite. Y gagnent : les cédants (un actif valorisé), les repreneurs (un métier viable), les territoires (des campagnes vivantes), l’aval (une production maintenue).

Pourquoi tout le monde y gagne. Chaque reprise réussie, c’est une famille installée, un bourg qui garde son école, des sols entretenus et de la valeur produite pendant une génération. La transmission agricole est une politique d’aménagement, d’alimentation et de défense tout en un !

Les chiffres. Coût : ce n’est presque pas une dépense — un fonds de portage ACHÈTE la terre (un actif récupérable, ~6 400 €/ha en moyenne) et la loue en fermage au jeune, avec option d’achat progressive. Le coût budgétaire net est l’écart de portage (financement ~3 % − fermage ~1,5-2 %), soit ~10 à 20 millions par an et par milliard porté — pas le capital. Rapport : un milliard de fonds porte ~150 000 hectares ; c’est de la dette productive adossée à un actif, et chaque reprise réussie maintient une famille, une école de bourg, des sols entretenus. Inaction : la moitié des exploitants à la retraite dans la décennie, des centaines de milliers d’hectares livrés à l’agrandissement sans âme ou à la friche — la dépendance alimentaire au bout. Trajectoire : capital hors solde (actif), petit coût de portage dans le levier agriculture. Concrètement : un fonds national de portage — le modèle FEVE changé d’échelle, adossé aux SAFER — qui dissocie l’achat de la terre de la reprise de l’outil.

Proposition 79 — Le vignoble : moins de volume, plus de vin

Ce qui existe. Deux viticultures qui n’ont plus rien en commun : l’une, d’excellence, qui exporte et rayonne ; l’autre, d’entrée de gamme, qui surproduit des vins que le marché ne veut plus, sur des sols que des décennies de chimie ont laissés dans un état déplorable.

Ce que l’on constate. La consommation mondiale se déplace : moins, mais mieux. S’obstiner dans le volume médiocre, c’est distiller à perte aux frais du contribuable, année après année, en épuisant les terres.

Ce qui nous menace. L’effondrement silencieux de régions entières, et la dégradation continue d’un patrimoine de sols qui mettra des décennies à se réparer.

Ce que nous ferons. Accompagner la conversion plutôt que la perfusion : aide à la restructuration vers la qualité -biologique, biodynamie, vins naturels, à chacun sa voie, mais un cap commun : des sols vivants et des vins qu’on choisit ; arrachage digne et reconversion des parcelles sans avenir (vers l’agrivoltaïsme ou la diversification de la proposition 77) ; et la marque France poussée à l’export par la diplomatie culturelle du chapitre V — le vin est une industrie culturelle, mais y gagne-t-on quand la qualité s’enfuit à l’étranger et qu’il ne reste que les volumes bas de gamme sur le territoire ?

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : le négoce du vrac sans avenir et la rente de la distillation de crise. Y gagnent : les vignerons convertis (des prix au lieu de primes), les sols, et l’image mondiale du vin français — tirée vers le haut par toute sa base.

Pourquoi tout le monde y gagne. Un hectare converti à la qualité vaut plus, pollue moins et rapporte davantage qu’un hectare perfusé. C’est le « mieux plutôt que plus » appliqué à notre produit le plus symbolique.

Les chiffres. Coût : l’accompagnement de la conversion, compris dans le levier agriculture ; la fin de la distillation de crise est une économie. Rapport : des prix au lieu de primes, des sols préservés, l’image mondiale du vin français tirée vers le haut par toute sa base. Inaction : distiller à perte, aux frais du contribuable, des vins de vrac que le marché ne veut plus, en épuisant les terres. Trajectoire : neutre à positive (moins de primes de crise). Concrètement : un hectare converti à la qualité vaut plus, pollue moins et rapporte davantage qu’un hectare perfusé — « moins de volume, plus de vin ».

Proposition 80 — Le juste prix : les géants paieront, l’État montrera l’exemple

Ce qui existe. Des lois successives sur les relations commerciales agricoles, contournées négociation après négociation : la grande distribution et les géants de la transformation captent la valeur, le producteur ferme la marche. Et l’acheteur public -cantines, hôpitaux, armées- choisit trop souvent le moins-disant lointain.

Ce que l’on constate. Si tout ce livre vise la hausse des revenus et du pouvoir d’achat, il serait indigne que les seuls à n’en jamais bénéficier soient ceux qui nourrissent le pays.

Ce qui nous menace. Des exploitants qui vivent sous le seuil de pauvreté en travaillant soixante-dix heures, et le dégoût des vocations qui en découle -la proposition 78 ruinée par l’aval.

Ce que nous ferons. Deux leviers, le contrat et l’exemple. Le contrat : indicateurs de coûts de productions opposables dans les négociations, transparence des marges par maillon rendue publique, sanctions effectives — le nom des tricheurs publié. L’exemple : la commande publique alimentaire — cantines scolaires, hôpitaux, établissements — orientée vers la production française et européenne de qualité au juste prix, dans le cadre de la préférence du chapitre IX ; l’État, premier restaurateur de France, cessera d’être le premier client du moins-disant. Ce surcoût assumé est un investissement : il irrigue directement les fermes des propositions 77 à 79.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les centrales d’achat qui faisaient leur marge sur la détresse, et le confort du poulet d’importation dans les selfs publics. Y gagnent : les producteurs, les enfants des cantines, les territoires et les transformateurs vertueux, enfin distingués.

Pourquoi tout le monde y gagne. Le juste prix payé au producteur revient dans l’économie locale, dans les cotisations, dans l’entretien des paysages. Le prix cassé, lui, se paie trois fois : en aides de survie, en friches, en dépendance. Une nation qui veut être puissante commence par nourrir dignement ceux qui la nourrissent.

Les chiffres. Coût : le surcoût d’une commande publique alimentaire de qualité, compris dans le levier agriculture (+1,5 milliard net au global). Rapport : le juste prix revient dans l’économie locale, les cotisations, l’entretien des paysages ; le prix cassé se paie trois fois — aides de survie, friches, dépendance. Inaction : des exploitants sous le seuil de pauvreté en travaillant soixante-dix heures, et la proposition 78 ruinée par l’aval. Trajectoire : dans le levier agriculture. Concrètement : des indicateurs de coûts opposables et des marges publiées (les tricheurs nommés), et l’État, premier restaurateur de France, qui cesse d’être le premier client du moins-disant.

TROISIÈME PARTIE — PROTÉGER ET RASSEMBLER

La nation et ses territoires : la République, la justice, l’immigration, l’outre-mer.

Un pays qui instruit et qui produit doit encore tenir debout ensemble. La richesse ne vaut rien dans une nation fracturée, ni la liberté dans une société qui ne se protège plus. Cette troisième partie est celle du cadre commun — l’autorité juste, la loi respectée, les frontières maîtrisées, les territoires reliés — sans lequel ni l’humain ni le moteur ne durent.

CHAPITRE XIII — LA RÉPUBLIQUE QUI SE RESPECTE

Ce chapitre est le plus délicat du livre, et nous l’écrivons sans détour : une culture commune doit exister pour permettre la diversité. La France ne demande à personne d’où il vient ; elle demande à chacun où il va avec elle. Toutes les règles qui suivent sont aveugles aux croyances : elles visent des actes, jamais des appartenances. Et elles commencent par ce que la République exige de tous ses enfants ; avant ce qu’elle exige des nouveaux venus.

Proposition 43 — Le serment républicain, pour tous, à dix-huit ans

Ce qui existe. Un étranger qui devient français signe une charte des droits et devoirs et vit un moment solennel en préfecture. Un jeune Français, lui, reçoit sa carte d’électeur par la poste. La République demande aux nouveaux venus ce qu’elle ne demande plus à ses propres enfants.

Ce que l’on constate. Depuis la fin de la conscription, plus aucun rite ne marque l’entrée dans la citoyenneté. Or les nations vivent de rites autant que de lois : la conscription a fait le socle des Français pendant un siècle.

Ce qui nous menace. Un serment réservé aux seuls étrangers serait un soupçon institutionnalisé, l’inverse de l’assimilation. Et une citoyenneté sans solennité devient une formalité administrative que nul ne chérit.

Ce que nous ferons. À dix-huit ans, chaque Français (tous, sans exception, de Neuilly à Vaulx-en-Velin !) prononcera le serment républicain lors d’une cérémonie civique de majorité en mairie, avec remise de la carte d’électeur. Les mêmes mots, exactement, seront prononcés à chaque naturalisation. Le serment est déclaratif : nul natif ne peut perdre sa nationalité faute de l’avoir prêté. Coût : moins de dix millions d’euros par an -l’une des mesures les moins chères du livre.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : ceux qui voulaient un serment-examen réservé aux étrangers, et ceux pour qui toute solennité est ringarde. Y gagnent : les jeunes Français, dotés d’un rite de passage ; les naturalisés, qui prêtent le même serment que tout le monde -même serment, même dignité.

Pourquoi tout le monde y gagne. Un rite partagé ne coûte presque rien et fabrique de l’appartenance. Seul, il serait un geste ; adossé au service civique qui suit, il devient un rite de passage républicain durable.

Les chiffres. Coût : moins de 10 millions d’euros par an — l’une des mesures les moins chères du livre. Rapport : un rite partagé fabrique de l’appartenance pour presque rien, adossé au service civique qui suit. Inaction : une citoyenneté sans solennité, réduite à une carte d’électeur reçue par la poste. Trajectoire : négligeable pour la dette. Concrètement : à 18 ans, chaque Français — de Neuilly à Vaulx-en-Velin — prête en mairie le serment républicain, les mêmes mots qu’à chaque naturalisation ; déclaratif, sans déchéance possible pour les natifs.

Proposition 44 — Trois mois sous le même drapeau : le service civique universel

Ce qui existe. La conscription obligatoire a été abolie en 1997. Le service national universel lancé en 2019 a été abandonné — volontaire, coûteux par tête, jamais généralisé, sans pilotage —, et il subsiste un service civique facultatif (créé en 2010), précieux mais marginal. Surtout, un fait nouveau : un service national volontaire et militaire de dix mois est lancé à l’été 2026, qui vise 3 000 jeunes en 2026 et 50 000 par an en 2035. Utile — mais il ne brassera jamais qu’une minorité de volontaires.

Ce que l’on constate. Depuis la fin de la conscription, aucune institution ne mélange plus physiquement les jeunes d’une génération — 800 000 par classe d’âge. Pendant ce temps, les écrans fragmentent les imaginaires : des jeunes du même pays ne se croisent plus jamais.

Ce qui nous menace. Une génération qui ne se rencontre pas apprend à se craindre. La fragmentation coûte cher : en défiance, en points de croissance, en émeutes.

Ce que nous ferons. Là où le nouveau service militaire volontaire brassera 50 000 jeunes, nous les voulons tous : un service civique obligatoire pour tous, filles et garçons, de trois mois, modulable — sécurité civile, hôpital, grand âge, écoles, armées — avec une part en résidence et une mixité sociale et territoriale organisée. Les deux sont complémentaires : l’un, militaire et volontaire, forme une réserve ; l’autre, civique et universel, soude une génération entière. Coût en régime de croisière : environ trois milliards d’euros par an, en partie compensés par la valeur sociale produite. Et une honnêteté de calendrier : lancement à partir de 2030, si et seulement si la trajectoire budgétaire le permet — les premières années du mandat sont réservées à la création de richesse. D’ici là, préparation de la logistique avec l’Agence du service civique existante — aucune structure nouvelle. Nous ne promettrons pas la généralisation avant d’avoir construit les fondations : c’est très exactement la faute qui a tué le service national universel.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : le budget, qui assume trois milliards ; et les jeunes y « perdent » trois mois — comme on perd trois mois à apprendre à nager. Y gagnent : les pompiers, les maisons de retraite, les écoles ; et chaque jeune, qui aura servi et rencontré son pays en entier.

Pourquoi tout le monde y gagne. C’est la seule politique qui mélange physiquement toute une génération — moins d’un dixième de point de richesse nationale pour réparer ce que les algorithmes défont. La cohésion n’est pas une dépense : c’est l’investissement dont tout le reste dépend.

Les chiffres. Coût : environ 3 milliards d’euros par an en régime de croisière (moins d’un dixième de point de richesse nationale), en partie compensés par la valeur sociale produite ; lancement seulement à partir de 2030 et si la trajectoire le permet. Rapport : la seule politique qui mélange physiquement toute une génération — 800 000 jeunes par classe d’âge. Inaction : une génération qui ne se croise plus apprend à se craindre — la fragmentation se paie en défiance, en croissance, en émeutes. Trajectoire : +3 milliards à partir de 2030, la création de richesse d’abord. Concrètement : Macron lance en 2026 un service volontaire et militaire de 50 000 jeunes à terme ; nous, un service civique universel de 800 000 — sans structure nouvelle, l’Agence du service civique existe déjà.

Proposition 45 — Un Code de la laïcité : tout ce que la loi peut faire, la loi le fera

Ce qui existe. Un directeur d’école doit jongler avec sept sources de droit différentes : loi de 1905, loi de 2004, loi de 2021, jurisprudences. L’interdiction des abayas repose sur une simple note de service. Les menus de cantine se décident commune par commune, contentieux par contentieux.

Ce que l’on constate. Les enquêtes le répètent : une majorité d’enseignants s’autocensurent sur la laïcité. Les atteintes signalées à l’école augmentent depuis 2022.

Ce qui nous menace. Une laïcité illisible est une laïcité désarmée : chaque rentrée apporte son conflit, et chaque conflit son renoncement.

Ce que nous ferons. Premier panier : ce que la loi peut faire, elle le fera, dans les douze premiers mois. Un Code de la laïcité fusionnera les textes épars. L’interdiction des abayas sera consolidée dans la loi. Dans toutes les cantines publiques : un menu unique laïque et une alternative végétarienne quotidienne ; personne ne mange ce que sa conscience refuse, personne n’obtient un menu estampillé religieux. La neutralité s’étendra aux accompagnateurs scolaires en situation d’enseignement. Les tests de langue et de culture pour la naturalisation seront renforcés. Cible : moitié moins d’atteintes signalées à l’école en cinq ans. Aucune de ces règles ne nomme une religion ; aucune n’en vise une. Et nous disons aussi ce que nous refusons : ni police du vêtement dans la rue, ni remise en cause du droit du sol.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les entrepreneurs de provocation, de tous les bords ; et le confort du cas par cas. Y gagnent : les directeurs d’école, les enseignants (enfin couverts par une règle claire), et les élèves, rendus à l’étude.

Pourquoi tout le monde y gagne. La loi de 2004 l’a prouvé : le conflit a disparu des écoles en deux ans, et ses opposants d’alors le reconnaissent. Une règle nette protège d’abord ceux qu’on prétendait viser.

Les chiffres. Coût : marginal — un travail législatif, pas une dépense. Rapport : une laïcité lisible est une laïcité appliquée — la loi de 2004 a fait disparaître le conflit des écoles en deux ans. Inaction : une majorité d’enseignants qui s’autocensurent, et des atteintes signalées en hausse depuis 2022. Trajectoire : neutre pour la dette. Concrètement : un Code de la laïcité dans les douze premiers mois, l’interdiction des abayas consolidée dans la loi, un menu unique avec alternative végétarienne quotidienne — aucune règle ne nomme une religion ; cible : moitié moins d’atteintes en cinq ans.

Proposition 46 — L’université et l’argent des cultes : dire le droit, puis le changer

Ce qui existe. À l’université, les étudiants sont des usagers majeurs : les signes religieux y sont licites. Les financements étrangers des cultes ne sont soumis qu’à un régime déclaratif. Les rapports du Sénat documentent depuis des années l’argent d’États étrangers dans des lieux de culte français.

Ce que l’on constate. Deux mesures populaires sont promises à chaque élection — et toutes deux sont juridiquement piégées. Une interdiction générale des signes religieux sur les campus serait très probablement censurée. Une interdiction totale des financements étrangers heurterait la libre circulation des capitaux, qui s’applique aussi aux pays tiers : la Cour de justice de l’Union a censuré la Hongrie pour une loi semblable en 2020.

Ce qui nous menace. Promettre l’impossible, perdre devant le juge, et nourrir le récit de l’impuissance publique — le pire service à rendre à la laïcité.

Ce que nous ferons. Trois paniers, honnêtement étiquetés. Ce que la loi peut : à l’université, la neutralité s’imposera dans les situations d’enseignement et d’examen — la ligne du Conseil d’État. Ce qui exige une modification de la Constitution : l’interdiction générale sur les campus passera par une révision constitutionnelle, que nous proposerons en le disant. Ce qui se négocie à Bruxelles : les financements des cultes par des États étrangers et leurs relais seront soumis à autorisation préalable au titre de l’ordre public, plafonnés, conditionnés à la réciprocité -un État qui interdit les églises chez lui ne financera pas de lieux de culte en France- et à une transparence intégrale, sous peine de dissolution. Tous les nouveaux ministres du culte seront formés en France.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les puissances étrangères qui achetaient de l’influence, et les démagogues qui promettent l’inconstitutionnel. Y gagnent : les cultes eux-mêmes, rendus à leur indépendance, et leurs fidèles.

Pourquoi tout le monde y gagne. Une règle qui survit au juge protège mieux que dix proclamations annulées. La fermeté n’est pas le bruit qu’on fait : c’est le droit qui tient.

Les chiffres. Coût : marginal — du droit et de la négociation, pas de la dépense. Rapport : une règle qui survit au juge protège mieux que dix proclamations annulées, et l’on assèche les financements étrangers d’influence. Inaction : promettre l’impossible, perdre devant le juge, nourrir le récit de l’impuissance publique. Trajectoire : neutre pour la dette. Concrètement : trois paniers étiquetés — neutralité en cours et examen (loi), interdiction générale sur les campus (révision constitutionnelle annoncée), financements des cultes sous autorisation et réciprocité (négociés à Bruxelles).

Proposition 47 — Le refus du jeu commun aura un prix

Ce qui existe. Les contrats d’engagement républicain de 2021 ont produit peu de contentieux et des effets modestes. Les sanctions du séparatisme sont éparses, lentes, rarement appliquées.

Ce que l’on constate. L’immense majorité des Français de toutes origines joue le jeu commun. Une petite minorité organise la sécession : fraude aux prestations, polygamie, certificats de virginité, refus des institutions de la République.

Ce qui nous menace. L’impunité du communautarisme décourage précisément ceux qui s’assimilent. Chaque renoncement fabrique du ressentiment des deux côtés — chez ceux qui respectent la règle comme chez ceux qui la regardent céder.

Ce que nous ferons. Les manquements objectifs au jeu commun (fraude avérée, refus du service civique, polygamie, certificats de virginité) entraîneront la suspension d’aides publiques ; pour les plus graves, la suspension de droits civiques, prononcée par le juge. Jamais pour un comportement religieux licite : la règle est aveugle au culte, elle sanctionne des actes, pas des appartenances. C’est ce qui nous sépare de ceux qui assignent chaque citoyen à sa religion supposée.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les fraudeurs et les entrepreneurs de sécession — quelle que soit leur bannière. Y gagnent : ceux qui jouent le jeu, et d’abord dans les quartiers populaires, premiers otages du communautarisme et premiers demandeurs de la règle commune.

Pourquoi tout le monde y gagne. La fermeté sur les actes achète la paix sur les croyances. Quand la règle s’applique vraiment, et à tous, plus personne n’a besoin de se demander d’où viennent les Français.

Les chiffres. Coût : nul, voire une économie — la suspension d’aides publiques aux fraudeurs avérés. Rapport : la sanction des actes achète la paix sur les croyances ; l’impunité, elle, décourage ceux qui s’assimilent. Inaction : le séparatisme qui prospère, et le ressentiment des deux côtés. Trajectoire : neutre à positive pour la dette. Concrètement : fraude, polygamie, certificats de virginité, refus du service civique → suspension d’aides, et de droits civiques pour les plus graves (par le juge) — jamais pour un comportement religieux licite.

Proposition 48 — La diversité sur socle commun : langues régionales, talents accueillis, droit du sol maintenu

Ce qui existe. Les langues régionales survivent dans un statut fragile. Le débat sur l’immigration se résume à « plus » ou « moins », jamais à « qui » et « pour quoi faire ». Le droit du sol est attaqué à chaque saison médiatique.

Ce que l’on constate. La France manque de médecins, d’ingénieurs, de chercheurs, d’étudiants qui paieront demain nos retraites. Et les pays qui ont fondé leur fermeté sur un critère d’origine (le Danemark et son critère « non occidental », aujourd’hui attaqué devant la justice européenne) ont gagné en dureté ce qu’ils ont perdu en universalisme. Ce modèle est inutilisable ici : notre Constitution l’interdit, et notre ligne le refuse.

Ce qui nous menace. Ethniciser le débat, c’est tout perdre à la fois : les talents qui iront ailleurs, et la concorde qui ne reviendra pas.

Ce que nous ferons. Les langues régionales seront promues -le breton n’a jamais empêché d’être français, il l’a souvent aidé. L’immigration économique et étudiante sera promue, sans quotas mais avec une priorité aux francophones. Le droit du sol sera maintenu. La double nationalité restera ouverte aux étrangers venus de l’étranger ; le regroupement familial sera soumis à conditions. L’équation entière du chapitre tient en une phrase : assimilation exigeante pour tous, ouverture choisie pour ceux qui viennent.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les partisans de la fermeture, qui privent le pays de forces vives ; et les marchands de fragmentation, qui vivent de la peur. Y gagnent : l’économie, les universités, les hôpitaux, les territoires ; et la langue française, qui grandit de toutes ses voix.

Pourquoi tout le monde y gagne. Une culture commune n’est pas l’ennemie de la diversité : elle est sa condition. C’est parce que le socle est solide qu’on peut y danser de toutes les manières et y aimer la langue de toutes les époques, d’Aya Nakamura à Rabelais.

Les chiffres. Coût : nul en propre — une doctrine d’équilibre. Rapport : l’immigration économique et étudiante apporte les médecins, ingénieurs et cotisants de demain (chapitre XV) ; droit du sol et langues régionales maintenus préservent la concorde. Inaction : ethniciser le débat, c’est tout perdre — les talents qui partent et la concorde qui ne revient pas (le modèle danois « non occidental », attaqué devant la justice européenne). Trajectoire : neutre pour la dette, effet positif via l’immigration choisie. Concrètement : assimilation exigeante pour tous, ouverture choisie pour ceux qui viennent — droit du sol maintenu, regroupement familial sous conditions, priorité aux francophones.

Proposition 73 — La politesse est un bien public : intransigeance pour l’incivilité

Ce qui existe. Une tolérance devenue habitude : le conducteur qui s’engage au vert en sachant qu’il bloquera le carrefour, la visioconférence imposée à tout un wagon, l’adulte qui double un enfant à la boulangerie, le resquilleur érigé en malin et l’agent qui fait respecter la règle, moqué en zélé. Aucun de ces gestes n’est un crime ; leur somme est une défaite collégiale.

Ce que l’on constate. L’incivilité n’est pas une fatalité culturelle : c’est un apprentissage du laxisme. On n’a pas appris aux gens à défier la bienséance mais on a cessé, collectivement, de la défendre. Et chaque incivilité tolérée en enseigne dix autres : c’est la vitre brisée appliquée au quotidien.

Ce qui nous menace. Une société où l’on ne peut plus oublier son sac cinq minutes sur un banc, où le gardien de l’ordre est un naze et le fraudeur un héros, soit une société qui a inversé ses modèles. La violence des casseurs dans les fêtes populaires n’est que l’étage supérieur du même immeuble.

Ce que nous ferons. Une gradation assumée, dans cet ordre et sans sauter d’étape : l’apprentissage -à la maison, à l’école (le socle civique du chapitre I), dans l’espace public ; le rappel, la norme dite à voix haute, par la signalétique, par les agents, par chacun (« il y a du monde, on se lève ») ; puis la sanction (des amendes systématiques, dissuasives et recouvrées) pour le stationnement en triple file, le tapage dans les transports, l’occupation des halls d’immeubles. Quand l’incivilité coûtera plus cher qu’elle ne rapporte en confort, elle cessera d’être cool. Et nous dirons notre fierté de la force citoyenne tranquille comme celle qui, à Villeurbanne en 2024, a vu le bon sens commun faire plier l’intimidation des trafiquants : la République, c’est aussi des habitants qui ne baissent pas les yeux parce qu’ils veulent vivre ensemble en paix.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : ceux qui vivaient du confort de l’impunité minuscule. Y gagnent : tous les autres — c’est-à-dire l’immense majorité silencieuse qui subit, et d’abord les plus modestes, premiers usagers des transports, des halls et de l’espace public.

Pourquoi tout le monde y gagne. La politesse est la forme quotidienne de la confiance, et la confiance est un capital économique : elle fait baisser le coût de tout (surveillance, vandalisme, assurances, contrôles). Le pays où l’on retrouve son sac sur le banc est aussi celui où l’on investit, où l’on embauche, où l’on vit mieux. La grandeur d’une nation commence à la file d’attente de la boulangerie.

Les chiffres. Coût : nul, voire une recette — des amendes systématiques et recouvrées. Rapport : la politesse est un capital économique — elle fait baisser le coût de tout : surveillance, vandalisme, assurances, contrôles. Inaction : la vitre brisée appliquée au quotidien — une société qui inverse ses modèles, le fraudeur en héros et l’agent en zélé. Trajectoire : neutre à positive pour la dette. Concrètement : apprentissage, rappel, puis amendes dissuasives (triple file, tapage, halls d’immeubles) ; à Villeurbanne en 2024, le bon sens commun a fait plier l’intimidation des trafiquants.

Proposition 126 — La Corse, aimée sans exception : la différenciation, jamais l’autonomie

Ce qui existe. Une révision constitutionnelle « pour une Corse autonome au sein de la République », adoptée par l’Assemblée nationale en juin 2026, inscrirait dans notre loi fondamentale une « communauté insulaire » dotée d’un « lien singulier à la terre corse » et d’un pouvoir législatif propre, dont l’étendue serait renvoyée à une loi organique. Le chemin reste long : pour aboutir, le texte doit être voté dans les mêmes termes par le Sénat où la majorité y est ouvertement hostile, avant d’être ratifié par les trois cinquièmes du Congrès ou par référendum. Rien n’est acquis.

Ce que l’on constate. La Corse n’a pas besoin d’une exception : elle a besoin d’attention. Vie chère, foncier confisqué par la spéculation, jeunesse qui s’exile faute de pouvoir se loger, économie sous perfusion touristique, et par-dessus tous des clans, des règlements de comptes et des attentats que l’on n’élucide jamais : voilà ses vraies plaies, et aucune n’a pour remède une ligne de plus dans la Constitution. Graver un « lien à la terre » dans le marbre, c’est importer dans le droit français une catégorie d’appartenance que ce livre récuse à chaque page : la République est aveugle aux origines, y compris insulaires.

Ce qui nous menace. Une République qui consent une exception en consentira dix : ce qu’on accorde à l’insularité corse sera réclamé, à bon droit, par la Bretagne, le Pays basque, l’Alsace, l’outre-mer, les Savoie. L’autonomie n’éteint pas le nationalisme — elle lui offre un marchepied et un guichet. Et une catégorie ethnique dans la Constitution n’est pas une digue qui tient : c’est une digue qui cède, lentement, dans le sens de la sécession.

Ce que nous ferons. Nous aimons la Corse trop pour lui mentir. Pas de statut constitutionnel distinct, pas de « peuple corse », pas de pouvoir législatif insulaire : la France est une et indivisible, et cette indivisibilité protège les Corses autant que les autres. Mais ce que nous refusons en droit, nous le donnons en moyens. La différenciation de droit commun — celle que l’article 72 ouvre déjà à toutes les collectivités — permettra à la Corse d’adapter les normes à l’insularité, du transport au foncier, de l’énergie à la langue, sans jamais sortir de la République. Nous porterons un plan corse : continuité territoriale rénovée, désenclavement énergétique et numérique, et guerre à la spéculation foncière — non par un statut de résident dérogatoire, qui serait une exception de plus, mais par les outils de droit commun applicables partout : taxation lourde des résidences secondaires, portage foncier public, transparence des acquisitions. Et fermeté absolue contre les clans : aucune paix ne se négocie sur du sang impuni. La langue corse sera promue comme toutes nos langues régionales : c’est un trésor, jamais un drapeau. Enfin, il faut absolument que la Corse ne vive pas que de son tourisme qui l’asphyxie et qui pour autant en fait une destination chère avec un agacement des populations fort compréhensible ! Et pour cela il faut pousser les territoires d’excellence : les universités, les bassins d’innovation, les usines modernes doivent réinvestir le territoire et offrir des opportunités aux habitants des deux départements.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les nationalistes qui rêvent d’un État dans l’État, et les responsables nationaux tentés de troquer un bout de Constitution contre une paix électorale. Y gagnent : les Corses, qui reçoivent des moyens là où on leur promettait des symboles ; et la République, qui se prouve qu’on peut aimer un territoire sans le détacher du reste.

Pourquoi tout le monde y gagne. On ne tient pas un pays en distribuant des exceptions : on le tient en tenant parole, partout pareil. La Corse n’est pas moins française d’être singulière : elle l’est davantage. La différenciation donne ce que l’autonomie promet, l’adaptation au réel, sans le poison qu’elle dissimule : la sécession à petit feu.

Les chiffres. Coût : un plan corse (continuité territoriale, foncier, énergie, numérique) de l’ordre de quelques centaines de millions par an et surtout un embarquement du privé (le réseau de 5G, c’est un investissement privé qu’il va falloir pousser !), arbitré dans l’enveloppe territoires/outre-mer ; un redéploiement, pas une dépense nouvelle massive. Rapport : une île désenclavée et désintoxiquée de la spéculation retient sa jeunesse et son économie ; la fermeté sur les clans vaut mieux que toute amnistie déguisée. Inaction : une exception constitutionnelle qui en appelle d’autres, un nationalisme nourri au lieu d’être désarmé. Trajectoire : neutre pour la dette (redéploiement). Concrètement : ni autonomie ni statut distinct ; la différenciation de l’article 72 (transport, foncier, énergie, langue), un plan d’investissement et de sécurité, la spéculation combattue par le droit commun, la langue promue comme trésor et non comme drapeau.

CHAPITRE XIV — JUSTICE ET SÉCURITÉ

Le vrai laxisme, ce n’est pas la peine trop douce : c’est la peine jamais exécutée. La France a voté cinq lois de sécurité et de justice en huit ans, et la certitude de la sanction n’a pas progressé d’un pouce. Nous ne proposerons pas une sixième loi d’émotion. Nous proposons autre chose : que chaque acte reçoive une réponse, vite, à chaque fois -et que cette réponse éduque autant qu’elle punit. La fermeté qui marche n’est pas la plus bruyante ; c’est la plus certaine.

Proposition 33 — Tolérance zéro : casseurs, violeurs, violences faites aux femmes et aux enfants

Ce qui existe. Trois impunités installées. Le casseur interpellé ressort sans payer ce qu’il a détruit. Le violeur, lui, n’est presque jamais condamné : selon l’Institut des politiques publiques, environ quatre-vingt-quatorze pour cent des plaintes pour viol finissent classées sans suite ou sans condamnation. Quant aux violences conjugales et familiales, les lois s’empilent pendant que les ordonnances de protection arrivent trop tard.

Ce que l’on constate. Toute la recherche le démontre, et l’expérience espagnole le confirme : ce qui dissuade, ce n’est pas la sévérité affichée, c’est la certitude et la rapidité de la sanction. L’Espagne a créé en 2004 des juridictions spécialisées contre les violences faites aux femmes, généralisé le bracelet anti-rapprochement : les féminicides y ont baissé, dans un consensus qui a traversé les alternances politiques.

Ce qui nous menace. Quand l’État ne protège ni les vitrines, ni les femmes, ni les enfants, ni les quartiers, ni les transports, chacun en tire la leçon : les uns que tout est permis, les autres que porter plainte ne sert à rien. C’est ainsi qu’une société se défait.

Ce que nous ferons. Pour les casseurs : interpellation systématique, comparution rapide, réparation financière intégrale des dégâts par les condamnés, et interdiction judiciaire -non administrative, le Conseil constitutionnel l’a exigé- de manifester. Pour les violeurs : fin des réductions de peine automatiques pour les crimes sexuels, traitement prioritaire du stock de plaintes avec l’objectif minimum de diviser par deux le délai entre la plainte et le jugement. Pour les violences faites aux femmes et aux enfants : juridictions spécialisées généralisées sur le modèle espagnol ; des chambres à moyens redéployés, pas une administration nouvelle, bracelet anti-rapprochement dès la première condamnation, de mille bracelets actifs aujourd’hui à trois mille, ordonnance de protection en vingt-quatre heures, éviction systématique du conjoint violent.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les casseurs, qui paieront ; les agresseurs, qui exécuteront ; le confort statistique du classement sans suite. Y gagnent : les victimes, les commerçants, les manifestants pacifiques que les casseurs déshonorent.

Pourquoi tout le monde y gagne. La certitude de la peine protège aussi celui qui ne l’a pas encore commise : elle dissuade avant de punir. Une justice qui répond à chaque fois est une justice qui a, à la fin, moins à punir.

Les chiffres. Coût : compris dans le levier « justice-police » du moteur (+2,5 milliards à terme) — juridictions spécialisées à moyens redéployés, passage de 1 000 à 3 000 bracelets anti-rapprochement. Rapport : ce qui dissuade n’est pas la sévérité affichée mais la certitude et la rapidité — l’Espagne, juridictions dédiées dès 2004, a fait baisser les féminicides. Inaction : environ 94 % des plaintes pour viol classées sans suite (IPP), des casseurs impunis, des ordonnances de protection trop tardives. Trajectoire : dépense modérée (levier justice). Concrètement : interpellation systématique des casseurs et réparation intégrale des dégâts, fin des réductions automatiques pour crimes sexuels, ordonnance de protection en 24 heures.

Proposition 34 — Une justice des mineurs qui punit réellement -et constitutionnellement

Ce qui existe. Le principe d’atténuation de la responsabilité pénale des mineurs est un verrou constitutionnel : la décision de 2002 en a fait un principe fondamental de la République, et celle du 19 juin 2025 a censuré la loi qui prétendait inverser l’excuse de minorité pour les seize-dix-huit ans récidivistes. Ceux qui promettent sa suppression promettent une censure : ils le savent.

Ce que l’on constate. La délinquance des mineurs est moins nombreuse mais plus violente et plus jeune ; de 3 à 5% des mineurs concentrent environ la moitié des faits. Et le premier acte reste trop souvent sans réponse — or c’est au premier acte que tout se joue.

Ce qui nous menace. Continuer le théâtre actuel : la surenchère verbale, la censure, le sentiment d’impunité intact — et faire ce cela un cadeau renouvelé aux extrêmes à chaque fait divers.

Ce que nous ferons. Nous emprunterons la porte que le Conseil constitutionnel a lui-même laissée ouverte. Réponse pénale systématique dès le premier acte : réparation, travail d’intérêt général adapté, encadrement -fin du classement sec. Motivation obligatoire de l’application de l’excuse de minorité pour les seize-dix-huit ans récidivistes sur les délits graves : le juge garde sa pleine liberté, mais il s’explique — c’est l’individualisation comme outil de fermeté, à la manière des Pays-Bas. Application pleine de la responsabilisation parentale validée en 2025. Et une règle d’airain : aucune peine de mineur prononcée ne restera inexécutée plus de trois mois, tableau de bord public par juridiction.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les démagogues de la suppression impossible, et le petit noyau de multirécidivistes qui prospérait sur l’absence de réponse. Y gagnent : les victimes, les mineurs eux-mêmes — arrêtés au premier acte plutôt que perdus au dixième —, et l’État de droit, qui prouve qu’on peut être ferme sans être censuré.

Pourquoi tout le monde y gagne. Le Royaume-Uni a essayé la sévérité pure : incarcération massive, environ 70% de récidive, marche arrière. La certitude précoce, elle, casse les carrières délinquantes avant qu’elles ne commencent. Punir vite et éduquer vraiment : c’est la seule fermeté qui ait jamais fonctionné.

Les chiffres. Coût : compris dans le levier justice. Rapport : la certitude précoce casse les carrières délinquantes — le Royaume-Uni a tenté la sévérité pure (70 % de récidive) et fait marche arrière. Inaction : la surenchère verbale, la censure, l’impunité intacte — un cadeau aux extrêmes à chaque fait divers. Trajectoire : dépense modérée. Concrètement : 3 à 5 % des mineurs concentrent la moitié des faits ; réponse pénale dès le premier acte, motivation de l’excuse de minorité pour les 16-18 ans récidivistes, aucune peine inexécutée plus de trois mois.

Proposition 35 — Cinquante centres éducatifs fermés, avec l’école ‘dedans’

Ce qui existe. La France compte une cinquantaine de centres éducatifs fermés. Entre le rappel à la loi qui ne pèse rien et la prison qui fabrique de la récidive, la réponse intermédiaire manque et les juges le savent, eux qui n’ont souvent le choix qu’entre trop ou trop peu.

Ce que l’on constate. Les centres actuels affichent près de 50% de récidive quand le contenu éducatif est faible ou absent. Le béton seul ne corrige personne : un centre fermé sans école est une antichambre de prison.

Ce qui nous menace. Sans alternative crédible, la pression montera pour incarcérer des mineurs ; c’est la voie britannique, dont on connaît le résultat : récidive massive, coût exorbitant, marche arrière penaude.

Ce que nous ferons. Cinquante centres éducatifs fermés supplémentaires — le parc doublé, six cents places nouvelles —, pour cent vingt-cinq millions d’euros d’investissement et environ deux cent quatre-vingts millions d’euros par an de fonctionnement pour l’ensemble du dispositif. Chaque place nouvelle sera conditionnée à un volet scolaire et professionnel obligatoire : enseignants détachés, plateaux techniques, remise à niveau. Et chaque centre sera audité sur la récidive de ses sortants à deux ans, résultat publié : un centre qui ne réinsère pas, ferme. Nous appliquons à nos propres mesures le couperet que nous promettons aux autres.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : on ne le cache pas, les mineurs concernés perdent leur liberté d’aller et venir — c’est le sens de la peine ; et les dispositifs sans résultats, qui fermeront. Y gagnent : les quartiers soulagés de leurs noyaux durs, les juges dotés d’une vraie palette, et les jeunes eux-mêmes, qui ressortent avec un niveau scolaire au lieu d’un réseau carcéral.

Pourquoi tout le monde y gagne. Un mineur réinséré, ce sont des décennies de délits évités, de victimes épargnées, de prison économisée. La punition sans école est un abandon ; l’école dans la punition est un investissement.

Les chiffres. Coût : 125 millions d’investissement et environ 280 millions par an de fonctionnement pour le doublement du parc (50 centres de plus, 600 places). Rapport : un mineur réinséré, ce sont des décennies de délits, de victimes et de prison évitées. Inaction : des centres actuels à ~50 % de récidive quand le contenu éducatif manque — le béton seul ne corrige personne. Trajectoire : dépense ciblée, auditée sur la récidive à deux ans. Concrètement : 50 centres éducatifs fermés de plus, avec l’école dedans — un centre qui ne réinsère pas ferme.

Proposition 36 — Une police mieux équipée, spécialisée, et payée pour ses heures

Ce qui existe. Des policiers et des gendarmes qui accumulent des heures supplémentaires jamais payées, des équipements et des véhicules vieillis, des commissariats indignes et une organisation qui demande à chacun de tout faire, c’est-à-dire de ne rien faire à fond. Le terreau pour les bavures, les erreurs, les suicides, les burn-outs… que sais-je encore.

Ce que l’on constate. Le temps policier est dévoré par la procédure et les tâches indues. La délinquance s’est spécialisée (stupéfiants, cybercriminalité, violences intrafamiliales, prédation sexuelle) pendant que la police restait généraliste. On n’envoie pas le même savoir-faire sur un trafic international que sur un différend de voisinage.

Ce qui nous menace. Une police démoralisée face à une criminalité professionnalisée : le rapport de forces s’inverse, le terrain se perd, et les habitants des quartiers populaires, premières victimes de l’insécurité, en paient le prix avant tous les autres.

Ce que nous ferons. Trois engagements simples. Les heures supplémentaires seront payées : un État qui ne paie pas ce qu’il doit à ses policiers n’a pas de leçons à donner. L’équipement sera remis à niveau au cours du quinquennat, du véhicule au numérique de terrain en passant par l’IA. Et la spécialisation deviendra la règle : des filières d’enquête dédiées (violences intrafamiliales, stupéfiants, cybercriminalité, pédocriminalité…) avec les carrières et les formations qui vont avec, plutôt qu’une police générique usée à tout couvrir. La procédure sera allégée et déchargée sur l’intelligence artificielle partout où elle le peut.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : la dette d’heures que l’État faisait porter à ses agents, et la bureaucratie policière qui produisait du formulaire au lieu de l’enquête. Y gagnent : les policiers et gendarmes, payés et considérés ; les victimes, face à des enquêteurs qui connaissent leur matière ; les délinquants organisés y perdent, eux, leur avance.

Pourquoi tout le monde y gagne. Une police spécialisée élucide plus, donc dissuade plus, donc intervient moins. Le respect commence par la fiche de paie ; l’efficacité, par le savoir-faire.

Les chiffres. Coût : compris dans le levier justice-police (+2,5 milliards) — heures supplémentaires payées, équipement remis à niveau. Rapport : une police spécialisée élucide plus, donc dissuade plus, donc intervient moins. Inaction : une police démoralisée et généraliste face à une criminalité professionnalisée — bavures, burn-outs, terrain perdu. Trajectoire : dépense en partie compensée par l’efficacité. Concrètement : heures supplémentaires enfin payées, filières d’enquête dédiées (stupéfiants, violences intrafamiliales, cybercriminalité), procédure allégée par l’intelligence artificielle.

Proposition 37 — Plus jamais un enfant oublié : l’intelligence artificielle au service de la protection

Ce qui existe. L’école savait. Les services sociaux savaient. L’hôpital savait. La justice savait. Chacun savait un morceau, personne ne savait tout et une petite fille nommée Lyhanna est morte dans les interstices de fichiers qui ne se parlaient pas. Son cas n’est pas isolé : il est le symptôme d’un État en silos. On parle de bavure humaine, de fautes, de graves manquements. Pointer des coupables, on sait faire. Maintenant, il faut des solutions pour que ça ne puisse plus arriver !

Ce que l’on constate. Les signaux existaient ; ils dormaient dans des bases séparées. La technologie qui les croise existe aussi. Ce qui manque n’est jamais technique : c’est une décision, une doctrine, et le courage d’affronter les cloisonnements administratifs.

Ce qui nous menace. D’autres Lyhanna. Chaque année où les fichiers s’ignorent, des enfants en danger restent invisibles alors que toutes les pièces du puzzle sont déjà dans les mains de l’État.

Ce que nous ferons. Un système national de croisement des signalements -école, aide sociale à l’enfance, hôpital, police, justice- porté par une intelligence artificielle souveraine, développée avec les champions français du domaine, qui alerte un humain dès que des signaux convergent sur un même enfant ou que des faisceaux concordants visent un même présumé coupable. Décision humaine toujours ; cécité administrative jamais. Et un garde-fou gravé dans la loi : ce système servira à protéger les personnes, pas à surveiller la population : finalités limitées, contrôle indépendant, protection verrouillée contre tout détournement politique futur. Pas de 1984 mais des vies sauvées.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les féodalités administratives qui régnaient chacune sur son fichier, et les maltraitants que le cloisonnement protégeait. Y gagnent : les enfants en danger, les travailleurs sociaux et les enseignants enfin entendus, les juges éclairés à temps.

Pourquoi tout le monde y gagne. L’État dépense déjà tout l’argent nécessaire pour savoir ; il lui manque seulement de relier ce qu’il sait. C’est la réforme au rapport le plus bouleversant de ce livre : quelques fichiers connectés, des vies d’enfants sauvées. Qu’aucune petite Lyhanna ne soit plus jamais oubliée.

Les chiffres. Coût : faible — le croisement de fichiers qui existent déjà. Rapport : le rapport le plus bouleversant du livre — quelques fichiers connectés, des vies d’enfants sauvées. Inaction : d’autres Lyhanna, mortes dans les interstices de bases qui ne se parlent pas, alors que l’État avait déjà toutes les pièces du puzzle. Trajectoire : marginal pour la dette. Concrètement : croisement école-aide sociale-hôpital-police-justice, alerte à un humain dès que les signaux convergent, garde-fou gravé dans la loi contre toute dérive de surveillance.

Proposition 74 — Légaliser le cannabis, le taxer, et flécher chaque euro contre les trafics

Ce qui existe. Cinquante ans de prohibition, des millions de consommateurs, des points de deal dans chaque ville, des mineurs employés comme guetteurs, et des forces de l’ordre épuisées à poursuivre des fumeurs pendant que les réseaux prospèrent. La France a la législation la plus dure d’Europe occidentale tout en maintenant l’une des consommations les plus élevées du continent.

Ce que l’on constate. La prohibition du cannabis a échoué en tout : ni la consommation n’a baissé, ni les trafics n’ont reculé, ni les quartiers n’ont été protégés. Elle offre aux réseaux un marché captif de plusieurs milliards et aux adolescents des banlieues un « commerce d’opportunité » qui les happe avant le premier emploi. Des usagers simples encombrent les tribunaux quand des violeurs attendent leur procès : nous marchons sur la tête.

Ce qui nous menace. La poursuite de l’absurde : des moyens publics dilapidés sur la mauvaise cible, des générations de jeunes criminalisées pour rien, et des réseaux toujours plus riches qui réinvestissent dans les drogues dures et la corruption.

Ce que nous ferons. Légaliser le cannabis et l’herbe : production licite et tracée -une filière agricole française. La vente régulée, interdiction stricte aux mineurs (cf tabac), prévention massive — exactement la règle que nous appliquons au tabac et à l’alcool : mineurs protégés, étiquetage-vérité, publicité encadrée, taxe fléchée vers la prévention, et objectif assumé de baisse de la consommation (proposition 139). Taxation à bonne hauteur, et chaque euro de cette taxe fléché, par une loi, vers la lutte contre le grand banditisme et les drogues dures. Avec une lucidité de méthode que nos voisins nous ont apprise : les Pays-Bas, qui ont toléré la vente sans légaliser la production, ont offert cette production au crime organisé — nous légaliserons donc toute la chaîne, du champ au comptoir, comme l’ont fait le Canada et désormais l’Allemagne. À ceux qui s’indigneront, nous répondrons par une question : préférez-vous que ces milliards financent la République ou les réseaux ?

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les trafiquants, privés de leur produit d’appel et de leur trésorerie ; et les guetteurs de quinze ans, privés d’un « métier » qui les détruisait et c’est une perte que nous revendiquons. Y gagnent : les quartiers libérés des points de deal, la police recentrée sur ce qui compte, la santé publique (un produit contrôlé plutôt que coupé), l’agriculture française, et le contribuable.

Pourquoi tout le monde y gagne. C’est le même raisonnement que tout ce livre : mettre l’argent et la force là où ils produisent. Un marché de plusieurs milliards sort de l’ombre, finance sa propre régulation et arme la guerre contre les vrais ennemis. La fermeté n’est pas dans la posture ; elle est dans le résultat.

Les chiffres. Coût : la régulation et la prévention, nettes dans le chiffre. Rapport : +2,5 milliards de recettes nettes à terme (fourchette CAE/OFDT : 2 à 3,2), fléchées par la loi vers la lutte contre le grand banditisme et les drogues dures. Inaction : la législation la plus dure d’Europe pour l’une des consommations les plus élevées — un marché de plusieurs milliards laissé au crime, des mineurs employés comme guetteurs. Trajectoire : +2,5 milliards de recettes (levier cannabis). Concrètement : une filière française tracée du champ au comptoir (modèle Canada/Allemagne, pas Pays-Bas), vente régulée interdite aux mineurs.

Proposition 75 — La traque, la vraie : contre les pourvoyeurs de drogues dures

Ce qui existe. La cocaïne arrive par tonnes dans nos ports, le crack ravage des rues entières, la méthamphétamine progresse, et les organisations criminelles mondialisées (celles qui corrompent dockers, agents et élus) disposent de moyens supérieurs à ceux des services qui les combattent.

Ce que l’on constate. Pendant que la puissance publique comptait les fumeurs de joints, le narcotrafic a changé d’échelle : il achète des ports, des silences et des vies. Les règlements de comptes tombent jusque dans les villes moyennes.

Ce qui nous menace. Ce que vivent déjà certains voisins : l’argent de la drogue qui s’infiltre dans l’économie légale, l’intimidation qui fait reculer l’État et les prémices d’un « narco-État ». C’est précisément pour l’éviter que la légalisation du cannabis ne sera jamais celle de la cocaïne, de l’héroïne, de la méthamphétamine ou du crack : sur celles-là, ce sera la guerre.

Ce que nous ferons. Tout se fera en concertation avec nos partenaires Européens qui eux-aussi, devront passer à la vitesse supérieure dans cette lutte continentale ! Chez nous, il nous faudra concentrer la force libérée par la légalisation : moyens d’enquête financiers massifs -c’est le portefeuille qui tue les réseaux, pas le flagrant délit- contrôle souverain des ports (scanners systématiques, criblage des personnels, rotation des équipes exposées), juridictions spécialisées, saisies et confiscations élargies des patrimoines, coopération européenne du renseignement criminel via le noyau du chapitre XVII, et protection renforcée des repentis, des enquêteurs et des élus menacés.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les organisations criminelles, attaquées simultanément sur leur marché d’appel (légalisé), leur logistique (les ports) et leur argent (les saisies). Y gagnent : les quartiers, les dockers honnêtes, les institutions, et les toxicomanes eux-mêmes -traités en malades à soigner, non en marché à exploiter.

Pourquoi tout le monde y gagne. Un État qui choisit ses guerres les gagne. En cessant la fausse guerre au cannabis, nous finançons la vraie — celle qui protège la République de ce qui pourrait, demain, la corrompre en profondeur.

Les chiffres. Coût : financé par la taxe sur le cannabis — la hausse de moyens est comptée dans le levier justice, sans dépense nouvelle nette. Rapport : c’est l’argent qui tue les réseaux (enquêtes financières, saisies de patrimoines), pas le flagrant délit. Inaction : les prémices d’un narco-État — la cocaïne par tonnes, l’argent dans l’économie légale, l’intimidation des élus jusque dans les villes moyennes. Trajectoire : redéploiement de la force libérée par la légalisation du cannabis. Concrètement : scanners systématiques des ports, criblage des personnels, saisies de patrimoines, coopération européenne, protection des repentis et des élus menacés.

La prison est le maillon où échouent toutes les autres politiques de sécurité : on y entasse sans trier, on y radicalise sans suivre, on en sort sans préparer. Une règle ordonne tout ce qui suit : la peine se mesure au danger, jamais à l’habitude — la cellule pour qui menace, autre chose pour les autres, et la réinsertion pour que la peine ne recommence pas.

Proposition 87 — Désengorger sans désarmer : la bonne peine au bon détenu

Ce qui existe. Près de quatre-vingt-neuf mille détenus pour soixante-trois mille places : une densité de 139 %, plus de sept mille cinq cents matelas posés à même le sol, des surveillants à bout. La France a été condamnée pour ses conditions de détention, et chaque année la population croît plus vite (+6%) que les places qu’on construit (1,5%).

Ce que l’on constate. Le plan de quinze mille places, sept ans après son lancement, n’en a livré qu’un tiers. Et l’on continue d’envoyer en maison d’arrêt, pour quelques semaines, des condamnés que la prison ne corrige pas mais abime, enfonce, aggrave : la courte peine sèche est une fabrique à récidive, et elle occupe de la place en cellule qu’il faudrait aux plus dangereux.

Ce qui nous menace. Une spirale connue : la surpopulation rend la détention indigne, l’indignité nourrit la violence et la radicalisation, et l’État finit condamné pour ce qu’il inflige autant que pour ce qu’il punit.

Ce que nous ferons. Deux leviers, et une règle. Construire vite et moins cher : des établissements modulaires livrés en dix-huit mois plutôt qu’en sept ans, là où le besoin est criant. Réduire le flux qui ne doit pas y être : pour le bas du spectre non dangereux (courtes peines, primo-délinquants) des alternatives fermes qui coûtent dix fois moins qu’une cellule et récidivent moins lorsqu’elles sont suivies : bracelet, travail d’intérêt général réellement exécuté, probation intensive, semi-liberté. La légalisation du cannabis (proposition 74) libérera de surcroît une part des 17,7 % de détenus incarcérés pour stupéfiants. Et la règle qui ordonne tout : la prison pour qui est dangereux, autre chose pour les autres -la peine se mesure au risque, pas à l’habitude.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : le réflexe du tout-carcéral, et le confort de croire qu’une cellule de plus vaut une politique. Y gagnent : les surveillants, qui retrouvent des conditions tenables ; le contribuable, qui cesse de payer jusqu’à 47 000 euros par an une détention qui aggrave ; et la sécurité elle-même, mieux servie par un dangereux bien gardé que par dix petits délinquants mal punis.

Pourquoi tout le monde y gagne. Une prison désengorgée est une prison qui peut enfin faire son métier : tenir les dangereux, réinsérer les autres. Le désengorgement n’est pas une faveur aux délinquants ; c’est la condition pour que la peine, enfin, serve à quelque chose.

Les chiffres. Coût : des places modulaires (3 000 livrables en 18 mois, contre sept ans pour du traditionnel) ; réduire le flux coûte moins que la cellule — 32 000 à 47 000 € par détenu et par an (budget pénitentiaire ~5,24 milliards). Rapport : pour le bas du spectre non dangereux, des alternatives dix fois moins chères qu’une cellule et qui récidivent moins. Inaction : 88 654 détenus pour 63 353 places (139 %), 7 500 matelas au sol, un État condamné pour ses conditions de détention. Trajectoire : maîtrise de la dépense pénitentiaire. Concrètement : la prison pour les dangereux, le bracelet, le travail d’intérêt général et la probation pour les autres — la légalisation du cannabis libérant une part des 17,7 % incarcérés pour stupéfiants.

Proposition 88 — Réinsérer par le travail et l’école : la peine qui ne recommence pas

Ce qui existe. Un tiers des sortants de prison récidive dans l’année, près des deux tiers dans les cinq ans. La détention occupe, surveille, parfois punit, mais elle prépare rarement la sortie. Et la sortie non préparée, ramène en cellule.

Ce que l’on constate. Un chiffre devrait clore le débat : la récidive à cinq ans tombe de 59 à 7% lorsque le sortant a été réellement accompagné (travail, formation, logement, soin). Le travail en détention n’est pas une faveur faite au détenu : c’est l’investissement le plus rentable de toute la politique pénale.

Ce qui nous menace. Continuer à libérer chaque année des dizaines de milliers de personnes sans métier, sans diplôme, sans toit et sans soin, et s’étonner qu’elles reviennent, avec de nouvelles victimes derrière elles.

Ce que nous ferons. Faire du travail et de l’école la règle de la détention, non l’exception. Généraliser les ateliers et les entreprises en prison (sur le modèle des établissements tournés vers l’emploi), l’enseignement et la remise à niveau, la prise en charge des addictions, et préparer la sortie dès l’entrée : pas de libération sans solution de logement et de suivi. Chaque établissement sera audité sur la récidive de ses sortants à deux ans, résultat publié : ce que nous exigeons des centres pour mineurs (proposition 35), nous l’exigeons de la prison adulte. Et le détenu qui travaille indemnisera ses victimes : la réparation fait partie de la peine.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : l’idée que la prison n’a qu’à enfermer, et l’oisiveté qui fait le lit de la violence et du prosélytisme. Y gagnent : les victimes futures qui n’existeront pas, les détenus rendus à une vie, et le contribuable — car chaque récidive évitée vaut une enquête, un procès et une cellule économisés.

Pourquoi tout le monde y gagne. La fermeté ne s’arrête pas à la porte de la cellule : elle s’y prolonge en exigence de réinsertion. Punir sans préparer la sortie, c’est programmer la prochaine victime. Réinsérer, c’est la seule sévérité qui protège durablement.

Les chiffres. Coût : le travail et la formation en détention, modéré. Rapport : la récidive à cinq ans tombe de 59 % à 7 % avec un accompagnement réel — la prévention la moins chère qui existe. Inaction : un tiers de récidive dans l’année, deux tiers à cinq ans, et de nouvelles victimes derrière. Trajectoire : chaque récidive évitée vaut une enquête, un procès et une cellule économisés. Concrètement : travail et école la règle, audit de la récidive à deux ans, réparation des victimes par le détenu qui travaille.

Proposition 89 — Haute sécurité : casser les réseaux pilotés depuis la cellule

Ce qui existe. En mai 2024, un fourgon pénitentiaire est mitraillé à un péage de l’Eure : deux surveillants tués, un narcotrafiquant en cavale. L’affaire a révélé ce que les professionnels savaient : nos prisons ordinaires ne sont pas faites pour les parrains de la criminalité organisée qui continuent, depuis leur cellule, à diriger leurs trafics par téléphone.

Ce que l’on constate. Le grand banditisme et le narcotrafic mondialisé ne produisent pas des délinquants comme les autres : ils disposent d’argent, d’armes, de complicités, et d’une logistique capable d’organiser une évasion sanglante ou de corrompre un agent. Les traiter dans le régime commun, c’est offrir au crime organisé une base arrière au cœur de l’État.

Ce qui nous menace. Des prisons qui deviennent des centres de commandement et de recrutement du trafic, des évasions qui humilient la République, et des personnels exposés faute de moyens à la hauteur.

Ce que nous ferons. Un régime de haute sécurité dédié aux têtes de réseau, sur le modèle de l’établissement de Vendin-le-Vieil : quartiers spécialisés, fouilles et surveillance renforcées, brouillage effectif des communications (couper le fil qui relie la cellule au trafic). Les transfèrements à risque seront supprimés autant que possible par la généralisation des audiences en visioconférence, et sécurisés par des convois renforcés quand ils sont inévitables : on ne déplacera plus un narcotrafiquant de premier plan sur une autoroute ouverte. Et les patrimoines criminels seront saisis et confisqués sans relâche : c’est l’argent qui tue les réseaux. Cette proposition est en lien direct avec la guerre aux drogues dures de la proposition 75.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les parrains qui régnaient sur leur trafic depuis leur cellule, et les complicités qui prospéraient sur la faiblesse du régime commun. Y gagnent : les surveillants, enfin protégés ; l’autorité de l’État, qui cesse d’être défiée ; et les quartiers, débarrassés de chefs que la prison ne neutralisait qu’à moitié.

Pourquoi tout le monde y gagne. Une poignée de détenus très dangereux concentre l’essentiel du risque carcéral. Les isoler vraiment, c’est rendre l’ensemble du système plus sûr — pour les personnels, pour les autres détenus, et pour le pays que ces réseaux menacent.

Les chiffres. Coût : des quartiers de haute sécurité, le brouillage des communications, les audiences en visioconférence — un investissement ciblé (levier justice). Rapport : une poignée de détenus très dangereux concentre l’essentiel du risque ; les isoler sécurise tout le système. Inaction : Amra, mai 2024 — un fourgon mitraillé, deux surveillants tués, et des trafics pilotés depuis la cellule. Trajectoire : dépense ciblée. Concrètement : modèle Vendin-le-Vieil, communications coupées, transfèrements supprimés par la visioconférence, patrimoines saisis.

Proposition 90 — La prison n’est pas une école du djihad : évaluer, isoler, ne jamais lâcher à la sortie

Ce qui existe. Plus de quatre cents détenus pour terrorisme islamiste, et plus de cinq cents détenus de droit commun repérés comme radicalisés, se côtoient dans nos prisons : où le prosélytisme trouve un public captif. Chaque année, certains sortent ; leur suivi se perd parfois entre l’administration pénitentiaire et le renseignement.

Ce que l’on constate. La prison est, partout en Europe, l’un des premiers lieux de radicalisation : le désœuvrement, la promiscuité, la quête de sens et la présence de recruteurs aguerris en font un terreau. Laisser un prédicateur radical au contact de jeunes détenus fragiles, c’est fabriquer les terroristes de demain à nos propres frais.

Ce qui nous menace. Le scénario que nous connaissons déjà : un sortant radicalisé, mal suivi, qui passe à l’acte et l’enquête qui révèle, après coup, que tout était su.

Ce que nous ferons. Généraliser l’évaluation systématique de la radicalisation à l’entrée et en cours de peine -les quartiers d’évaluation-, isoler les profils radicalisés du reste de la population pour briser le prosélytisme, et leur appliquer un régime dédié de prise en charge. Surtout, ne jamais lâcher à la sortie : chaque libération de détenu terroriste ou radicalisé sera anticipée des mois à l’avance, avec passage de relais formel au renseignement, inscription et mise à jour des fichiers de suivi, et mesures de contrôle administratif quand elles sont justifiées. Le fiché S dangereux ne disparaît pas dans la nature le jour où la grille s’ouvre.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les recruteurs, privés de leur public captif ; et la négligence administrative qui laissait filer les sortants. Y gagnent : les détenus de droit commun, soustraits à l’emprise ; les services, qui ne découvrent plus un dossier le lendemain d’un attentat ; et tous les Français.

Pourquoi tout le monde y gagne. La radicalisation carcérale est un risque que l’on réduit par la méthode : évaluer, séparer, suivre. Ce n’est ni une loi d’émotion ni une rafle — c’est du renseignement pénitentiaire fait sérieusement, du premier jour de détention au dernier jour de surveillance.

Les chiffres. Coût : l’évaluation et le suivi, compris dans le levier justice et le renseignement. Rapport : on réduit le risque par la méthode — évaluer, isoler, suivre. Inaction : un sortant radicalisé mal suivi qui passe à l’acte, et l’enquête qui révèle après coup que tout était su. Trajectoire : marginal pour la dette, sécurité majeure. Concrètement : 418 détenus terroristes et 540 radicalisés évalués en quartiers dédiés et isolés, libérations anticipées avec passage de relais au renseignement — on ne lâche pas le fiché S à la sortie.

Proposition 91 — Crimes sexuels sur enfants : la sûreté après la peine

Ce qui existe. Pour les pires crimes -le viol d’enfant, la peine s’achève un jour, et le condamné sort. La castration chimique, ce traitement qui réduit les pulsions et dont les effets cessent à l’arrêt, n’existe aujourd’hui qu’au titre d’une injonction de soins acceptée : le droit pose que nul ne peut être contraint à un traitement médical.

Ce que l’on constate. Une part de ces criminels récidive, et leurs victimes sont des enfants. Le suivi socio-judiciaire et la surveillance de sûreté existent, mais on ne les mobilise pas assez ; et la société oscille entre deux impasses -l’angélisme qui relâche sans précaution, et le pilori qui croit punir en humiliant.

Ce qui nous menace. Un enfant violé par un homme qu’on savait dangereux et qu’on a laissé sortir sans filet. Aucune statistique ne console de cela.

Ce que nous ferons. Pousser la sûreté aussi loin que le droit le permet et le faire bouger s’il le faut. Le traitement inhibiteur de pulsions deviendra la condition de toute sortie aménagée pour les criminels sexuels sur mineurs les plus dangereux : qui le refuse exécute sa peine jusqu’au bout, et reste à l’issue sous surveillance de sûreté (bracelet, soins, contrôle : la totale). Nous assumons d’aller au bord du verrou constitutionnel, et de proposer, si la censure venait, la révision qui l’autorise : entre le principe abstrait du consentement et la chair d’un enfant, nous avons choisi. Mais jamais le traitement seul, qui ne suffit pas : il ira toujours avec une prise en charge psychologique, car la violence sexuelle est une question de pouvoir autant que d’hormones. Et nous écartons le blâme public à l’américaine, parce qu’il ne protège pas (il pousse l’agresseur dans la clandestinité et nourrit la vendetta !). À sa place, l’outil qui marche : un fichier confidentiel robuste des auteurs d’infractions sexuelles, et un contrôle d’antécédents obligatoire et opposable pour tout métier au contact d’enfants (école, sport, périscolaire, soin, colonies, crêches…).

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les criminels sexuels, dont la sortie cesse d’être un droit sans condition ; et l’illusion que la publicité-spectacle protège. Y gagnent : les enfants, d’abord et avant tout ; et les familles, qui sauront que l’État a mis la sûreté avant le confort doctrinal.

Pourquoi tout le monde y gagne. La protection de l’enfance justifie qu’on aille jusqu’à la limite du droit, et qu’on demande au peuple souverain de la déplacer s’il le faut. Mais elle commande aussi de choisir ce qui marche (le soin contraignant et le contrôle ciblé) contre ce qui défoule sans protéger. Fermes sur le résultat, jamais sur le théâtre.

Les chiffres. Coût : la surveillance de sûreté et les soins, compris dans le levier justice. Rapport : la protection des enfants — un fichier confidentiel et un contrôle d’antécédents ciblés (efficaces) plutôt qu’un pilori public (contre-productif). Inaction : un enfant violé par un homme qu’on savait dangereux et qu’on a laissé sortir sans filet. Trajectoire : dépense ciblée. Concrètement : traitement inhibiteur de pulsions comme condition de toute sortie aménagée des plus dangereux — jamais seul, révision constitutionnelle proposée si censure ; contrôle d’antécédents opposable pour tout métier au contact d’enfants.

Proposition 92 — L’irresponsabilité pénale n’est pas l’impunité

Ce qui existe. Un auteur dont le discernement était aboli au moment des faits peut être déclaré pénalement irresponsable : il n’est pas jugé, et l’affaire s’arrête souvent là (sans procès, sans verdict, parfois sans soin sécurisé à la hauteur du danger). L’affaire qui a indigné le pays (un meurtre antisémite suivi d’une irresponsabilité tirée d’une intoxication volontaire) a montré le malaise.

Ce que l’on constate. Deux risques symétriques. Que l’expertise psychiatrique, faite par un seul homme et contestée par un autre, serve à effacer une responsabilité que les faits désignent. Ou, à l’inverse, qu’« irresponsable » devienne un mot qui libère, alors que le malade dangereux devrait être soigné sous contrainte et non relâché. La loi de 2022 a commencé à fermer la porte de l’intoxication volontaire ; il faut aller au bout.

Ce qui nous menace. Des victimes privées de procès et de vérité, des familles qui n’entendent jamais nommer ce qui leur est arrivé, et des malades dangereux rendus à la rue faute d’un cadre de soin sûr.

Ce que nous ferons. Trois principes. L’expertise sera collégiale et contradictoire pour les faits les plus graves — plusieurs experts, le débat ouvert —, afin que l’irresponsabilité se constate et ne se négocie pas. Même lorsqu’elle est reconnue, une audience établira publiquement les faits, pour la victime et pour la mémoire de ce qui s’est passé. Et l’irresponsabilité n’ouvrira jamais la porte : le malade dangereux sera pris en charge en unité pour malades difficiles, sous contrôle régulier, aussi longtemps que dure le danger. Soigner n’est pas relâcher.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : l’expertise solitaire et l’usage de la psychiatrie comme échappatoire ; et l’idée qu’un malade dangereux n’est l’affaire de personne. Y gagnent : les victimes, qui obtiennent un procès des faits ; les malades eux-mêmes, soignés au lieu d’être abandonnés ; et la confiance dans une justice qui ne s’arrête pas au seuil de l’asile.

Pourquoi tout le monde y gagne. Reconnaître la maladie sans abandonner la sûreté, c’est tenir les deux bouts : l’humanité du soin et la protection de tous. L’irresponsabilité dit qu’on ne punit pas un malade ; elle ne dit pas qu’on le laisse libre de recommencer.

Les chiffres. Coût : des expertises collégiales et des unités pour malades difficiles — un investissement de soin sécurisé. Rapport : une justice qui ne s’arrête pas au seuil de l’asile, et un procès des faits rendu aux victimes. Inaction : des malades dangereux relâchés, des familles privées de vérité (le meurtre antisémite suivi d’une irresponsabilité tirée d’une intoxication volontaire). Trajectoire : dépense ciblée. Concrètement : expertise collégiale et contradictoire, audience établissant les faits même en cas d’irresponsabilité, prise en charge sous contrainte tant que dure le danger.

CHAPITRE XV — L’IMMIGRATION : CHOISIR, INTÉGRER, RENVOYER

Ce chapitre est le second volet d’un diptyque ouvert au chapitre XIII. Là, nous avons dit ce que la République exige de tous ceux qui vivent ici : une assimilation exigeante, aveugle aux croyances, attentive aux seuls actes. Ici, nous disons qui la France accueille, comment elle l’intègre, et qui elle renvoie. Une vérité d’abord, économique et brutale : la France décroche. Dans ce paysage, l’immigration n’est pas d’abord une question d’ordre public -c’est un levier qu’il faut choisir, intégrer, et, quand elle est irrégulière, renvoyer. Avec une boussole, la même qu’au chapitre XIII : fermeté sur les actes et sur le droit, jamais sur les origines ; et lucidité contre les deux mensonges -le déni et le Grand Remplacement.

Proposition 93 — L’immigration intelligente, l’arme d’un pays qui décroche

Ce qui existe. Le débat français sur l’immigration ne connaît que deux mots : « plus » ou « moins ». Jamais « qui », jamais « pour quoi faire ». Pendant ce temps, l’économie, elle, a une réponse précise que nous refusons d’entendre.

Ce que l’on constate. Souvenons-nous du « plombier polonais » de 2005, épouvantail d’une France qui se croyait riche. Vingt ans plus tard, le rapport s’est inversé : la France a reculé de 0,1 % au premier trimestre 2026, quand la Pologne caracole ; son revenu par habitant, en pouvoir d’achat, est passé de 46 % du nôtre en 2004 à près de 83 % en 2025, et pourrait nous dépasser vers 2034. Désormais, c’est le plombier polonais qui pourrait craindre le Français -ou le convoiter. Un pays qui décroche n’a pas le luxe de se priver de bras et de cerveaux. On se cache la vérité depuis bien trop longtemps à cause des épouvantails de l’extrême droite !

Ce qui nous menace. Le double piège : se fermer par peur et accélérer le déclin faute de forces vives ; ou s’ouvrir sans choisir et nourrir le désordre qui fait gagner les extrêmes. Les deux mènent au même mur.

Ce que nous ferons. Faire de l’immigration une politique économique pilotée, et le dire franchement : nous choisirons qui vient et pour quoi faire. Étudiants et talents attirés (proposition 94), travail choisi par le besoin et la langue (proposition 95), irrégularité renvoyée (proposition 97) — le tout sur le socle d’assimilation exigeante posé au chapitre XIII. L’immigration n’est ni un péché ni une pénitence : c’est un levier, à manier avec méthode au service du pays.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les deux démagogies, celle du « zéro immigré » qui appauvrit et celle du « tout le monde entre » qui désordonne. Y gagnent : l’économie, qui retrouve des forces ; et les Français, à qui l’on cesse de mentir dans les deux sens.

Pourquoi tout le monde y gagne. Une nation sûre d’elle-même choisit son immigration comme elle choisit ses investissements : selon ce qu’elle veut devenir. C’est la fermeté de celui qui sait où il va, non la peur de celui qui recule.

Les chiffres. Coût : nul en propre — une doctrine de pilotage. Rapport : l’immigration choisie comme levier face au décrochage — le revenu polonais par habitant est passé de 46 % du nôtre (2004) à ~83 % (2025), nous dépassant peut-être vers 2034. Inaction : se fermer et accélérer le déclin faute de forces vives, ou s’ouvrir sans choisir et nourrir le désordre. Trajectoire : neutre pour la dette, positive (cotisants, croissance) via l’immigration choisie. Concrètement : on choisit qui vient et pour quoi faire — étudiants, talents, métiers en tension.

Proposition 94 — Étudiants et talents : le passeport des cerveaux

Ce qui existe. Les meilleurs étudiants du monde hésitent entre Boston, Londres, Singapour et Paris ; nos démarches de visa, lentes et tatillonnes, tranchent souvent à notre désavantage. Et nos propres cerveaux -ingénieurs, chercheurs, médecins- partent là où le travail paie davantage.

Ce que l’on constate. Un étudiant étranger formé en France apprend notre langue, tisse des liens, et -s’il reste- paiera nos retraites ; s’il repart, il devient un ambassadeur et un client. L’Inde et la Chine forment des dizaines de millions de diplômés que l’Amérique capte ; nous laissons filer une grande part de ceux que l’Europe faisait avant rêver et qui aujourd’hui se rabattent sur l’Allemagne souvent par défaut.

Ce qui nous menace. Une France qui forme à perte ou n’attire plus : universités déclassées, laboratoires vidés, sièges sociaux ayant déménagé -et les cotisants de demain avec eux.

Ce que nous ferons. Un passeport des cerveaux. Visas étudiants facilités et accélérés, en priorité pour les filières d’avenir et les grands viviers d’étudiants -Inde, Chine- avec un droit au séjour après le diplôme pour qui décroche un emploi qualifié. Le Passeport Talent et l’accueil des fondateurs et profils rares de la technologie seront encore simplifiés : un guichet, des délais courts, une réponse en semaines, pas en mois. Et nous retiendrons aussi les nôtres : le plafonnement des prélèvements sur les hauts salaires (proposition 8) n’est pas un cadeau aux riches, c’est la condition pour que nos talents restent de ce côté de l’Atlantique. Le tout calqué sur le passeport FrenchTech si le bilan s’avère positif.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : la lenteur administrative qui faisait fuir les meilleurs, et les pays concurrents qui captaient ce que nous formions. Y gagnent : nos universités et nos entreprises de pointe, nos comptes sociaux, et la francophonie, qui gagne chaque diplômé séduit.

Pourquoi tout le monde y gagne. La guerre des talents est mondiale, et nous la perdons par négligence, pas par destin. Attirer un cerveau, c’est un impôt futur, un emploi créé, une influence gagnée, un prestige qui se maintient. Le pays qui ouvre la bonne porte au bon moment ne se vide pas : il se renforce.

Les chiffres. Coût : marginal — l’accélération des visas et un guichet, pas une dépense. Rapport : un étudiant ou un talent retenu, c’est un impôt futur, un emploi, des cotisations pour nos retraites ; le plafonnement des prélèvements (proposition 8) retient nos propres cerveaux. Inaction : des universités déclassées et des cerveaux captés par Boston, Londres ou Singapour. Trajectoire : positive (cotisants, croissance, francophonie). Concrètement : visas étudiants accélérés (Inde, Chine), Passeport Talent simplifié — une réponse en semaines, pas en mois.

Proposition 95 — L’immigration de travail choisie : par le besoin et la langue, jamais par la foi

Ce qui existe. Des secteurs entiers -soin, bâtiment, agriculture, hôtellerie- manquent de bras pour des métiers que ni le robot ni l’intelligence artificielle ne remplaceront de sitôt. Faute de voie légale claire, ces emplois se pourvoient dans l’ombre, au noir, au gré de régularisations subies.

Ce que l’on constate. Le pays a besoin de cette main-d’œuvre, mais il veut -et c’est légitime- qu’elle s’intègre. La crainte d’une culture trop éloignée est réelle ; mais la réponse n’est pas le tri par la religion, que notre Constitution interdit et que le chapitre XIII récuse expressément. La réponse est le tri par ce qui prédit vraiment l’intégration : la langue, le besoin, l’engagement à respecter le jeu commun.

Ce qui nous menace. Deux impasses : le tri ethnique ou religieux, illégal et explosif, qui ruinerait notre concorde et finirait censuré ; ou l’absence de tout choix, qui nourrit le travail clandestin et le ressentiment.

Ce que nous ferons. Une immigration de travail choisie, par des critères clairs et avouables. La langue d’abord : priorité à la francophonie -un travailleur qui parle déjà français s’intègre plus vite, et la francophonie, c’est l’Afrique francophone autant que le Québec ou le Levant. Le besoin ensuite : des métiers en tension identifiés, révisés chaque année, sans quota idéologique mais avec une cible assumée. L’assimilation enfin : l’engagement à apprendre la langue lorsqu’il le faut et à respecter les règles communes -le contrat du chapitre XIII, opposable. Aucun critère ne nommera une religion ni une couleur : nous choisissons sur des actes et des aptitudes, jamais sur des appartenances. C’est plus juste, c’est légal, et c’est plus efficace.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les filières du travail dissimulé, et les démagogues qui réclament un tri par l’origine qu’aucun juge ne validerait. Y gagnent : les secteurs en tension, enfin pourvus en règle ; les travailleurs, sortis de l’ombre ; et la cohésion, préservée d’une ligne de fracture mortelle.

Pourquoi tout le monde y gagne. Choisir par la langue et le besoin, c’est obtenir la proximité culturelle que chacun désire sans trahir l’universalisme qui nous tient. La France n’a jamais demandé d’où l’on vient ; elle a demandé si l’on parle sa langue et si l’on joue son jeu. C’est encore la meilleure réponse.

Les chiffres. Coût : nul. Rapport : les secteurs en tension (soin, bâtiment, agriculture, hôtellerie) pourvus en règle, le travail au noir tari, des cotisations en plus. Inaction : le travail dissimulé, ou un tri ethnique illégal qui ruinerait la concorde et finirait censuré. Trajectoire : neutre, positive via l’emploi régularisé. Concrètement : un tri par la langue (francophonie), le besoin (métiers en tension révisés chaque année) et l’assimilation — jamais par la religion ni la couleur.

Proposition 96 — La vérité sur l’immigration et la délinquance : ni déni, ni Grand Remplacement

Ce qui existe. Sur ce sujet, deux mensonges se partagent le marché. L’un jure que l’immigration n’a aucun lien avec la délinquance, contre l’évidence des chiffres. L’autre agite un « grand remplacement » programmé, contre l’évidence de la démographie. Entre les deux, les Français, lassés qu’on les prenne pour des imbéciles.

Ce que l’on constate. Disons les chiffres sans trembler : les étrangers, 8 % de la population, sont surreprésentés dans une partie de la délinquance enregistrée en 2024 — de l’ordre de 18 % des homicides, 27 % des vols violents, 38 % des cambriolages. Et disons aussitôt ce qu’ils signifient : cette surreprésentation tient pour l’essentiel à la structure — des hommes jeunes et précaires, surreprésentés dans la délinquance quelle que soit leur origine —, à l’échec d’intégration, et à des biais documentés de la police et de la justice. L’immense majorité des immigrés ne commet aucun délit. Quant au « grand remplacement », les démographes le réfutent : la moitié des descendants d’immigrés vivent en couple mixte, et 99 % parlent français à leurs enfants. Il n’y a pas « eux » contre « nous » ; il y a, à chaque génération, un « eux » qui devient « nous ».

Ce qui nous menace. Le déni nourrit l’extrême en lui laissant le monopole de la franchise ; le complotisme nourrit la haine en lui donnant une fausse science. Les deux rendent toute politique impossible.

Ce que nous ferons. Dire la vérité, toute la vérité, et en tirer la politique : puisque le moteur n’est pas l’origine de l’immigration, mais la précarité d’une partie de cette immigration, et l’intégration majoritairement ratée d’une partie de cette population, alors nous frapperons là -fermeté sur les actes (chapitres XIV et XIII), assimilation exigeante, fin des zones de non-droit (proposition 98). Les statistiques de la délinquance seront publiées, complètes et contextualisées, plutôt que fuitées et instrumentalisées. La République n’a pas peur de ses chiffres ; elle a peur de ceux qui les cachent ou les déforment. Il faudra tendre vers une décorrélation « immigration / délinquance » dans l’imaginaire collectif !

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les marchands de déni et les marchands de peur, qui vivent du même brouillard. Y gagnent : les Français, traités en adultes ; et les immigrés respectueux des règles, soulagés d’un soupçon collectif injuste.

Pourquoi tout le monde y gagne. On ne combat bien que ce qu’on nomme exactement. En refusant à la fois l’aveuglement et le fantasme, on rend le problème traitable -et l’on retire aux extrêmes leur fonds de commerce : la moitié de vérité que l’autre camp leur abandonne.

Les chiffres. Coût : nul — la transparence des chiffres. Rapport : désarmer à la fois le déni et le complotisme, et agir sur le vrai moteur (précarité, intégration ratée) plutôt que sur l’origine. Inaction : les extrêmes qui prospèrent sur le brouillard — déni d’un côté, fantasme de l’autre. Trajectoire : neutre pour la dette. Concrètement : étrangers 8 % de la population mais surreprésentés (≈18 % des homicides, 38 % des cambriolages en 2024) — une surreprésentation de structure (hommes jeunes précaires) ; et la moitié des descendants d’immigrés en couple mixte, 99 % parlant français à leurs enfants : le « eux » devient « nous ».

Proposition 97 — L’immigration irrégulière : retours effectifs, partenariats, et la fermeté dans le droit

Ce qui existe. Des dizaines de milliers d’obligations de quitter le territoire sont prononcées chaque année ; une faible part est exécutée, faute d’accords de réadmission et de laissez-passer consulaires. Pendant ce temps, les routes migratoires tuent en mer, et les filières de passeurs prospèrent.

Ce que l’on constate. L’externalisation pure -déporter les demandeurs d’asile vers un pays tiers- séduit sur le papier et échoue au tribunal : le plan britannique vers le Rwanda a été annulé par la Cour suprême puis abandonné ; l’accord italo-albanais a été bloqué à répétition par les juges et fragilisé par la justice européenne. Ce qui marche, ce n’est pas le camp lointain : c’est l’accord de réadmission qui fonctionne, et le levier qui le rend possible.

Ce qui nous menace. Continuer à prononcer des retours qu’on n’exécute pas, c’est le pire des deux mondes : ni l’humanité de l’accueil, ni la crédibilité de la fermeté ; juste l’impuissance, carburant des extrêmes.

Ce que nous ferons. La fermeté dans le droit, à l’échelle où elle est efficace : l’Europe. Des « hubs de retour » européens et des accords de réadmission négociés pays par pays, adossés à un traitement rapide et rigoureux des demandes sur notre sol — l’asile maintenu pour ceux qui le méritent vraiment, refusé vite aux autres. Le levier sera le donnant-donnant assumé : vigilance aux frontières et réadmission de leurs ressortissants contre investissements, énergie, infrastructures, technologie, santé et vaccination, éducation -en particulier des femmes- avec les pays d’Afrique du Nord et subsaharienne, y compris là où la concurrence russe et djihadiste complique la donne. On sauve en mer, toujours ; mais on raccompagne, vraiment. Et l’on attaque la racine : mieux vaut financer une centrale décarbonée ou une école d’ingénieurs au pays de départ que de subir ici les conséquences d’un sous-investissement local ! Le co-développement n’est pas de la générosité, c’est de l’intérêt bien compris. Garde-fou intangible : non-refoulement, dignité des personnes, jamais de camp indigne en notre nom.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les filières de passeurs, et les États qui refusaient de reprendre leurs ressortissants sans contrepartie. Y gagnent : les pays partenaires, qui reçoivent des investissements utiles ; les migrants, épargnés des routes mortelles ; et la crédibilité de la France, qui fait enfin ce qu’elle dit.

Pourquoi tout le monde y gagne. Une politique de retour qui fonctionne est la condition d’une politique d’accueil qui dure : c’est parce qu’on renvoie ceux qui n’ont pas le droit de rester qu’on peut accueillir dignement ceux qui l’ont. La fermeté et l’humanité ne s’opposent pas ; l’une garantit l’autre.

Les chiffres. Coût : la France dépense déjà ~1,8 milliard par an contre l’immigration irrégulière et ~1,2 milliard d’aide médicale d’État, pour des résultats que la Cour des comptes juge médiocres — un éloignement coûte de 4 500 à 16 000 € ; nous réorientons ces moyens vers l’efficacité, plus un volet de co-développement largement redéployé de l’aide existante. Rapport : des retours effectifs (hubs européens + accords de réadmission), des routes mortelles taries, la pression réduite à la source. Inaction : des dizaines de milliers d’obligations de quitter le territoire prononcées et presque jamais exécutées — ni l’humanité de l’accueil, ni la crédibilité de la fermeté. Trajectoire : réorientation des ~3 milliards déjà dépensés, plus une aide à effet de réduction à la source. Concrètement : des hubs de retour européens et des réadmissions dans le droit (non-refoulement), le donnant-donnant avec l’Afrique du Nord et subsaharienne — l’externalisation pure (Rwanda, Albanie) a échoué en justice.

Proposition 98 — Bidonvilles et zones de non-droit : la dignité par le logement, le droit par la fermeté

Ce qui existe. Aux marges de nos grandes villes subsistent des bidonvilles et des zones où l’État ne passe plus : insalubrité, insécurité, trafics, traite d’êtres humains, points de transit pour les clandestins. Personne n’y gagne : ni leurs habitants, ni les riverains, ni la République.

Ce que l’on constate. Rien ne justifie la permanence de ces zones : ni la santé, ni la sécurité, ni la dignité de ceux qui y vivent, souvent exploités par ceux-là mêmes qui les y maintiennent. Les laisser perdurer, ce n’est pas de la tolérance, c’est de l’abandon — et l’abandon nourrit la traite et le trafic.

Ce qui nous menace. Des enclaves qui s’enkystent, deviennent des plaques tournantes du crime, et accréditent l’idée que l’État a renoncé à une part de son territoire.

Ce que nous ferons. Traiter le sujet pour ce qu’il est aussi : une question de logistique humaine sur notre sol. Démanteler les bidonvilles en proposant un relogement digne et dispersé -éviter le regroupement qui recrée le ghetto, en travaillant avec les associations partout sur le territoire, et en frappant sans relâche les réseaux de traite et de trafic qui les exploitent. Les personnes en situation régulière seront accompagnées vers le droit commun ; les personnes en situation irrégulière seront raccompagnées, selon la proposition 97. Aucune communauté n’est visée pour ce qu’elle est : on agit sur des situations -l’insalubrité, l’exploitation, l’illégalité , la sécurité- jamais sur des appartenances.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les réseaux qui prospéraient sur la misère organisée, et le confort de fermer les yeux. Y gagnent : les habitants de ces zones, rendus à une vie digne ; les riverains, à un cadre apaisé ; et l’État, qui réoccupe ce qu’il avait laissé filer.

Pourquoi tout le monde y gagne. Une ville sans bidonville n’est pas une ville plus dure : c’est une ville plus humaine, où nul n’est laissé dans la boue et nul n’est laissé dans la peur. La dignité et l’ordre vont ensemble -les séparer, c’est les perdre tous les deux.

Les chiffres. Coût : le démantèlement et le relogement dispersé — modéré, en partie par substitution. Rapport : la fin des plaques tournantes du crime et de la traite, la dignité rendue, l’ordre rétabli. Inaction : des enclaves qui s’enkystent et accréditent l’idée que l’État a renoncé à une part de son territoire. Trajectoire : dépense modérée, gain de sécurité. Concrètement : démantèlement, relogement dispersé (anti-ghetto), frappe des réseaux de traite, retour pour les irréguliers (proposition 97) — jamais de ciblage communautaire.

CHAPITRE XVI — L’OUTRE-MER : LES FRANCE D’AILLEURS

La France n’est pas seulement hexagonale. Des Caraïbes à l’océan Indien, de la Guyane au Pacifique, elle possède des territoires qui font d’elle une puissance maritime sur tous les océans et qu’elle traite trop souvent comme des problèmes lointains plutôt que comme des trésors. Nous changerons le regard : rapprocher les métropolitains de ces France d’ailleurs, casser la vie chère qui les étrangle, et ramener l’État là où il a reculé -Mayotte, Guyane- par l’exécution et non par la promesse. La Réunion, la Guadeloupe, la Guyane, la Nouvelle Calédonie sont des paradis sur terre ; il est temps de les traiter comme tels.

Proposition 108 — Rapprocher les France d’ailleurs : le tourisme et la continuité territoriale

Ce qui existe. Aller aux Antilles est un luxe, la Polynésie un rêve de millionnaire. La dotation de continuité territoriale plafonne autour de soixante-dix millions d’euros, et le prix des billets, tiré par le kérosène, met ces territoires hors de portée de la plupart des métropolitains.

Ce que l’on constate. On ne défend bien que ce que l’on connaît bien. Tant que la Réunion, la Guadeloupe ou la Nouvelle-Calédonie resteront, pour les métropolitains, des points lointains sur une carte, leurs crises — grèves, cyclones, émeutes — paraîtront étrangères, et les revendications de ces Français-là ne nous parleront pas. Et le premier responsable de cet éloignement est la classe politique elle-même, qui n’y va trop souvent qu’en pompier ou en visiteur de passage.

Ce qui nous menace. Une France qui s’ignore elle-même : un Hexagone qui ne sent plus ses outre-mer, et des outre-mer qui se sentent abandonnés — le terreau de tous les ressentiments et de toutes les tentations séparatistes.

Ce que nous ferons. Faire du rapprochement une politique. Renforcer nettement la continuité territoriale pour rendre les billets abordables — par la dotation, par la concurrence aérienne, par des dispositifs ciblés pour les jeunes, les familles et les étudiants. Promouvoir le tourisme métropolitain vers les outre-mer comme une grande cause : ces territoires sont parmi les plus beaux du monde, et leur économie touristique en vit. Et faire connaître, à l’école et dans les médias publics, la richesse de ces France d’ailleurs — leur histoire, leur géographie, leurs atouts.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : l’indifférence hexagonale, et les rentes du transport aérien captif. Y gagnent : les métropolitains, qui découvrent leur propre pays ; les économies ultramarines, portées par le tourisme ; et l’unité nationale, qui se nourrit de liens réels.

Pourquoi tout le monde y gagne. Un pays qui visite ses outre-mer est un pays qui les défend. Le billet abordable n’est pas une dépense : c’est l’investissement le moins cher dans la cohésion d’une nation à cheval sur tous les océans.

Les chiffres. Coût : le renforcement de la continuité territoriale (dotée d’environ 73 millions aujourd’hui) — modéré. Rapport : rapprocher les métropolitains de leurs outre-mer (on ne défend que ce qu’on connaît), et un tourisme qui fait vivre ces économies. Inaction : une France qui s’ignore, des outre-mer qui se sentent abandonnés — le terreau du séparatisme. Trajectoire : dépense modérée, recettes touristiques induites. Concrètement : aller aux Antilles est un luxe, la Polynésie un rêve de millionnaire — des billets rendus abordables par la dotation, la concurrence aérienne et des dispositifs pour les jeunes et les familles.

Proposition 109 — La vie chère : casser les rentes, baisser les prix

Ce qui existe. Aux Antilles et à la Réunion, les prix sont en moyenne quarante-deux pour cent plus élevés qu’en métropole. Des monopoles d’importation, des chaînes logistiques captives et une fiscalité locale particulière y entretiennent une « vie chère » qui mine le quotidien et nourrit les explosions sociales.

Ce que l’on constate. La cherté n’est pas une fatalité géographique : c’est aussi le produit de rentes — quelques acteurs qui contrôlent l’importation et la distribution. L’octroi de mer, souvent accusé, pèse en réalité peu sur les prix (de l’ordre de quelques points) mais finance environ la moitié des recettes des communes : on ne peut donc le supprimer d’un trait sans assécher les collectivités.

Ce qui nous menace. Des prix qui restent insupportables, des colères qui reviennent à chaque rentrée, et le sentiment, fondé, d’une double peine ultramarine.

Ce que nous ferons. Attaquer la vie chère par ses vraies causes. Ouvrir à la concurrence les chaînes d’importation et de distribution, traquer les ententes, et exonérer durablement de taxe les produits de première nécessité — en pérennisant et en élargissant l’expérimentation engagée. Réformer l’octroi de mer avec précaution plutôt que le supprimer à l’aveugle : compenser à l’euro près les communes, pour ne pas réparer un problème en en créant un autre. Et soutenir les productions locales, pour réduire la dépendance aux importations qui font le prix.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les monopoles d’importation et les ententes qui prospéraient sur l’éloignement. Y gagnent : les consommateurs ultramarins, d’abord les plus modestes ; et les producteurs locaux, encouragés.

Pourquoi tout le monde y gagne. Faire baisser les prix outre-mer, ce n’est pas une faveur : c’est rendre la République égale à elle-même sur tout son territoire. Là où le quotidien cesse d’étrangler, la colère reflue et la confiance revient.

Les chiffres. Coût : l’exonération de taxe sur les produits de première nécessité — une recette en moins, ciblée. Rapport : casser les rentes d’importation et soutenir les productions locales. Inaction : des prix +42 % par rapport à la métropole, une vie chère qui mine le quotidien et nourrit les explosions sociales. Trajectoire : coût fiscal ciblé, compensé par la concurrence et la production locale. Concrètement : concurrence ouverte sur l’import et la distribution, première nécessité détaxée, octroi de mer réformé avec prudence — il finance ~50 % des recettes des communes, donc compensé à l’euro près.

Proposition 110 — Mayotte : de l’argent promis à l’exécution tenue

Ce qui existe. Le cyclone Chido a dévasté Mayotte en décembre 2024. L’État a promis quatre milliards d’euros, voté une loi de refondation, présenté un plan 2026-2031 et durci l’accès à la nationalité. Mais un an après, à peine vingt-cinq millions ont été dépensés — soit zéro virgule six pour cent de l’enveloppe annoncée.

Ce que l’on constate. À Mayotte se concentrent tous les défis : immigration clandestine massive, services publics effondrés, insécurité, urgences sanitaires. Et le mal français y atteint son comble : après les annonces et les milliards promis, l’exécution ne suit pas. Le problème n’est plus l’argent décidé ; c’est l’argent dépensé.

Ce qui nous menace. Une promesse de plus non tenue, un département français qui s’enfonce, et la démonstration, faite à tous nos outre-mer, que la parole de l’État ne vaut rien.

Ce que nous ferons. Faire de Mayotte un test d’exécution. Un pilotage resserré, des objectifs datés et publiés, une reddition de comptes trimestrielle sur les sommes réellement dépensées — pas seulement annoncées. La reconstruction des infrastructures essentielles — eau, écoles, hôpital — menée comme un chantier d’urgence, au régime accéléré du chapitre X. Et, dans le même temps, stopper l’hémorragie migratoire : surveillance maritime et terrestre renforcée, état-major opérationnel dédié, application ferme du droit dérogatoire déjà voté. On ne reconstruit pas un seau percé sans en colmater le fond.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les filières d’immigration clandestine, et l’habitude des annonces sans suite. Y gagnent : les Mahorais, Français trop longtemps abandonnés ; et la crédibilité de l’État, qui prouve qu’il sait livrer.

Pourquoi tout le monde y gagne. Mayotte tenue, c’est la preuve que la République peut encore exécuter ce qu’elle promet. Ce n’est pas un fardeau : c’est une démonstration — pour Mayotte d’abord, pour tous nos outre-mer ensuite.

Les chiffres. Coût : les 4 milliards déjà promis après le cyclone Chido — dont 0,6 % seulement dépensés un an après : le problème est l’exécution, pas l’enveloppe. Rapport : un département français redressé, et la preuve que l’État sait livrer. Inaction : une promesse de plus non tenue, et la démonstration, faite à tous nos outre-mer, que la parole de l’État ne vaut rien. Trajectoire : dépense déjà budgétée, à exécuter. Concrètement : pilotage resserré, reddition trimestrielle sur les sommes réellement dépensées, reconstruction au régime d’urgence — et l’hémorragie migratoire stoppée (on ne reconstruit pas un seau percé sans en colmater le fond).

Proposition 111 — Guyane : éradiquer l’orpaillage illégal et les cartels

Ce qui existe. La Guyane, plus grand département français, frontière amazonienne, est rongée par l’orpaillage illégal qui empoisonne ses fleuves au mercure, et par des trafics (drogue, êtres humains) qui prospèrent sur l’immensité et la porosité des frontières.

Ce que l’on constate. L’État y dispose de moyens réels mais dispersés, face à des réseaux mobiles et déterminés. Le problème n’est pas tant l’absence de force que son emploi : il manque un inventaire précis des besoins militaires et policiers, et une stratégie qui frappe les filières à la racine, leur logistique et leur argent.

Ce qui nous menace. Un territoire grand comme le Portugal qui échappe par pans entiers à la loi, une catastrophe écologique silencieuse, et une base arrière pour le narcotrafic atlantique (chapitre XIV).

Ce que nous ferons. Dresser l’inventaire réel des besoins -hommes, hélicoptères, moyens fluviaux, renseignement- et concentrer la force pour éradiquer l’orpaillage illégal et démanteler les cartels. Tenir les fleuves et les pistes, frapper les filières par l’enquête financière et la saisie (méthode du chapitre XIV), coopérer avec le Brésil et le Suriname voisins. C’est dur, mais c’est possible : il faut d’abord faire mieux avec ce que nous avons, avant de demander davantage.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les orpailleurs illégaux et les réseaux qui empoisonnaient le fleuve et la population. Y gagnent : les Guyanais, leur santé, leur environnement ; et l’État, qui réoccupe son territoire.

Pourquoi tout le monde y gagne. Reprendre la Guyane à l’illégalité, c’est sauver un joyau écologique, protéger une population française, et fermer une porte au narcotrafic. La forêt, la santé et la loi y gagnent ensemble.

Les chiffres. Coût : un inventaire et une concentration des moyens militaires et policiers — d’abord mieux employer l’existant. Rapport : éradiquer l’orpaillage illégal (qui empoisonne les fleuves au mercure) et démanteler les cartels, reprendre le territoire. Inaction : un territoire grand comme le Portugal qui échappe par pans entiers à la loi, base arrière du narcotrafic atlantique. Trajectoire : redéploiement d’abord, puis moyens ciblés. Concrètement : tenir les fleuves et les pistes, frapper les filières par l’enquête financière et la saisie, coopérer avec le Brésil et le Suriname.

Proposition 112 — Nouvelle-Calédonie : la présence, le nickel, le dialogue

Ce qui existe. La Nouvelle-Calédonie sort meurtrie de l’insurrection de mai 2024. L’accord de Bougival, puis l’accord Élysée-Oudinot de janvier 2026, dessinent un « État de Nouvelle-Calédonie » à souveraineté limitée mais les principales forces indépendantistes refusent de le signer. Et le nickel, poumon économique du territoire, est en crise : une usine fermée, une autre en quête de repreneur, la Société Le Nickel sous perfusion de l’État et d’Eramet.

Ce que l’on constate. Dans le Pacifique, rien n’est neutre : un territoire français affaibli est une porte ouverte aux appétits des puissances de la zone. Parler d’indépendance dans ce contexte n’est ni sain ni responsable mais ignorer l’aspiration kanak ne l’est pas davantage. La sortie ne sera ni la sécession, ni le statu quo.

Ce qui nous menace. Un territoire qui décroche économiquement, se fracture politiquement, et bascule sous influence étrangère — la France perdant d’un coup une économie, une population et une position stratégique majeure dans l’Indo-Pacifique au profit de la Chine, dont l’appétit ne se dément pas dans la région, au regard des incursions de juin 2026 dans les eaux territoriales de Nouvelle Zélande !!

Ce que nous ferons. Trois fers au feu. La présence : faire de la Nouvelle-Calédonie un point d’appui assumé de notre stratégie indo-pacifique — aux côtés de nos partenaires australien, néo-zélandais, indonésien et singapourien —, face à une Chine qui a les moyens financiers d’une séduction mortifère et qu’il est hors de question de laisser s’emparer du territoire. Cela peut justifier, dans une prochaine loi de programmation militaire (chapitre XVIII), le renforcement de nos moyens navals dans la zone — jusqu’à l’étude d’un port en eau profonde capable d’appuyer notre marine ; quant à y projeter une composante de la dissuasion, c’est un choix doctrinal lourd, à peser pour ce qu’il serait — un signal stratégique majeur — et non à décréter à la légère. Le nickel : sauver et moderniser la filière (Eramet, Société Le Nickel), car sans économie il n’y a pas de paix sociale, et faire du nickel calédonien un atout de la souveraineté minière européenne (chapitre XVII). Le dialogue : reprendre le fil patiemment, sans imposer ni céder, pour bâtir un statut durable qui reconnaisse l’identité kanak dans l’ensemble français. Refaire de ces territoires des territoires riches — ce que les Jeux de 2024 ont donné à voir, poursuivons-le.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les puissances qui guettent notre recul, et les jusqu’au-boutistes des deux camps. Y gagnent : les Calédoniens de toutes communautés, si l’économie repart et le dialogue tient ; et la France, qui garde sa place dans le Pacifique.

Pourquoi tout le monde y gagne. La Nouvelle-Calédonie n’est pas un fardeau colonial : c’est une chance stratégique et humaine, à condition de la traiter avec sérieux avec de l’argent qui sauve le nickel, une présence qui rassure, un dialogue qui respecte l’Histoire des lieux. La fermeté sans mépris, encore une fois.

Les chiffres. Coût : le sauvetage de la filière nickel (Eramet, Société Le Nickel) et, via une prochaine loi de programmation, le renforcement naval (jusqu’à un port en eau profonde) — un investissement stratégique, le volet militaire hors trajectoire ordinaire. Rapport : garder une économie, une population et une position majeure dans l’Indo-Pacifique ; ne pas livrer le territoire à la Chine. Inaction : un territoire qui décroche et bascule sous influence étrangère — la Chine, dont les incursions de juin 2026 dans les eaux néo-zélandaises rappellent l’appétit. Trajectoire : dépense stratégique (nickel + loi de programmation). Concrètement : présence confortée, nickel sauvé et modernisé (atout de souveraineté minière européenne, chapitre XVII), dialogue qui reconnaît l’identité kanak dans l’ensemble français.

QUATRIÈME PARTIE — DÉFENDRE ET RAYONNER

La France dans le monde : l’Europe, la défense, la Russie, la diplomatie.

Une nation sûre d’elle-même au-dedans peut enfin peser au-dehors. Rien de ce qui précède ne tiendra si la France subit le monde au lieu de le façonner — l’Europe désunie, la guerre revenue, les empires qui testent nos frontières. Cette quatrième partie porte la France hors de ses murs : non pour dominer, mais pour cesser de dépendre.

CHAPITRE XVII — L’EUROPE PUISSANCE

L’Europe a réussi le marché ; elle n’a jamais osé la puissance. Notre projet tient en une image : poser sur le marché unique à 27 ou plus, qui ne change pas, une surcouche de défense et de diplomatie entre les États qui veulent agir. Et le dire avec une honnêteté que le débat des nations européennes n’a jamais connue : nous ne promettrons rien que les traités interdisent mais nous construirons ce qu’ils permettent.

Proposition 49 — Le traité du « noyau » : ceux qui veulent défendre l’Europe avanceront ensemble

Ce qui existe. En diplomatie et en défense, l’Union décide à l’unanimité. Le traité verrouille même la sortie : étendre le vote à la majorité en matière militaire exige une révision ratifiée par les vingt-sept parlements ; l’étendre en diplomatie exige… une décision unanime. Supprimer l’unanimité exige l’unanimité -voilà le paradoxe que tous les programmes taisent.

Ce que l’on constate. Des trains de sanctions retardés ou édulcorés par un seul veto. Des déclarations bloquées. À trente États et plus, demain, l’unanimité rendra l’Union mathématiquement ingouvernable.

Ce qui nous menace. Avec une Amérique qui se retire, une Europe incapable de décider n’est pas une puissance : c’est un agrégat de budgets et un otage collectif.

Ce que nous ferons. Un traité entre douze à quinze États -de prime abord, comptant ceux-ci : France, Allemagne, Benelux, Italie, Pologne, Royaume-Uni, Espagne, Portugal, Pays Scandinaves, Pays Baltes- signé hors du cadre de l’Union, comme Schengen le fut en 1985 avant d’être intégré aux traités en 1997. La voie est juridiquement sûre : la Cour de justice l’a validée, et le traité budgétaire de 2012 a été signé par vingt-cinq États en trois mois. Ce noyau décidera à la majorité qualifiée, élira son président, mutualisera renseignement et programmes avec un secrétariat de moins de cent personnes, pas une commission de plus. Le texte du traité sera publié pendant la campagne : la différence entre un discours et une politique, le trait d’union entre une UE incompétente sur ces sujets et l’OTAN qui se délite et qui perd de son sens à mesure que la relation transatlantique s’étiole !

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les bloqueurs professionnels, qui ne bloqueront plus que leur propre absence ; et le confort des sommets sans suite. Y gagnent : les États qui veulent agir, et l’industrie de défense européenne.

Pourquoi tout le monde y gagne. Le marché unique reste intact, la porte du noyau reste ouverte à quiconque en accepte les règles. Nous ne demanderons plus à vingt-sept la permission d’être puissants diplomatiquement et militairement.

Les chiffres. Coût : un secrétariat de moins de cent agents, soit quelques dizaines de millions d’euros par an — à comparer aux ~9 milliards de fonctionnement annuel des institutions de l’Union. Rapport : le passage de l’unanimité à la majorité qualifiée sur la défense et la diplomatie du noyau. Inaction : à 27, un seul veto retarde un train de sanctions de plusieurs mois ; à 30 États et plus, le seuil d’une voix bloquante tombe sous 3,5 %. Trajectoire : négligeable pour la dette. Concrètement : deux précédents — Schengen signé à cinq en 1985 puis intégré aux traités en 1997 ; le traité budgétaire de 2012 ratifié par 25 États en moins de trois mois.

Proposition 50 — L’anti-blocage symétrique : la règle vaut aussi pour la France

Ce qui existe. Pour suspendre les droits de vote d’un État qui bafoue l’état de droit, l’Union exige l’unanimité moins l’État visé et il suffit d’un allié pour tout bloquer. Le mécanisme n’a jamais abouti.

Ce que l’on constate. Un seul État dérivant peut prendre vingt-six capitales en otage. Et chaque État jure que cela n’arrivera qu’aux autres.

Ce qui nous menace. Un noyau sans garde-fou contre ses propres dérives reproduirait le vice qu’il prétend corriger. Et nul pays n’est immunisé (pas même le nôtre) contre un changement radical de bord politique ou d’une arrivée populiste : une majorité autoritaire en France est une hypothèse, pas une impossibilité.

Ce que nous ferons. Le traité du noyau contiendra une clause symétrique : tout État membre dont les institutions dérivent -juges soumis, presse muselée, élections faussées, culture muselée, …- selon des critères objectifs constatés à la majorité qualifiée des autres, perd sa voix bloquante, sans perdre sa place. Y compris la France. Nous signerons une règle qui pourrait un jour s’appliquer contre nous : c’est précisément ce qui la rend crédible.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les apprentis autocrates de demain, d’où qu’ils viennent -y compris de chez nous. Y gagnent : les petits États, protégés du directoire des grands par la même clause qui protège les grands des dérives des petits ; et les citoyens de chaque État membre, dont les libertés deviennent l’affaire de tous.

Pourquoi tout le monde y gagne. Une règle qu’on accepte pour soi-même est la seule qu’on puisse imposer aux autres. C’est la différence entre une alliance de circonstance et un ordre de droit ; et les ordres de droit durent.

Les chiffres. Coût : nul — une clause de traité. Rapport : une voix bloquante retirée à tout État dérivant, sans l’exclure. Inaction : la procédure de l’article 7 du traité, ouverte depuis 2017-2018 contre deux États, n’a jamais abouti faute d’unanimité — zéro sanction en près de dix ans. Trajectoire : neutre. Concrètement : dérive constatée sur critères objectifs à la majorité qualifiée des autres ; la clause vaut aussi contre la France — c’est ce qui la rend opposable.

Proposition 51 — Le retour du Royaume-Uni : la maison commune d’abord, le déménagement ensuite

Ce qui existe. Un partenariat de sécurité et de défense entre Londres et l’Union, signé en mai 2025, même si c’est un cadre léger. Les négociations sur la participation britannique au grand programme d’armement européen ont échoué fin 2025, sur les questions d’argent. Aucun grand parti britannique ne porte la réadhésion pour l’instant, mais le peuple gronde de plus en plus souvent et de plus en plus fort.

Ce que l’on constate. Deuxième budget militaire d’Europe, puissance nucléaire, premier renseignement du continent : une défense européenne sans le Royaume-Uni n’est pas crédible. Et le retrait américain a fait plus pour l’européanisation des Britanniques que vingt discours français et allemands.

Ce qui nous menace. Attendre une réadhésion que personne ne décrète, c’est perdre dix ans. Punir le Brexit encore, c’est punir l’Europe avec.

Ce que nous ferons. Arrimer le Royaume-Uni au noyau dès sa fondation : le trio Paris-Berlin-Londres comme antichambre, un traité de défense bilatéral élargi, une place pleine dans les décisions du noyau -sans attendre Bruxelles. Et tenir la porte de l’Union grande ouverte pour une réadhésion pleine et définitive, sans statut spécial : la procédure ordinaire, quand Londres la demandera. C’est un cap, pas une promesse de mandat -et nous le disons.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les nostalgiques de la punition, et ceux qui s’étaient habitués à une Europe sans les Anglais. Y gagnent : la défense européenne, qui récupère sa pièce manquante ; et Londres, qui retrouve une influence à sa mesure.

Pourquoi tout le monde y gagne. L’histoire offre rarement une seconde chance aux divorces géopolitiques. Celle-ci est ouverte ; un pays sérieux la saisit.

Les chiffres. Coût : marginal — un traité de défense, pas une dépense nouvelle. Rapport : un partenaire qui pèse de l’ordre de 65 milliards d’euros de budget militaire (deuxième d’Europe), une dissuasion nucléaire et le premier service de renseignement du continent. Inaction : les négociations Londres–programme d’armement européen ont échoué fin 2025 sur l’argent ; chaque année perdue est une capacité commune en moins. Trajectoire : neutre pour la dette. Concrètement : le partenariat de sécurité UE–Londres signé en mai 2025 existe déjà — il s’agit de l’élargir au noyau, pas de le créer.

Proposition 52 — Acheter européen : la commande publique comme arme industrielle

Ce qui existe. Environ 40 % seulement des achats de défense européens sont passés entre Européens ; le reste part, pour l’essentiel, outre-Atlantique. Les États-Unis, eux, réservent leurs marchés publics à leur industrie sans le moindre état d’âme.

Ce que l’on constate. La fragmentation des achats coûte environ 30 % de surcoût capacitaire à l’Europe. Chaque euro public parti ailleurs finance les usines, les emplois et la recherche des autres. Et l’on n’y gagne pas vraiment en cohérence, si l’on excepte le prohibitif coût du parapluie nucléaire US qui force à l’achat de F35 !

Ce qui nous menace. Un réarmement européen payé aux industriels américains : la vassalité reconduite pour trente ans, avec notre propre argent, l’épuisement de notre excellence en matière d’industrie de l’armement !

Ce que nous ferons. Une législation « Achetons européen » appliquée : préférence européenne assumée dans la commande publique, civile et militaire. Cible : 60 % puis 85 % d’achats de défense entre Européens, en restreignant ce que signifie « Européen » au territoire de l’UE (cf la catastrophique définition du « made in EU » adopté par l’industrie automobile en 2026 !!). La commande publique réelle deviendra un outil industriel -commander pour faire naître des champions, comme les grandes agences américaines le font depuis cinquante ans. La même règle vaudra pour le numérique de l’État : l’intelligence artificielle de nos administrations sera française et européenne… le cloud devra y migrer aussi, à terme !

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les fournisseurs extra-européens, et les acheteurs publics habitués au catalogue américain. Y gagnent : l’industrie française -premier exportateur d’armes du continent, première bénéficiaire des séries longues- les emplois qualifiés, chaque État du noyau, chaque état de l’UE.

Pourquoi tout le monde y gagne. Les séries longues font baisser les prix : le contribuable paie moins cher des armes mieux faites. Et nos alliés eux-mêmes y gagnent un partenaire au lieu d’un client -on respecte ceux qui se respectent.

Les chiffres. Coût : nul — une réorientation de la commande publique. Rapport : aujourd’hui ~60 % des achats de défense européens partent hors d’Europe, et la fragmentation coûte ~30 % de surcoût capacitaire. Inaction : un réarmement payé aux industriels américains — usines, emplois et R&D financés ailleurs, avec l’argent du contribuable européen. Trajectoire : neutre pour la dette, fort gain industriel et fiscal par les séries longues. Concrètement : cible de 60 puis 85 % d’achats intra-européens, « Européen » restreint au territoire de l’UE ; même règle pour l’IA et le cloud de l’État.

Proposition 53 — La Chine : la réciprocité, ni naïveté ni rupture

Ce qui existe. Depuis quarante ans, la Chine impose aux entreprises étrangères des coentreprises et des transferts de technologie ; nous accueillons ses investissements sans condition. Nos dépendances sont connues : médicaments, terres rares, composants. Et aujourd’hui la Chine est un géant de l’innovation.

Ce que l’on constate. La Chine est les deux à la fois : rival systémique et partenaire commercial majeur. Toute politique qui n’assume qu’une moitié de cette phrase échoue.

Ce qui nous menace. Devenir le déversoir de la surproduction chinoise ; perdre l’automobile comme nous avons perdu les panneaux solaires par naïveté, pas par fatalité.

Ce que nous ferons. La réciprocité stricte : nos marchés s’ouvrent comme les leurs s’ouvrent. Tout investissement chinois stratégique ou d’innovation en Europe passera par une coentreprise détenue à 51 % par des Européens -des transferts de technologie, dès lors à notre avantage. Des droits de douane européens ciblés, et aucun rachat d’actif stratégique. La souveraineté sera obligatoire sur les médicaments ; les terres rares seront extraites en Europe, avec une exigence écologique qui fera référence. Enfin, la diplomatie de la puce : l’Europe détient, avec le néerlandais ASML, l’unique fournisseur mondial des machines de gravure les plus avancées. Qui veut nos machines installe des usines chez nous — la méthode chinoise, retournée. (sachant que les embargos US obligent déjà ASML à ne livrer que des machines vieilles de 10 ans à la Chine…)

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les exportateurs qui sacrifiaient l’intérêt européen à leurs contrats trimestriels ; tant pis, à court terme, pour quelques berlines et quelques spiritueux. Y gagnent : l’industrie, la souveraineté sanitaire, et nos partenaires d’Asie qui cherchent une alternative.

Pourquoi tout le monde y gagne. Même Pékin y gagne un partenaire prévisible : on négocie mieux avec un égal qu’avec un vassal. Le commerce continue partout et les grands marchés restent debout.

Les chiffres. Coût : nul — une politique commerciale, pas une dépense. Rapport : la réciprocité stricte sur l’accès au marché, les médicaments, les terres rares et les puces. Inaction : le précédent des panneaux solaires — un leadership industriel européen perdu en moins d’une décennie face à la surproduction subventionnée ; l’automobile est la suivante sur la liste. Trajectoire : neutre pour la dette, gain de souveraineté. Concrètement : coentreprise détenue à 51 % par des Européens pour tout investissement chinois stratégique ; levier ASML — monopole mondial de la gravure avancée — qui veut les machines installe les usines ici.

Proposition 82 — L’argent de l’Europe : la vérité des comptes, le retour par les projets

Ce qui existe. La France verse à l’Union plus qu’elle n’en reçoit : environ huit milliards d’euros par an de solde net en moyenne sur la dernière décennie -deuxième contributeur net depuis le Brexit, environ 0,3 % du revenu national. Et la facture monte : le prélèvement européen approchera trente milliards par an d’ici la fin de la décennie, remboursement du plan de relance commun compris. Ces chiffres existent dans une annexe budgétaire que personne ne lit.

Ce que l’on constate. Deux discours également faux se partagent le débat : « l’Europe nous coûte une fortune », qui oublie que la France est aussi le premier bénéficiaire en volume des dépenses européennes, agriculture en tête, et que le marché unique rapporte à notre économie dix à trente fois le solde comptable selon toutes les études sérieuses ; et « le sujet est tabou », qui interdit de poser une question pourtant légitime : un pays endetté à 117 % de son PIB peut-il continuer à signer des chèques sans conditions ?

Ce qui nous menace. Le piège du « juste retour » à l’anglaise, qui a empoisonné l’Europe pendant quarante ans et l’a menée au Brexit ; ou, à l’inverse, la résignation du payeur silencieux pendant que des bénéficiaires nets bloquent la diplomatie commune.

Ce que nous ferons. Trois exigences. La transparence : le solde net publié chaque année, lisiblement, avec ses deux faces (ce que nous versons, ce que le marché unique nous rapporte) ; les Français sont adultes. Le retour par les projets : notre contribution cessera d’être un chèque pour devenir un investissement, fléchée par la négociation vers ce qui construit la puissance commune dont la France bénéficie au premier rang : défense, technologie, la place boursière de la proposition 81, les clauses miroirs du chapitre XII. Et la conditionnalité symétrique de la proposition 50 : la solidarité budgétaire européenne vaut pour les pays qui respectent les règles communes ; on ne finance pas ceux qui bloquent. Enfin, pour le remboursement de la dette commune : de vraies ressources propres européennes -taxe carbone aux frontières, profits des géants numériques, douanes réelles sur les petits colis chinois, etc…- plutôt qu’une hausse des contributions nationales que notre dette ne permet pas.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : le confort du chèque silencieux, et les bénéficiaires nets qui voudraient l’argent sans les règles. Y gagnent : les contribuables français, qui sauront enfin ce qu’ils paient et pourquoi ; et l’Europe elle-même — un payeur qui s’assume est un partenaire plus solide qu’un payeur qui rumine.

Pourquoi tout le monde y gagne. La vérité des comptes est le contraire de l’euroscepticisme : c’est elle qui désarme les démagogues. Quand chaque euro versé sera visible et chaque euro investi traçable, la contribution française cessera d’être un grief pour redevenir ce qu’elle est : la cotisation d’un pays fondateur à sa propre puissance.

Les chiffres. Coût : ~8 milliards d’euros de solde net par an (deuxième contributeur depuis le Brexit, ~0,3 % du revenu national), et un prélèvement qui approchera 30 milliards par an d’ici 2030, remboursement du plan de relance compris. Rapport : premier bénéficiaire en volume (PAC en tête), et un marché unique qui rapporte 10 à 30 fois le solde net selon les études. Inaction : le « juste retour » à l’anglaise — quarante ans de grief, jusqu’au Brexit. Trajectoire : pas un coût nouveau — la même contribution, fléchée et conditionnée. Concrètement : solde net publié chaque année, et de vraies ressources propres (carbone aux frontières, géants numériques, douanes sur les petits colis) pour rembourser la dette commune sans hausse des contributions nationales.

Proposition 86 — Le 28e régime : une entreprise, un droit, tout le marché

Ce qui existe. Le marché unique est réputé « unique », mais une entreprise qui veut le conquérir doit composer avec vingt-sept droits des sociétés, vingt-sept droits des faillites, vingt-sept fiscalités de l’épargne et de l’investissement. Pour vendre dans toute l’Europe, elle crée des filiales pays par pays, là où une entreprise américaine déploie une seule société sur un état fédéral continental.

Ce que l’on constate. C’est l’épargne européenne qui en paie le prix : faute de cadre commun, environ 300 milliards d’euros partent chaque année financer l’économie américaine plutôt que les entreprises du continent (rapport Letta), tandis que le stock considérable de l’épargne des ménages -de l’ordre de 35 000 milliards- dort en produits garantis au lieu d’irriguer nos entreprises. Les rapports Letta et Draghi de 2024 ont posé le diagnostic et le remède sous un nom : l’union de l’épargne et de l’investissement et sa pièce maîtresse, un « 28e régime », un droit européen optionnel dans lequel une entreprise peut choisir de naître et d’opérer partout comme une entité unique… on en est aux prémices !

Ce qui nous menace. Une Europe qui invente et que d’autres capitalisent -nos meilleurs fondateurs européens faisant grandir leurs entreprises innovantes sous droit américain (les fameuses Delaware Corps.) parce que notre droit change à chaque frontière intérieure.

Ce que nous ferons. Porter le 28e régime et le faire aboutir : un statut européen unique -droit des sociétés, droit des faillites, volets clés du droit du travail et de la fiscalité- qu’une entreprise adopte une fois pour opérer dans toute l’Union, sans filiale par pays. C’est le versant « offre » dont la place boursière de la proposition 81 est le versant « marché » : une forme juridique unique, une épargne profonde, une place pour se coter, voilà les trois étages qui manquent à l’Europe. Et nous le ferons par la voie que les traités permettent : un règlement européen optionnel, fondé sur la compétence du marché intérieur -l’article 114-, qui n’oblige personne et ne demande aucune révision, à la différence d’une fusion forcée des vingt-sept droits des faillites, qui resterait un vœu. L’option, pas la contrainte ; ce qui se construit, pas ce qui se promet.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : la rente des vingt-sept guichets, et l’habitude de tenir le marché unique pour achevé alors qu’il est inachevé. Y gagnent : les entreprises qui veulent grandir à l’échelle du continent ; l’épargne européenne, qui trouve enfin où s’investir chez elle ; et la France, dont les fondateurs cessent d’émigrer juridiquement.

Pourquoi tout le monde y gagne. Suivre Draghi, ici, ce n’est pas un slogan fédéraliste : c’est rendre tangible une promesse déjà faite, celle d’un marché vraiment unique. Une entreprise, un droit, tout le marché : l’Europe l’a promis en 1957 ; il est temps de le livrer.

Les chiffres. Coût : nul pour les finances publiques — un règlement optionnel fondé sur l’article 114, pas une dépense. Rapport : retenir les ~300 milliards d’euros d’épargne européenne qui fuient chaque année vers les États-Unis (rapport Letta), et réveiller le stock dormant des ménages, de l’ordre de 35 000 milliards. Inaction : nos meilleurs fondateurs s’immatriculent en « Delaware Corp. » faute de droit commun — l’Europe invente, d’autres capitalisent. Trajectoire : neutre budgétairement, fort effet sur le financement des entreprises. Concrètement : un statut unique (sociétés, faillites, volets clés) adopté une fois pour tout le marché — sans révision des traités.

Proposition 140 — La règle d’or productive : sortir l’investissement d’avenir du déficit, sous une définition stricte et commune

Ce qui existe. Depuis la réforme de 2024, le Pacte de stabilité ne regarde plus la dette brute mais la trajectoire de dépenses nettes propre à chaque État, et il valorise désormais l’investissement et l’effort de défense. Mieux : l’Union a créé en 2025 une clause dérogatoire nationale qui autorise chaque pays à consacrer jusqu’à un point et demi de PIB par an de dépenses de défense supplémentaires, pendant quatre ans, sans que cela compte dans le déficit excessif. Le principe d’exclure une dépense stratégique du calcul du déficit existe donc déjà — pour les canons.

Ce que l’on constate. L’Europe a déjà cessé de compter toutes les dépenses de la même façon : elle distingue la bonne dette, celle qui prépare l’avenir, de la mauvaise, celle qui finance le présent à crédit. Mais le mot « investissement » est une étiquette élastique, et les États rigoureux ont raison de s’en méfier : mal définie, une règle d’or devient une passoire qui ruine la crédibilité de la règle — et de l’euro.

Ce qui nous menace. Deux dangers symétriques. Sans souplesse, la règle force à couper l’investissement — l’avenir — pour protéger le fonctionnement — le présent. Avec une souplesse floue, chacun repeint ses dépenses courantes en « investissement » et le sérieux budgétaire s’effondre. Il faut trancher entre les deux, pas choisir un camp.

Ce que nous ferons. Porter une règle d’or productive, et la rendre acceptable par sa rigueur même. Sortir du calcul du déficit une liste fermée, stricte et identique pour les Vingt-Sept d’investissements réellement productifs : l’énergie décarbonée dont le nucléaire, les infrastructures transfrontalières, la défense déjà admise, les technologies de rupture et la puissance de calcul. Aux partenaires qui craignent l’abus, nous offrons les garanties qu’ils réclameraient eux-mêmes : une définition volontairement étroite et universelle, la même pour tous, sans exception nationale ; une certification par une autorité budgétaire européenne indépendante, qui dit ce qui entre et ce qui n’entre pas ; une clause d’extinction, car une dérogation permanente n’est plus une dérogation ; et une condition absolue — la dérogation ne vaut que si la trajectoire de dépenses de fonctionnement reste tenue et la dette globale sur une pente descendante. La France s’imposera cette discipline avant de la demander aux autres, comme pour l’anti-blocage symétrique de la proposition 50. Nous le porterons par le noyau (proposition 49) et l’adosserons à l’argent de l’Europe (proposition 82).

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les maquilleurs de comptes, qui ne pourront pas repeindre du fonctionnement en investissement ; et le court-termisme qui sacrifie les centrales et les trains pour tenir un ratio à la décimale. Y gagnent : les États qui investissent, le climat, la défense commune, et la crédibilité de l’euro, qu’une règle intelligente sert mieux qu’une règle aveugle.

Pourquoi tout le monde y gagne. Sortir un réacteur nucléaire du calcul du déficit tout en gardant le fonctionnement sous discipline, ce n’est pas du laxisme : c’est dire la vérité sur ce qui construit l’avenir. Une règle étroite, auditée et commune renforce le Pacte au lieu de l’affaiblir. La formule tient en une phrase : on ne demande pas de dépenser plus, on demande de cesser de compter une centrale comme on compte une allocation de fonctionnement — l’Europe l’a admis pour ses canons, qu’elle l’admette pour ses centrales, ses trains et ses calculateurs.

Les chiffres. Coût : nul en propre — une réforme de règles, pas une dépense ; le carve-out est neutre pour le solde de fonctionnement. Rapport : financer l’investissement d’avenir sans sacrifier la discipline courante, en prolongeant un précédent réel (la clause défense, +1,5 point de PIB par an sur quatre ans). Inaction : couper les EPR2, les réseaux et le calcul pour tenir un ratio — l’avenir rogné pour le présent. Trajectoire : notre garant reste intact — le fonctionnement demeure soumis à l’équilibre en temps de paix et aux contraintes fondatrices ; seul l’investissement productif certifié en est distingué. Concrètement : liste fermée et universelle d’actifs éligibles, certifiée par une autorité européenne indépendante, avec clause d’extinction et condition de dette descendante.

CHAPITRE XVIII — LA PAIX SE PRÉPARE

La guerre est revenue en Europe, et notre moteur de simulation comporte un scénario que nous aurions préféré ne jamais écrire : un choc géopolitique majeur avant 2030. Nous ne le souhaitons pas ; nous nous y préparons. Car c’est la préparation qui rend la guerre moins probable ; la paix n’est pas un acquis, c’est un travail.

Proposition 54 — Une loi de programmation militaire en euros vrais : 2,5 milliards de plus chaque année

Ce qui existe. Une loi de programmation militaire engagée dans le rattrapage de trente ans de paix oisive et de réallocation des budgets. Mais les annuités s’annoncent en euros courants : l’inflation en mange une part, et les reports de charges font le reste.

Ce que l’on constate. Les stocks de munitions se comptent au mieux en semaines de combat. Les armées disposent de bijoux et manquent de tout ce qui s’use : pièces, obus, entretien.

Ce qui nous menace. Notre scénario de choc le dit froidement : si la guerre touche l’Europe avant 2030, c’est l’épaisseur (munitions, maintenance, stocks, appareil productif) qui décidera, pas le défilé du 14 Juillet.

Ce que nous ferons. La loi de programmation sera renforcée de 2,5 milliards d’euros réels par an jusqu’en 2030 — réels, c’est-à-dire en euros constants, au-dessus de l’inflation : des euros qui achètent, pas des euros qui annoncent. Priorité à ce qui s’use : munitions, stocks, maintenance, puis aux programmes d’avenir. Chaque euro sera classé en investissement stratégique, conformément à notre règle budgétaire : la défense est le premier des investissements, pas la première des variables d’ajustement.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les autres ministères, car l’argent n’existe qu’une fois -nous le disons au lieu de le cacher ; et le confort du désarmement budgétaire, qui fut une douce illusion. Y gagnent : les armées, l’industrie de défense et ses bassins d’emploi, et la crédibilité française en Europe.

Pourquoi tout le monde y gagne. L’assurance coûte toujours moins cher que le sinistre. Un pays crédible militairement est attaqué moins souvent, écouté plus souvent, et emprunte la confiance de ses alliés.

Les chiffres. Coût : +2,5 milliards d’euros réels par an jusqu’en 2030, puis +1,5 — soit +23 milliards à terme (levier « défense » du moteur), en euros constants, au-dessus de l’inflation. Rapport : consolider en euros vrais une loi de programmation de 413 milliards (2024-2030) que l’inflation et les reports de charges grignotent. Inaction : des stocks de munitions chiffrés en semaines de combat, quand la haute intensité en consomme plus en un jour que l’Europe n’en produit en plusieurs mois. Trajectoire : classé en investissement stratégique — le premier des investissements, pas la première variable d’ajustement. Concrètement : priorité absolue à ce qui s’use — munitions, stocks, maintenance — avant les programmes d’avenir.

Proposition 55 — Deux porte-avions de nouvelle génération, financés à plusieurs

Ce qui existe. La France possède un seul porte-avions. Quand il est en entretien -des mois entiers, régulièrement- la France n’a pas de groupe aéronaval opérationnel. Notre propre doctrine le reconnaît : face aux crises lointaines, notre capacité de projection est insuffisante.

Ce que l’on constate. Un porte-avions sur deux, c’est la puissance à mi-temps. La permanence à la mer exige deux coques : tous les marins le savent, tous les budgets l’ont fui depuis la vente du Foch en 2000 !

Ce qui nous menace. Une décennie où les routes maritimes se militarisent, et une France qui, six mois sur douze, regarde.

Ce que nous ferons. Deux porte-avions de nouvelle génération (PANG) — de l’ordre de dix milliards d’euros l’unité, mais dix-sept à dix-huit pour les deux grâce à l’effet de série sur la seconde coque, construits sur dix à quinze ans —, en financement hybride : le budget national en socle, le co-financement des partenaires du noyau européen, et des emprunts communs de défense -ces obligations européennes que les États dits frugaux refusent encore, et que le traité du noyau rendra négociables, parce qu’on y co-décide ce qu’on co-finance. La mutualisation européenne portera sur la coque et le groupe aéronaval conventionnel ; la décision d’emploi de l’arme nucléaire, elle, ne se partage jamais. En cas de choc majeur, une dette spéciale de défense sera sortie de la trajectoire budgétaire ordinaire : on ne compte pas une guerre comme on compte un guichet.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les partisans du chacun chez soi budgétaire, contraints de négocier ; et le tabou des emprunts communs. Y gagnent : la marine, les chantiers navals et leurs dizaines de milliers d’emplois, et les Européens, qui obtiennent une capacité qu’aucun d’eux ne peut se payer seul.

Pourquoi tout le monde y gagne. Ceux qui co-financent co-décident — et sont co-protégés. C’est l’Europe puissance à l’état concret : de l’acier, pas des communiqués.

Les chiffres. Coût : ~10 milliards d’euros l’unité, ~17 à 18 pour les deux grâce à l’effet de série sur la seconde coque, étalés sur dix à quinze ans ; et un coût de fonctionnement annuel qui double avec un second groupe aéronaval permanent. Rapport : la permanence à la mer — un seul porte-avions n’offre la puissance qu’à mi-temps. Inaction : six mois sur douze sans groupe aéronaval opérationnel quand le Charles-de-Gaulle est en entretien, à l’heure où les routes maritimes se militarisent. Trajectoire : financement hybride (socle national, co-financement du noyau, eurobonds de défense) ; la mutualisation porte sur le conventionnel, jamais sur la décision nucléaire, qui reste souveraine. Concrètement : en cas de choc, une dette spéciale de défense hors trajectoire ordinaire — ceux qui co-financent co-décident et sont co-protégés.

Proposition 56 — Le paradigme ukrainien : le frugal qui gagne

Ce qui existe. Des décennies de « moins mais mieux » : des programmes d’armement exquis, longs, coûteux, livrés en petites séries. Des procédures d’achat conçues pour le temps de paix… et un retournement depuis 2024 qui commence à porter ses fruits !

Ce que l’on constate. L’Ukraine tient tête à une armée dix fois plus riche avec des drones à quelques milliers d’euros qui détruisent des blindés valant des millions. La guerre moderne consomme quotidiennement des munitions plus vite que l’Europe entière n’en produit en plusieurs mois !

Ce qui nous menace. Une armée d’échantillons : superbe au défilé, épuisée en six semaines. Le raffinement sans la masse, c’est la défaite de luxe.

Ce que nous ferons. La doctrine du mélange : le haut de gamme pour la supériorité -dissuasion, sous-marins, armes hypersoniques, espace- la masse frugale pour la durée - drones, munitions, brouillage, production en grande série. Les appels d’offres de la défense seront simplifiés et accélérés, comme notre scénario de choc le prévoit déjà. L’industrie sera contractualisée sur des cadences, pas seulement sur des prototypes : la capacité à monter en production devient un critère d’attribution.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : la rente du tout-exquis, et les lenteurs de procédure érigées en culture. Y gagnent : les armées, qui acquièrent la profondeur ; les PME industrielles, qui entrent enfin dans la commande de défense ; le contribuable, qui obtient plus de défense par euro.

Pourquoi tout le monde y gagne. La leçon ukrainienne est une leçon d’humilité et d’espoir : le génie frugal bat la masse aveugle. La France a les ingénieurs des deux mondes -le raffiné et le frugal. Il faut les deux pour gagner ; nous aurons les deux pour ne pas avoir à nous battre.

Les chiffres. Coût : neutre, voire une économie — un drone à quelques milliers d’euros détruit un blindé à plusieurs millions ; la masse frugale coûte une fraction du tout-exquis. Rapport : plus de défense par euro, et des PME industrielles qui entrent enfin dans la commande d’armement. Inaction : des procédures d’achat en années et des séries courtes, quand le tempo de la guerre se compte en semaines. Trajectoire : dans l’enveloppe de la proposition 54, mieux dépensée. Concrètement : l’industrie contractualisée sur des cadences de production, pas seulement sur des prototypes — monter en série devient un critère d’attribution.

Proposition 57 — La dissuasion élargie à l’Europe, l’économie de guerre si nécessaire

Ce qui existe. La dissuasion nucléaire française protège la France ; le parapluie américain protège l’Europe -ou protégeait. Une Amérique présente mais passive est désormais une hypothèse de travail, pas une provocation rhétorique.

Ce que l’on constate. Nos voisins cherchent une assurance vie. La France est la seule puissance nucléaire de l’Union : ce monopole est une responsabilité avant d’être un privilège.

Ce qui nous menace. Une Europe non couverte est une Europe qui se fera intimider, ou qui proliférera en désordre. Les deux sont des cauchemars.

Ce que nous ferons. Ouvrir la dimension européenne de notre dissuasion : élargie à l’Europe dans ses effets, décidée souverainement par la France — le « bouton » ne se partage pas, la protection si. Le co-financement capacitaire passera par le noyau. Et si la guerre vient, tout est déjà simulé et publié : défense portée à 6 % de la richesse nationale, économie de guerre, dette spéciale hors trajectoire, cyberdéfense dimensionnée à minimum trois fois les attaques subies lors des Jeux de 2024 ; l’école, la santé et la justice sanctuarisées ; les réformes non vitales suspendues. Un pays qui a déjà fait ses comptes de guerre ne panique pas, il déroule et il exécute.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les partisans du déni, à qui ce chapitre déplaît par principe ; et, dans le scénario noir, tout le monde, c’est bien pourquoi tout ce chapitre vise à l’éviter. Y gagnent : nos voisins, couverts ; la France, replacée au centre du jeu européen.

Pourquoi tout le monde y gagne. La dissuasion, c’est la guerre rendue irrationnelle pour l’agresseur. Chaque euro qui la crédibilise est un euro qui rapproche de la seule victoire qui vaille : celle qu’on n’a pas eu à remporter.

Les chiffres. Coût : nul en temps de paix — la dissuasion existe et tourne déjà (de l’ordre de 13 % du budget de défense) ; en cas de choc, défense portée à 6 % de la richesse nationale, économie de guerre, dette spéciale hors trajectoire. Rapport : la France, seule puissance nucléaire de l’Union, élargit sa protection à l’Europe dans ses effets — sans partager le « bouton ». Inaction : à découvert, l’Europe s’expose à l’intimidation ou à une prolifération en désordre. Trajectoire : neutre hors crise ; en crise, hors trajectoire ordinaire, école, santé et justice sanctuarisées. Concrètement : un scénario de guerre déjà chiffré et publié — cyberdéfense dimensionnée à trois fois les attaques des Jeux de 2024, réformes non vitales suspendues.

Proposition 137 — L’espace, la cyber et l’intelligence artificielle : la guerre à plusieurs étages

Ce qui existe. La guerre ne se livre plus seulement sur terre, sur mer et dans l’air : elle se livre dans l’espace, dans les réseaux et dans les algorithmes. L’Ukraine l’a montré — sans les satellites de Starlink, pas de commandement ; sans cyberdéfense, pas de résilience. La France possède un Commandement de l’espace, mais le débat public l’ignore encore.

Ce que l’on constate. Toute notre défense dépend désormais de l’espace : communications, renseignement, navigation, ciblage. Et l’orbite se militarise à grande vitesse — brouillage, destruction, prise de contrôle de satellites. L’espace, la cyberdéfense et l’intelligence artificielle militaire ne sont pas trois sujets : c’est un seul continuum, et il faut le penser d’un bloc.

Ce qui nous menace. Une armée aveugle et sourde le jour où ses satellites sont brouillés et ses réseaux pénétrés — c’est-à-dire une dissuasion qui ne dissuade plus. Qui domine l’orbite domine le champ de bataille.

Ce que nous ferons. Faire de l’espace, du cyber et de l’intelligence artificielle un axe majeur de la loi de programmation militaire : protéger nos satellites — les patrouilleurs-guetteurs Yoda, une première européenne —, durcir nos réseaux, armer nos états-majors d’une intelligence artificielle de souveraineté. Et reconstruire, sans angélisme, le couple franco-allemand de l’espace. Le socle existe : Ariane 6, qui a rendu à l’Europe son accès autonome à l’orbite, et IRIS², la constellation de communication sécurisée, notre réponse souveraine à Starlink. Mais en 2026, l’Allemagne s’est retirée d’IRIS² pour un programme concurrent : nous ne célébrerons pas une harmonie qui n’existe pas, nous la rebâtirons — l’avance souveraine française additionnée du budget et de l’industrie allemands, plutôt que la duplication.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : ceux qui croyaient la guerre cantonnée au sol, et les rivaux qui prospéraient sur notre dispersion. Y gagnent : nos armées, qui voient et résistent ; notre base industrielle spatiale ; et l’Europe, si elle cesse de financer deux fois les mêmes constellations.

Pourquoi tout le monde y gagne. L’espace n’est pas un luxe de puissance : c’est la condition de toutes les autres. La nation qui tient l’orbite tient ses communications, sa dissuasion et son économie — et celle qui la partage avec ses voisins multiplie sa force au lieu de la diviser.

Les chiffres. Coût : ~6 Md€ pour le spatial dans la loi de programmation 2024-2030 (sur 413), à conforter ; cyber et IA militaire relèvent de la même loi. Rapport : la protection de l’outil dont dépend tout le reste — comms, renseignement, navigation, ciblage —, appuyée sur un Commandement de l’espace à Toulouse (~500 experts). Inaction : des satellites brouillables et des réseaux pénétrables, soit une dissuasion en trompe-l’œil. Trajectoire : dépense de défense, dans l’effort de la proposition 54 et mutualisable par le noyau européen. Concrètement : parce qu’en 2026 l’Allemagne a quitté IRIS², le couple franco-allemand de l’espace est à refaire, pas à fêter.

CHAPITRE XIX — LA RUSSIE : FERMETÉ, LUCIDITÉ, ET L’APRÈS-POUTINE

La Russie est à la fois une menace et un aiguillon. La guerre de Poutine et l’abandon de l’atlantisme par Trump ont fait, en trois ans, ce que trente ans de discours n’avaient pas obtenu : pousser l’Europe à prendre en charge sa propre défense. Notre doctrine tire trois fils que le débat oppose d’ordinaire : la fermeté envers le régime, la lucidité sur une puissance en déclin, et la main tendue au peuple russe et à l’après-Poutine. Nous disons non aux ressources fossiles qui financent la guerre, oui aux liens anciens entre les peuples -et nous ne confondons jamais le Kremlin avec la Russie, ni la menace d’un fou avec la majesté d’un géant.

Proposition 117 — Le régime, pas le peuple : fermeté au Kremlin, main tendue à la Russie

Ce qui existe. Face à la guerre de Poutine, l’Occident hésite entre deux postures : la fermeté qui sanctionne, et la diplomatie qui dialogue. Comme si les deux s’excluaient — comme s’il fallait choisir entre punir le régime et parler à la Russie.

Ce que l’on constate. Le Kremlin n’est pas la Russie. Derrière le régime de guerre, il y a un peuple, une culture immense, des liens anciens avec l’Europe et la France — Tolstoï et Pouchkine ne sont pas Poutine. Et tous les régimes finissent : il y aura un après-Poutine, et l’Europe devra alors avoir gardé les fils qu’il faut pour renouer.

Ce qui nous menace. Confondre le régime et la nation, c’est offrir à Poutine ce qu’il cherche : souder les Russes contre un Occident présenté comme leur ennemi héréditaire, et fermer pour une génération la porte d’une réconciliation pourtant inévitable.

Ce que nous ferons. Tenir les trois fils ensemble. La fermeté, totale, contre le régime et sa cour : sanctions, soutien à l’Ukraine, aucune complaisance. La main tendue, dans le même temps, à la société russe : canaux diplomatiques profonds maintenus, échanges culturels et scientifiques préservés là où c’est possible, accueil des dissidents et des esprits libres qui fuient la guerre. Et la préparation de l’après : penser dès aujourd’hui la place d’une Russie post-Poutine dans l’architecture de sécurité du continent — car l’attachement de l’Ouest à la culture russe, et la grandeur réelle de cette nation, ne s’effacent pas avec un dictateur. On combat un régime ; on n’humilie pas un peuple.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : Poutine, privé du récit de l’Occident russophobe ; et les naïfs qui voudraient lever la garde au nom du dialogue. Y gagnent : les Russes qui refusent la guerre, et l’Europe, qui se réserve un avenir avec son grand voisin.

Pourquoi tout le monde y gagne. La fermeté sans haine est la plus difficile et la plus efficace des postures : elle ne donne aucune prise à la propagande, et elle garde ouvert le seul horizon qui vaille — une paix, un jour, avec une Russie redevenue fréquentable. On punit le présent sans condamner l’avenir.

Les chiffres. Coût : nul — une posture diplomatique. Rapport : garder les canaux ouverts et accueillir ceux qui fuient le régime — des centaines de milliers de Russes diplômés exilés depuis 2022, autant de ponts à ne pas brûler. Inaction : offrir à Poutine le seul récit qui le sauve, celui de l’Occident russophobe. Trajectoire : neutre pour la dette. Concrètement : fermeté totale au régime (sanctions, soutien à l’Ukraine), main tendue au peuple (dissidents accueillis, liens culturels préservés) — on combat un régime, on n’humilie pas un peuple.

Proposition 118 — La guerre hybride : se défendre dans le cyber, l’information et les têtes

Ce qui existe. La Russie de Poutine ne livre pas que la guerre des chars : elle mène un conflit permanent, hybride — cyberattaques, ingérences électorales, désinformation industrielle, manipulation des réseaux, financement d’influences. Une guerre qui ne dit pas son nom, et que nos démocraties peinent à nommer.

Ce que l’on constate. C’est sur ce terrain, plus que sur le champ de bataille, que la Russie atteint l’Europe au quotidien : en fracturant nos opinions, en amplifiant nos colères, en faisant douter les citoyens de leurs propres institutions. La désinformation coûte peu et rapporte gros ; c’est l’arme du faible qui veut paraître fort.

Ce qui nous menace. Des démocraties paralysées de l’intérieur, des élections sous influence, une société qui se déchire sur des récits fabriqués ailleurs — la défaite sans la guerre.

Ce que nous ferons. Bâtir une défense hybride à la hauteur de l’attaque hybride. Une cyberdéfense souveraine, adossée à l’intelligence artificielle de l’État (chapitre IX) et au noyau de sécurité européen (chapitre XVII). Une lutte assumée contre la désinformation étrangère : détecter et nommer les campagnes, exiger la transparence des plateformes, sans jamais glisser vers la censure des opinions — on traque l’ingérence, pas le débat. Et la résilience par l’éducation : un citoyen formé à distinguer un fait d’une manipulation (chapitre I) est le meilleur des pare-feux. La protection des infrastructures critiques — énergie, câbles sous-marins, finance — sera traitée comme une priorité de défense.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les officines de manipulation, et les plateformes qui prospéraient sur l’opacité. Y gagnent : la démocratie, rendue à un débat moins pollué ; et les citoyens, armés contre ce qui les manipule.

Pourquoi tout le monde y gagne. Une société qui sait reconnaître la manipulation devient inattaquable par elle : c’est la résilience, non la censure, qui défait la guerre de l’information. Se défendre dans les têtes, c’est défendre la démocratie elle-même.

Les chiffres. Coût : intégré aux leviers défense et IA de l’État ; la résilience par l’éducation ne coûte rien. Rapport : une démocratie moins manipulable et des infrastructures critiques protégées — les câbles sous-marins portent près de 99 % des données intercontinentales. Inaction : la guerre hybride pour une fraction du prix d’une guerre conventionnelle — l’arme du faible qui veut paraître fort. Trajectoire : dans les leviers existants, sans double compte. Concrètement : cyberdéfense souveraine, campagnes étrangères détectées et nommées (sans censure du débat), câbles sous-marins traités comme une cible de défense.

Proposition 119 — Poutine, l’aiguillon : le réarmement européen validé par l’exemple

Ce qui existe. Trente ans durant, l’Europe a vécu sous le parapluie américain, touchant les dividendes de la paix et négligeant sa défense. Deux chocs ont mis fin à l’insouciance : la guerre de Poutine, qui a ramené la guerre sur le continent, et le tournant de Washington, qui a signifié aux Européens qu’ils ne pourraient plus compter sur l’Amérique comme avant.

Ce que l’on constate. Poutine a fait pour la défense européenne plus que tous nos discours : il a prouvé, par l’exemple, que la menace est réelle et que l’autonomie est vitale. Et la fin de l’atlantisme américain a achevé la démonstration : une Europe qui ne se défend pas elle-même ne sera pas défendue. C’est très exactement la politique décrite aux chapitres XVII et XVIII — le traité du noyau, l’achat européen, la loi de programmation militaire renforcée.

Ce qui nous menace. Gâcher l’aiguillon : se réarmer mollement, en ordre dispersé, en continuant d’acheter américain — et se retrouver, le jour venu, aussi dépendants et aussi faibles qu’avant, mais ruinés.

Ce que nous ferons. Saisir le moment russe comme l’occasion historique de la défense européenne. Accélérer le réarmement décrit au chapitre XVIII — la loi de programmation en euros vrais —, mutualiser par le noyau du chapitre XVII, et faire de la menace russe le ciment de l’autonomie stratégique : une base industrielle et technologique de défense européenne, des stocks reconstitués, une dissuasion assumée. Ce que Poutine voulait diviser, nous en ferons notre unité. Sans oublier le spatial !

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : Poutine, dont l’agression aura accouché de l’Europe-puissance qu’il redoutait ; et les tenants de la dépendance, de tous bords. Y gagnent : l’industrie de défense européenne, les emplois qualifiés, et la sécurité du continent.

Pourquoi tout le monde y gagne. Les nations, comme les hommes, grandissent souvent sous la menace. La Russie de Poutine est le révélateur qui force l’Europe à devenir adulte. Transformer une agression en sursaut : c’est la définition même de ce livre.

Les chiffres. Coût : c’est le réarmement des chapitres XVIII et XVII (loi de programmation +23 milliards, noyau européen) — pas une dépense nouvelle ici. Rapport : la menace russe et la fin de l’atlantisme valident, par l’exemple, l’autonomie stratégique européenne. Inaction : gâcher l’aiguillon — rester aussi dépendants et faibles qu’avant, mais ruinés. Trajectoire : portée par les leviers défense (chapitre XVIII), sans double compte. Concrètement : accélérer le réarmement et mutualiser par le noyau — ce que Poutine voulait diviser, en faire notre unité.

Proposition 120 — Sortir du fossile russe : ne plus financer la guerre qu’on combat

Ce qui existe. L’Europe a longtemps payé à la Russie le gaz et le pétrole qui finançaient l’armée qui la menace — une absurdité stratégique. Elle s’en dégage : la part russe de son gaz est tombée de 45 % en 2021 à 19 %, et l’Union a décidé d’en finir d’ici la fin de 2027.

Ce que l’on constate. Chaque euro versé pour une énergie russe est un euro versé à la machine de guerre de Poutine. Tant que nous achetions son gaz, nous armions celui qui arme nos ennemis — la dépendance énergétique muée en complicité financière.

Ce qui nous menace. Un sevrage trop lent, des contournements, et le risque de remplacer une dépendance par une autre — au gaz américain aujourd’hui, à une autre puissance demain.

Ce que nous ferons. Achever et accélérer la sortie du fossile russe, sans retour en arrière même si une paix venait : on ne rebranche pas un robinet qui finance celui qui nous vise. Et faire de cette sortie le débouché de notre politique énergétique (chapitre XI) : remplacer le fossile russe non par un autre fossile importé, mais par notre propre électricité décarbonée — le nucléaire, les renouvelables utiles, l’hydrogène. La souveraineté énergétique et la sécurité du continent sont une seule et même politique.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : la rente énergétique du Kremlin, et les intérêts qui plaidaient pour le statu quo gazier. Y gagnent : l’Ukraine, dont l’agresseur s’assèche ; et l’Europe, qui transforme une dépendance honteuse en indépendance assumée.

Pourquoi tout le monde y gagne. Cesser de financer son adversaire est le minimum d’une politique sérieuse. En liant la sortie du fossile russe à notre souveraineté énergétique, nous faisons d’une nécessité géopolitique un atout industriel et climatique. L’arme, ici, c’est notre propre courant.

Les chiffres. Coût : nul en propre — c’est la politique énergétique du chapitre XI (sortie du fossile, électricité décarbonée). Rapport : ne plus financer la machine de guerre de Poutine — la part russe du gaz de l’Union est tombée de 45 % en 2021 à 19 %, et l’Union en finit d’ici fin 2027. Inaction : armer celui qui arme nos ennemis. Trajectoire : portée par le chapitre XI, sans double compte. Concrètement : sortie achevée et accélérée du fossile russe, remplacée par notre propre courant décarboné — sans retour en arrière même en cas de paix.

Proposition 121 — La lucidité stratégique : l’orgueil de l’ours vassalisé

Ce qui existe. La Russie se présente en superpuissance, et une partie de l’Occident la croit sur parole — la craignant trop, ou la ménageant par lassitude. Or les chiffres disent autre chose qu’un empire.

Ce que l’on constate. La Russie de Poutine n’est plus, pour l’Occident, une puissance économique : son produit s’est contracté, son commerce s’est replié sur l’Asie, et elle est devenue le vassal de la Chine — qui absorbe l’essentiel de son pétrole, lui fournit ses biens, et la paie parfois en troc faute de banques. Pékin pèse plus du tiers de ses importations ; elle ne compte que pour cinq pour cent des achats chinois. Réduite au rôle de fournisseur d’énergie et de marchand d’armes, la Russie n’est ni innovante, ni moderne, ni riche. Sa seule vraie carte demeure son arsenal nucléaire — pendant que la Chine, elle, a doublé le sien depuis 2019 et vise le rang de deuxième puissance atomique du monde. Le centre de gravité bascule vers l’Asie, et la Russie n’y est plus qu’un satellite.

Ce qui nous menace. Surestimer l’ours : lui prêter une puissance qu’il n’a plus, et calibrer notre peur — donc notre politique — sur son orgueil plutôt que sur sa réalité. C’est le plus sûr moyen de lui céder.

Ce que nous ferons. Tenir une posture froide : ferme sur les capacités réelles — le nucléaire, l’armée, la guerre hybride —, sans révérence pour une puissance déclinante. Ne pas négocier sous l’effet de la peur, ne pas surpayer la paix, et garder en tête le vrai jeu long : la montée de la Chine, dont la Russie n’est plus que l’appendice énergétique. Notre fermeté envers Moscou doit toujours être pensée dans ce cadre plus vaste — l’Asie, pas l’Oural.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : la propagande russe de la superpuissance, et ceux qu’elle intimide. Y gagne : une diplomatie européenne enfin proportionnée aux rapports de force réels.

Pourquoi tout le monde y gagne. Voir un adversaire tel qu’il est — ni plus fort, ni plus faible — est la première condition de toute stratégie. La Russie de Poutine est dangereuse, mais déclinante ; la traiter pour ce qu’elle est, c’est cesser de la craindre comme ce qu’elle n’est plus. Méfions-nous de l’orgueil de l’ours de l’Oural — et gardons-nous de le partager.

Les chiffres. Coût : nul — une posture stratégique. Rapport : une diplomatie proportionnée aux rapports de force réels — ne pas surpayer la paix, ne pas négocier sous la peur. Inaction : surestimer l’ours, calibrer notre peur sur son orgueil, et lui céder. Trajectoire : neutre pour la dette. Concrètement : une Russie vassale de la Chine (Pékin pèse plus du tiers de ses importations, elle 5 % des achats chinois), ni innovante ni riche — le vrai jeu long est asiatique.

CHAPITRE XX — LA FRANCE, PUISSANCE D’ÉQUILIBRE : VERS UNE DIPLOMATIE EUROPÉENNE

La politique étrangère et la défense sont, depuis 1958, le domaine réservé du président. C’est un héritage qu’il faut assumer sans l’idolâtrer : car ce domaine-là, tôt ou tard, devra se confondre avec celui de l’Europe. La tâche est rude. Nos alliances historiques ne se ressemblent pas, nos liens avec nos anciennes colonies non plus, ni nos accords commerciaux ou militaires : l’Espagne et l’Allemagne ne lisent pas Gaza de la même façon, la France et la Pologne n’ont pas la même Afrique. Mais sur les grands pôles — les États-Unis, la Chine, la Russie, et l’« axe » des régimes dangereux —, les Européens n’ont plus le luxe de la dispersion. L’alignement n’est pas une abdication : c’est la seule façon de peser. Ce chapitre dessine la diplomatie d’une France qui ne choisit ni la vassalité ni la naïveté — une puissance d’équilibre.

Proposition 127 — Aligner les Européens sur les grands pôles, converger partout ailleurs

Ce qui existe. Vingt-sept politiques étrangères qui parlent à tour de rôle, et donc une Europe qu’on n’écoute pas. Quand Washington convoite le Groenland, quand Pékin inonde nos marchés, quand Moscou teste nos frontières, l’Europe répond en ordre dispersé — vingt-sept voix, aucune portée.

Ce que l’on constate. L’Europe ne pèse que lorsqu’elle parle d’une seule voix : elle l’a montré sur le commerce, où elle négocie groupée, et oublié partout ailleurs. Sur les quatre grands pôles — les États-Unis, la Chine, la Russie, l’axe des régimes hostiles (Iran, Corée du Nord, et leurs relais) —, la divergence européenne est un cadeau fait à nos rivaux. Sur d’autres dossiers — l’Afrique, Israël et la Palestine, Taïwan —, les histoires nationales sont si différentes que l’alignement immédiat est un leurre : il se construira, il ne se décrète pas.

Ce qui nous menace. Une Europe désunie est une Europe vassalisée — par défaut, faute d’avoir choisi de l’être par elle-même. Dire « non » à Trump sur le Groenland, dresser des règles claires face à la Chine, tenir une ligne ferme sur les régimes dangereux : rien de tout cela n’est possible à vingt-sept solistes.

Ce que nous ferons. Faire de l’alignement sur les grands pôles la priorité diplomatique du mandat, par le noyau européen décrit au chapitre XVII : une position commune, contraignante, sur les États-Unis, la Chine, la Russie et l’axe hostile. Et, là où les histoires divergent encore — l’Afrique, le Proche-Orient, l’Indo-Pacifique —, un travail patient de convergence plutôt qu’un faux consensus : rapprocher la lecture espagnole et la lecture allemande de Gaza, intéresser la Pologne à une Afrique où elle n’a pas de politique mais où elle a tout à gagner à contrer les héritiers de Wagner au Sahel. La diplomatie française restera nationale dans sa voix, européenne dans sa stratégie.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les puissances qui prospéraient sur nos divisions, et la vanité des chancelleries qui préfèrent une voix solitaire à une influence partagée. Y gagnent : l’Europe, qui se met à compter ; et la France, dont la voix porte d’autant plus loin qu’elle entraîne vingt-six autres.

Pourquoi tout le monde y gagne. Une France qui partage sa souveraineté diplomatique n’en perd pas : elle la multiplie. Seul, on a raison tout seul ; à vingt-sept alignés, on fait plier un continent.

Les chiffres. Coût : nul — c’est une méthode, pas une dépense. Rapport : l’alignement européen est le seul multiplicateur de puissance gratuit dont nous disposons. Inaction : une Europe vassalisée par défaut, incapable de dire non. Trajectoire : neutre pour la dette. Concrètement : position commune contraignante sur les quatre grands pôles via le noyau (chapitre XVII) ; convergence patiente, et non décrétée, sur l’Afrique, le Proche-Orient et Taïwan.

Proposition 128 — La Chine à la réciprocité : l’accès au marché se négocie

Ce qui existe. Une asymétrie que nous avons laissée s’installer. Dans les années 1990 et 2000, la Chine n’ouvrait son marché qu’à une condition : coentreprise détenue à 51 % par des capitaux chinois, et transfert de technologie obligatoire. L’Occident a payé ce péage. Aujourd’hui, l’Europe ouvre grand ses portes et devient le déversoir des surproductions chinoises — acier, véhicules électriques, panneaux solaires — sans rien exiger en retour.

Ce que l’on constate. Le libre-échange n’est libre que s’il est réciproque ; sinon, c’est un désarmement unilatéral. La Chine n’a jamais pratiqué le libre accès : elle a pratiqué l’accès conditionnel. Lui opposer enfin ses propres règles n’est pas du protectionnisme — c’est de la symétrie.

Ce qui nous menace. Une Europe qui absorbe sans condition les surcapacités d’une économie administrée verra mourir ses industries une à une, puis découvrira sa dépendance le jour où elle voudra dire non.

Ce que nous ferons. Appliquer à la Chine la réciprocité qu’elle nous a imposée hier. Pour les investissements stratégiques : exiger, à l’échelle européenne, le miroir de la règle des années 2000 — coentreprises adossées à des capitaux européens majoritaires et partage de technologie, dans les secteurs que nous voulons garder souverains. Pour les marchandises : conditionner l’accès au marché unique à la réciprocité d’accès et au respect de nos normes sociales et environnementales, et activer sans timidité les instruments anti-subventions de l’Union. L’accès au plus grand marché solvable du monde n’est plus un droit : c’est une monnaie d’échange, et nous la dépenserons.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les surcapacités subventionnées qui cherchaient un déversoir, et les importateurs qui vivaient de la naïveté européenne. Y gagnent : nos industriels, enfin traités à égalité ; et le consommateur, à terme, car une industrie vivante vaut mieux qu’un prix cassé suivi d’une dépendance.

Pourquoi tout le monde y gagne. La réciprocité n’est pas une guerre commerciale : c’est la condition d’un commerce qui dure. On ne négocie bien qu’avec ce qu’on est prêt à retenir — et l’Europe a enfin de quoi retenir.

Les chiffres. Coût : nul en propre ; les recettes douanières éventuelles sont un effet, pas un but. Rapport : la survie de pans industriels entiers (automobile, solaire, acier) et la fin d’une dépendance stratégique. Inaction : la désindustrialisation par la surproduction importée, puis la vulnérabilité politique qu’elle crée. Trajectoire : neutre pour la dette, positive pour la base industrielle (donc pour les recettes futures). Concrètement : coentreprises à capitaux européens majoritaires et transfert de technologie sur les secteurs stratégiques ; accès au marché unique conditionné à la réciprocité et aux normes ; instruments anti-subventions activés.

Proposition 129 — Les États-Unis : rééquilibrer, et se rendre inviolables

Ce qui existe. Une amitié réelle, mais une relation déséquilibrée. Nous avons un excédent de biens avec les États-Unis et un déficit massif de services — numériques au premier chef : nos données, nos paiements, notre informatique en nuage transitent par des entreprises américaines. Et le droit américain prétend les suivre partout : le CLOUD Act autorise Washington à exiger des données hébergées hors de son sol. Notre souveraineté s’arrête là où commencent leurs serveurs.

Ce que l’on constate. L’ère qui s’ouvre, après Trump, sera celle d’un partenaire moins fiable et plus prédateur. L’amitié transatlantique n’interdit pas la lucidité : un allié qui capte nos données et taxe nos exportations à sa guise est un allié avec lequel il faut négocier en position de force, pas en quémandeur.

Ce qui nous menace. Une Europe qui laisse le numérique américain régner sur ses données reste sous écoute légale permanente — et découvrira, le jour d’une crise, que l’interrupteur n’est pas entre ses mains.

Ce que nous ferons. Rééquilibrer, et nous rendre inviolables. Rééquilibrer la balance des services en négociant, à l’échelle européenne, un accès symétrique au marché numérique américain et une fiscalité juste des géants du numérique. Nous rendre inviolables par deux voies complémentaires : à court terme, exiger que toute donnée sensible des Européens soit hébergée sous juridiction européenne, derrière des garde-fous techniques et juridiques qui la rendent inexploitable par une réquisition étrangère ; à long terme, bâtir nos propres infrastructures — calcul, nuage souverain, paiements (chapitre IX) —, sachant que cette indépendance se compte en centaines de milliards et en années, non en discours. L’autonomie numérique est le prolongement civil de l’autonomie stratégique.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les monopoles qui exploitaient notre dépendance, et le confort de l’alignement sans condition. Y gagnent : nos entreprises et nos citoyens, dont les données cessent d’être une matière première étrangère ; et nos industriels du numérique, enfin commandés et financés.

Pourquoi tout le monde y gagne. Un allié qu’on respecte est un allié avec lequel on traite d’égal à égal. Se rendre inviolable, ce n’est pas se fâcher : c’est cesser d’être pillable — ce qui, entre amis, vaut mieux.

Les chiffres. Coût : l’hébergement souverain et les garde-fous, modestes à court terme ; l’autonomie numérique complète, des centaines de milliards à l’échelle européenne et sur une décennie (commande publique + fonds souverain, chapitre IX). Rapport : la fin de l’extraterritorialité subie et un rééquilibrage de la balance des services numériques (dizaines de milliards). Inaction : une souveraineté de papier, sous réquisition étrangère permanente. Trajectoire : l’effort lourd est un CAPEX européen mutualisé, pas une charge française isolée. Concrètement : données sensibles sous juridiction européenne et techniquement inexploitables par une réquisition US ; à terme, calcul, nuage et paiements souverains.

Proposition 130 — Le Proche-Orient : Israël en sûreté, la Palestine reconnue

Ce qui existe. Une diplomatie française qui, depuis toujours, tient les deux bouts : la défense de l’existence et de la sécurité d’Israël, et celle des droits du peuple palestinien. Cet équilibre, longtemps notre marque, s’est brouillé à mesure que le conflit s’enlisait et que l’horizon des deux États s’éloignait.

Ce que l’on constate. Il n’y a pas de paix durable sans la sécurité d’Israël, ni sans un État palestinien viable. Les accords signés à Washington en 1993 traçaient cette voie ; on l’a laissée se refermer. La reconnaissance de l’État de Palestine progresse pourtant dans le monde — c’est un levier, à condition d’être posée comme une étape vers la paix, jamais comme un geste contre Israël.

Ce qui nous menace. Un Proche-Orient livré aux extrêmes des deux camps, c’est un foyer de guerre permanent qui irrigue le terrorisme, les divisions internes des sociétés européennes, et l’instabilité de tout notre voisinage méditerranéen.

Ce que nous ferons. Réassumer la position d’équilibre qui fut la force de la France. Garantir, sans ambiguïté, l’intégrité et la sécurité d’Israël dans des frontières sûres et reconnues, dans l’esprit des accords de Washington. Garantir, avec la même fermeté, les droits du peuple palestinien au sein d’un État viable aux frontières stables, et porter sa reconnaissance par le plus grand nombre — en y entraînant nos partenaires européens, car c’est unie que l’Europe pèsera. Entretenir le lien singulier avec le Liban, fût-il moins « spécial » qu’au temps des Hariri, parce que la France y a une dette d’histoire et un rôle d’équilibre. Tenir, en somme, la ligne que nous tenons depuis toujours : amie d’Israël, fidèle aux Arabes, esclave d’aucun camp.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les extrémistes des deux rives, qui vivent de l’absence d’horizon. Y gagnent : les Israéliens, à qui l’on garantit la sécurité ; les Palestiniens, à qui l’on garantit un État ; et l’Europe, dont la sécurité intérieure se joue aussi là-bas.

Pourquoi tout le monde y gagne. L’équilibre n’est pas la tiédeur : c’est le courage de tenir deux vérités à la fois quand chacun voudrait nous en faire renier une. C’est cette exigence-là, exactement, qui fait une puissance d’équilibre.

Les chiffres. Coût : neutre — c’est une doctrine diplomatique, soutenue par notre aide au développement et notre présence (ordre de grandeur existant, redéployé). Rapport : la stabilité d’un voisinage dont l’instabilité nous coûte en terrorisme, en divisions et en flux. Inaction : un conflit sans horizon qui ensemence durablement l’insécurité européenne. Trajectoire : neutre pour la dette. Concrètement : sécurité d’Israël dans des frontières reconnues, État palestinien viable et reconnu porté avec nos partenaires européens, lien maintenu avec le Liban — la ligne d’équilibre française réassumée.

Proposition 131 — L’Inde et les non-alignés : l’autre Asie

Ce qui existe. Une obsession sino-centrée qui nous a fait négliger l’autre géant asiatique. L’Inde, première démocratie du monde par la population, reste « non alignée » — ni vassale de Washington, ni satellite de Pékin, et elle offre un écosystème largement plus ouvert à l’Occident, sur presque tout son territoire, que la Chine ne l’a jamais été.

Ce que l’on constate. Diversifier hors de Chine n’est pas un slogan : c’est une assurance. L’Inde est l’alternative intelligente — un marché immense, une démocratie qui, pour rude qu’elle soit, demeure une démocratie, et donc une garantie de prévisibilité pour nos entreprises que n’offre aucun régime autoritaire.

Ce qui nous menace. Une Europe qui aurait remplacé sa dépendance américaine par une dépendance chinoise n’aurait fait que changer de maître. Ignorer l’Inde et les puissances non alignées, c’est se condamner au face-à-face appauvrissant avec Pékin.

Ce que nous ferons. Faire de l’Inde un partenaire stratégique de premier rang : approfondir la coopération de défense déjà engagée, ouvrir nos filières d’excellence (aéronautique, spatial, nucléaire civil, numérique) et nos universités, et bâtir des chaînes d’approvisionnement qui passent par New Delhi plutôt que par le seul Shenzhen. Plus largement, tisser un réseau avec les grandes démocraties non alignées du Sud — pour leur offrir une alternative crédible à la tutelle chinoise, et nous offrir des marchés et des relais. La diversification est la prudence faite politique étrangère.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : ceux qui pariaient sur notre dépendance à un fournisseur unique. Y gagnent : nos industriels, qui sécurisent leurs chaînes ; nos chercheurs et étudiants, qui gagnent un partenaire d’un milliard et demi d’habitants ; et l’équilibre mondial, moins bipolaire.

Pourquoi tout le monde y gagne. Une porte de sortie n’est utile que si elle est ouverte avant l’incendie. Cultiver l’Inde aujourd’hui, c’est s’épargner le chantage de demain.

Les chiffres. Coût : neutre — redéploiement diplomatique et commercial, pas dépense nouvelle ; les coopérations de défense relèvent de la loi de programmation (chapitre XVIII). Rapport : la diversification hors de Chine, c’est-à-dire une assurance contre la dépendance et un accès au marché à plus forte croissance du monde. Inaction : un face-à-face appauvrissant avec Pékin, faute d’alternative. Trajectoire : neutre pour la dette, positive pour le commerce. Concrètement : partenariat stratégique avec l’Inde (défense, aéronautique, spatial, nucléaire civil, universités), réseau avec les démocraties non alignées du Sud.

Proposition 132 — Réarmer le multilatéralisme : une ONU élargie, des liens particuliers

Ce qui existe. Un multilatéralisme à bout de souffle. Le Conseil de sécurité reflète le monde de 1945, pas celui de 2027 : cinq membres permanents, deux blocages systématiques signés Moscou et Pékin, et des continents entiers — l’Afrique, l’Amérique latine — sans siège permanent. Et une France qui dispose, à travers ses outre-mer, de voisinages précieux qu’elle cultive trop peu.

Ce que l’on constate. Le multilatéralisme est une force française : siège permanent, réseau diplomatique mondial, francophonie (chapitre V), présence sur tous les océans. Mais une institution figée perd sa légitimité, et un voisinage négligé devient une occasion manquée.

Ce qui nous menace. Un ordre international que plus personne ne croit légitime cède la place à la loi du plus fort — celle, précisément, que les régimes autoritaires appellent de leurs vœux.

Ce que nous ferons. Porter une réforme ambitieuse du Conseil de sécurité : l’élargir à l’Allemagne et au Japon — deux démocraties majeures, avant le centenaire de 1945 si possible —, à l’Inde et au Brésil pour les géants émergents, et à l’Afrique du Sud pour porter une voix africaine. Un tel élargissement réancre l’institution dans le monde réel, équilibre les nouveaux venus (deux proches de l’Occident, trois non alignés) et, mécaniquement, dilue le poids des deux vétos autoritaires — sans que ce soit le motif affiché, car la réforme se défend par la légitimité, pas par la manœuvre. En parallèle, cultiver nos liens particuliers : par nos outre-mer, la France est le voisin du Brésil et du Suriname, de la Nouvelle-Zélande et de l’Australie, des Antilles anglophones, néerlandaises et hispanophones, du Canada, de Madagascar et de Maurice. Avec chacun, une coopération renforcée — civile et militaire, du secours en mer à la surveillance des zones économiques, de l’université à la culture.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : ceux qui prospèrent dans le blocage et l’illégitimité des institutions. Y gagnent : la France, dont le multilatéralisme est un atout sous-exploité ; les grands émergents, qui obtiennent la place que le réel leur doit ; et nos outre-mer, replacés au centre de réseaux régionaux au lieu d’en être les marges.

Pourquoi tout le monde y gagne. Une institution qu’on rénove est une institution qu’on sauve. Et un pays présent sur tous les océans qui se lie enfin à ses voisins découvre qu’il n’est jamais aussi grand que par ses confins.

Les chiffres. Coût : neutre — diplomatie et coopération, redéployées ; les volets militaires relèvent de la loi de programmation (chapitre XVIII). Rapport : un multilatéralisme rénové et un réseau de voisinages activé — la projection d’une puissance mondiale à coût marginal. Inaction : un ordre international délégitimé qui cède à la loi du plus fort, et des outre-mer laissés en marge de leurs propres régions. Trajectoire : neutre pour la dette. Concrètement : Conseil de sécurité élargi (Allemagne, Japon, Inde, Brésil, Afrique du Sud) ; liens particuliers et coopération civile et militaire avec les voisins de nos outre-mer (Brésil, Suriname, Nouvelle-Zélande, Australie, Antilles, Canada, Madagascar, Maurice).

CINQUIÈME PARTIE — TENIR PAROLE

La méthode et le contrat : se rendre vérifiable, et répondre de ses promesses.

Tout ce qui précède ne vaut que si quelqu’un en répond. Un programme sans contrat n’est qu’une liste de vœux ; cette dernière partie est celle où nous nous engageons à perdre quelque chose. Des cibles publiées et datées, un moteur de simulation ouvert à tous, des députés qui répondent de leurs résultats : la promesse enfin rendue exigible. C’est le chapitre que les programmes n’écrivent jamais.

CHAPITRE XXI — LA MÉTHODE ET LE CONTRAT

Toutes les propositions de ce livre ne valent rien sans une question : qui vérifie, et que risquent ceux qui promettent ? Ce chapitre ne propose pas une politique de plus ; il propose le contrat qui rend toutes les autres exigibles. C’est le chapitre que les programmes n’écrivent jamais : celui où l’on s’engage à perdre quelque chose. Et il scelle la promesse qui tient tout le livre : tout le monde paiera un peu, et tout le monde y gagnera, pas tous en même temps, mais tous.

Proposition 58 — Des cibles publiées à cinq et dix ans : la courbe, pas le slogan

Ce qui existe. Des programmes qui promettent un chiffre à une date (toujours la fin du mandat) jamais le chemin. Personne ne mesure, personne ne rend compte, et la promesse suivante recouvre la précédente. Sans cohérence.

Ce que l’on constate. Notre propre moteur nous a contredits, et nous publions sa contradiction : atteindre un déficit de 1 % dès 2032 exigerait environ 2,5 % de croissance par an dès 2027 ; c’est-à-dire zéro marge d’erreur. Trois écoles économiques (keynésienne, libérale, consensus) convergent : l’écart entre elles est plus petit que l’écart aux cibles. Et les réformes structurelles mettent environ huit ans à produire leurs effets : l’Allemagne des années 2000 l’a montré.

Ce qui nous menace. La promesse à date unique fabrique mécaniquement des parjures -puis des abstentionnistes.

Ce que nous ferons. Nous publierons la courbe complète, à cinq et dix ans : un jalon de responsabilité en 2032 -dette en décrue, budget en marche vers l’équilibre, croissance et emploi en redressement- et les cibles complètes en 2037. Nous expliquerons aux Français, et à nos partenaires européens, pourquoi cinq ans déclenchent et dix ans délivrent. Et nous donnons à cette crédibilité une cible vérifiable : reconquérir une signature de premier ordre -remonter vers la note AA, puis au-delà- car chaque cran regagné, chaque dixième de point d’intérêt économisé, ce sont des milliards rendus aux services publics plutôt qu’aux marchés. Aucun chiffre ne sera promis sans son chemin.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les marchands de promesses calées sur le calendrier électoral, nous y compris si nous trichons -la courbe publiée est un témoin à charge permanent. Y gagnent : les citoyens, qui peuvent enfin suivre ; et l’État emprunteur, car la crédibilité se paie en intérêts plus bas.

Pourquoi tout le monde y gagne. Une trajectoire honnête tenue vaut mieux que dix promesses brillantes trahies. C’est toute la différence entre gouverner et concourir. Et je ne parle pas ici de « rigueur » mais bien plus de bon sens paysan !

Les chiffres. Coût : nul — c’est de la transparence. Rapport : un dixième de point d’intérêt en moins sur ~3 500 milliards de dette, c’est de l’ordre de 3,5 milliards par an rendus aux services publics à mesure du refinancement ; cible vérifiable : remonter vers la note AA, puis au-delà. Inaction : promettre un chiffre à une date unique sans le chemin — atteindre 1 % de déficit dès 2032 supposerait ~2,5 % de croissance par an dès 2027, soit zéro marge d’erreur. Trajectoire : neutre pour la dette, positive pour son coût. Concrètement : un jalon de responsabilité en 2032 (dette en décrue, budget en marche vers l’équilibre), les cibles pleines en 2037 — aucun chiffre sans son chemin.

Proposition 59 — Le moteur de simulation, ouvert à tous les citoyens

Ce qui existe. Des programmes invérifiables, des chiffrages de campagne que chacun brandit et que personne ne peut reproduire. Le débat économique est un dialogue de mégaphones tenu par des néophytes : prenons le ‘plan climatisation’ brandi par le RN lors de la canicule de juin 2026 !!! Aucun fondement, pas de chiffrage, et hors sol, cette proposition à 200 milliards d’euros de dépenses a en revanche trouvé son public !! « il fait chaud, elle doit avoir raison ! »

Ce que l’on constate. Nous avons construit un moteur de simulation sur vingt ans de données publiques, capable de tester chaque mesure sous trois écoles économiques. Il sait nous contredire (et il l’a fait) : il montre qu’un programme concurrent de redistribution affiche un meilleur solde que le nôtre en 2032, avant que ses dépenses permanentes ne le rattrapent et ne fasse sombrer la France (programme Mélenchon !). Un moteur qui ne ment pas pour son commanditaire : voilà la nouveauté.

Ce qui nous menace. Une démocratie où les chiffres sont des armes secrètes choisit à l’aveugle et qui se venge sur ses élus accusés de n’avoir rien pu vérifier.

Ce que nous ferons. Le moteur sera public, en ligne, gratuit. Chaque citoyen pourra choisir son école économique, durcir ou adoucir nos mesures, et lire le verdict : déficit, dette, croissance, emploi, jusqu’à la température sociale des réformes. Chacun pourra y auditer n’importe quel programme en trente secondes -et voir apparaître les hypothèses cachées : « ce programme suppose une croissance implicite que rien ne finance ». Le tout reposera sur une IA française.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les programmes à chiffres fantômes, et nous-mêmes chaque fois que le moteur nous donne tort en public. Y gagnent : les électeurs, les journalistes, les enseignants et le débat, rendu aux faits.

Pourquoi tout le monde y gagne. On ne peut plus mentir à un pays qui a la calculatrice. La transparence n’est pas une vertu décorative : c’est une arme de désintoxication démocratique.

Les chiffres. Coût : marginal — la mise en ligne d’un outil déjà construit, sur une IA française. Rapport : n’importe quel programme audité en trente secondes, hypothèses cachées révélées — l’antidote au « plan climatisation » à 200 milliards d’euros brandi sans le moindre chiffrage. Inaction : un débat économique tenu au mégaphone, où le chiffre le plus fort l’emporte sur le plus juste. Trajectoire : négligeable pour la dette. Concrètement : chacun choisit son école économique (keynésienne, libérale, consensus), durcit ou adoucit chaque mesure, et lit le verdict jusqu’à la température sociale des réformes.

Proposition 60 — Des députés qui répondent de leurs résultats

Ce qui existe. Aucune conséquence n’attache une promesse électorale à son résultat. Un élu peut échouer sur tout et se représenter quand même, en bon professionnel de la politique ! et ainsi survit cette défiance envers les élus et leur impopularité bat des records… A leur tête, le Président de la République, chantre des promesses donc à l’origine de tous les maux !

Ce que l’on constate. La parole publique est devenue une monnaie de singe : tout le monde la donne, personne ne l’honore. L’abstention et les extrêmes prospèrent exactement là-dessus.

Ce qui nous menace. Une démocratie où promettre ne coûte rien finit par élire ceux qui promettent le plus -c’est-à-dire le pire.

Ce que nous ferons. Un engagement d’honneur, public et signé : si les cibles à cinq ans ne sont pas atteintes (si la dette n’a pas commencé à refluer, si le budget ne converge pas vers l’équilibre), les députés de notre majorité ne se représenteront pas. Le constat sera établi sur les chiffres publics, lisibles par tous dans le moteur ouvert. Pas de tribunal, pas d’usine à contentieux : une parole donnée, et la sortie si elle n’est pas tenue. Je rêverais de l’imposer à toute l’assemblée, car c’est collégialement que l’on prend les décisions, que l’on amende, que l’on joue le jeu de la démocratie… mais ce serait contraire à l’un de ses principes, paraît-il !?

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : le carriérisme parlementaire et le confort de l’irresponsabilité et nous l’annonçons : nos propres députés prennent le plus grand risque de ce mandat. Y gagnent : les électeurs, qui retrouvent une prise ; et nos élus eux-mêmes, dont chaque vote pèsera le poids d’une carrière.

Pourquoi tout le monde y gagne. La parole publique redevenue une dette d’honneur, c’est la confiance qui revient -et la confiance est le seul capital politique qui se transmette.

Les chiffres. Coût : nul — un engagement d’honneur, pas une dépense. Rapport : la parole publique redevenue dette d’honneur, donc la confiance — le seul capital politique qui se transmette. Inaction : l’abstention, longtemps marginale, a dépassé un électeur sur deux au second tour des législatives de 2022 — la défiance prospère sur les promesses sans conséquence. Trajectoire : neutre. Concrètement : cibles à cinq ans non tenues (constat sur les chiffres publics du moteur) = les députés de la majorité ne se représentent pas ; pas de tribunal, une parole donnée.

Proposition 61 — L’équilibre dans la Constitution, l’effort dans le bon ordre

Ce qui existe. Un demi-siècle de budgets en déficit, en croissance comme en crise. Des règles européennes contournées avec constance, aucune règle nationale qui engage vraiment.

Ce que l’on constate. Le retour à l’équilibre est possible en cinq ans, hors crise majeure — notre trajectoire le démontre. Et le moteur mesure aussi le prix humain : il attribue à chaque réforme un indice de conflictualité, et il nous avertit que nos premières années concentrent l’effort. Nous publions cet avertissement au lieu de l’enterrer.

Ce qui nous menace. Sans règle, chaque génération vote des dépenses que la suivante paiera. Et sans ordre dans l’effort, les colères coagulent comme déjà 1995 l’a enseigné à tous les réformateurs.

Ce que nous ferons. L’équilibre budgétaire ‘obligatoire en temps de paix’ sera inscrit dans la Constitution — la guerre et la crise majeure suspendent la règle, c’est ce qui la rend sincère. Et nous assumons le séquençage social : créer la richesse avant de la redistribuer. D’abord, dès 2028, les mesures de création -impôts de production, bas salaires, simplification ; ensuite, après la réforme des retraites, les baisses plus larges ; enfin la redistribution des fruits -jamais promise avant d’être produite. Les efforts viennent en premier et nous le disons en face, avant l’élection. Il nous en coûtera probablement de ne pas être élu !

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : tous les gouvernements futurs, privés de la facilité du déficit -nous les premiers ; et ceux qui attendaient les fruits avant l’arbre. Y gagnent : les jeunes, qui héritaient de la dette ; les services publics, que la charge d’intérêts étranglait, les ministères qui verront leurs budgets augmenter…

Pourquoi tout le monde y gagne. Un pays qui s’interdit de vivre à crédit en temps de paix garde toute sa force de frappe pour les tempêtes. La règle ne nous prive pas de liberté : elle nous rend celle que la dette avait confisquée.

Les chiffres. Coût : nul — une règle, pas une dépense ; elle encadre toutes les autres. Rapport : un retour à l’équilibre en cinq ans hors crise (la trajectoire le démontre), après un demi-siècle sans un seul budget équilibré — le dernier remonte à 1974. Inaction : chaque génération vote des dépenses que la suivante paiera, et sans ordre dans l’effort les colères coagulent (1995). Trajectoire : c’est la règle qui verrouille la convergence du solde — guerre et crise majeure la suspendent, ce qui la rend sincère. Concrètement : équilibre obligatoire en temps de paix inscrit dans la Constitution, séquençage assumé — créer la richesse d’abord (2028), redistribuer les fruits en dernier.

Proposition 136 — L’exemplarité d’abord : le pouvoir s’applique ce qu’il exige

Ce qui existe. L’architecture de l’État se défait et se refait à chaque gouvernement — ministères créés, fusionnés, renommés, déménagés. Les assemblées disposent de systèmes de frais peu lisibles. Un mandat de quelques mois peut suffire à ouvrir des droits à pension d’élu. Pendant ce temps, le maire d’un village de trois cents âmes, qui tient sa commune à bout de bras, touche une indemnité de l’ordre de mille euros — quand il la touche.

Ce que l’on constate. On ne peut pas demander au pays l’effort sans se l’appliquer d’abord. La crédibilité d’un programme qui réclame des renoncements se joue là : dans l’exemple que donnent ceux qui gouvernent. Et l’argent économisé au sommet, même modeste, change de sens lorsqu’il descend vers la base — vers ces dizaines de milliers de maires ruraux qui sont, dans bien des villages, le dernier service public de proximité.

Ce qui nous menace. Un pouvoir qui se soigne pendant qu’il rationne nourrit le ressentiment et l’antiparlementarisme — le terreau des extrêmes. L’exemplarité n’est pas une coquetterie de communication : c’est une condition de survie démocratique.

Ce que nous ferons. Quatre gestes, et un seul esprit. Un : fixer dans la Constitution un nombre stable de ministères — vingt grands départements aux périmètres définitifs, des secrétariats d’État rattachables pour la souplesse —, afin d’en finir avec le bal des organigrammes. Deux : réviser légèrement à la baisse, et surtout rendre lisibles, les frais de l’Assemblée et du Sénat. Trois : n’ouvrir de droits à pension d’élu qu’au-delà de douze mois de mandat effectif. Quatre, le corollaire qui donne son sens à tout le reste : revaloriser les indemnités des maires des petites communes, financées par ces économies mêmes. Le train de vie du sommet descend vers ceux qui tiennent le pays par le bas. Et nous dirons ce que nous ne ferons pas : toucher à la rémunération du président de la République. Environ seize mille euros bruts pour diriger la France — le salaire d’un cadre supérieur en milieu de carrière — n’est pas un privilège à raboter ; le rogner ferait un titre de presse, pas une politique. L’exemplarité vise le gaspillage et l’opacité, pas le salaire honnête d’une fonction écrasante.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : le confort du sommet — les ministres de passage, les frais opaques, les droits acquis en un éclair. Y gagnent : les maires ruraux, premiers servants de la République ; et la démocratie, qui retrouve un peu de la confiance qu’elle a perdue.

Pourquoi tout le monde y gagne. Ce ne sont pas quelques dizaines de millions qui sauveront le budget — et nous ne le prétendrons pas. C’est le principe qui compte : l’État qui se tient lui-même en ordre est seul à gagner le droit d’en demander aux autres. L’exemplarité ne se chiffre pas ; elle se prouve — par la justesse, jamais par la surenchère.

Les chiffres. Coût : nul, voire une économie nette modeste — quelques dizaines de millions de train de vie central (organigrammes stabilisés, cabinets moins nombreux, frais resserrés), redéployés vers les maires des petites communes. Rapport : surtout démocratique — la crédibilité morale de tout le reste du programme ; accessoirement, la fin des coûts de réorganisation perpétuelle. Inaction : un pouvoir qui se soigne en rationnant, et l’antiparlementarisme qui prospère. Trajectoire : neutre pour la dette — un redéploiement du sommet vers la base. Concrètement : vingt ministères gravés dans la Constitution, pension d’élu seulement au-delà de douze mois, maires ruraux mieux payés — et le salaire du président laissé tel quel, parce que l’exemplarité n’est pas la démagogie.

ANNEXE — LA FEUILLE DE ROUTE : 100 JOURS, 1000 JOURS, ET LE MANDAT

Un programme ne vaut rien sans calendrier. Cette feuille de route dit dans quel ordre, et pourquoi. Son principe est celui qui ordonne tout le livre : créer la richesse avant de la redistribuer (proposition 11), et dépenser le capital politique tôt — la doctrine des « 1000 jours ». Les réformes difficiles se font au début, quand la légitimité est neuve ; les fruits viennent après, jamais promis avant d’être produits. Et tout est tenu par le contrat : des cibles à cinq et dix ans, publiées et opposables (proposition 58).

Le principe : front-charger, et l’assumer

Notre moteur de simulation l’a établi : empiler toutes les réformes chaudes au même moment fait coaguler la conflictualité sociale. Deux réponses existaient — les étaler, ou les concentrer en les assumant. Nous choisissons de concentrer : les « 1000 jours ». Un mandat qui hésite se perd ; un mandat qui agit tôt, pendant que sa légitimité est fraîche, peut absorber le choc et récolter le calme ensuite. Du sang et des larmes d’abord, la victoire après. Et le contrat verrouille le tout : si, à cinq ans, la dette n’a pas commencé à refluer, les députés de la majorité ne se représentent pas.

Les 100 premiers jours (été-automne 2027) — le cap, la méthode, l’urgence

Par décret et circulaire, sans attendre les lois : - Publier le contrat : cibles à cinq et dix ans, opposables, et l’engagement des députés (proposition 58). L’acte fondateur — on s’engage à perdre quelque chose avant de demander quoi que ce soit. - Décréter la méthode de simplification : moratoire normatif, règle « une norme créée, plusieurs supprimées » (propositions 14, 85). - Cellule d’exécution Mayotte : pilotage resserré, reddition trimestrielle, dépenser enfin ce qui est voté (proposition 110). - Payer les heures supplémentaires des policiers (proposition 36).

Lois fondatrices déposées dans le premier mois : - Finances et création de richesse : suppression conditionnée des impôts de production phasée 2028-2032 (proposition 6), allègements des bas salaires (9), plafonnement au-dessus de 8 000 € (8). - École, mère de toutes les réformes : autonomie (1), revalorisation des maîtres (2), fin de Parcoursup (3). - Simplification et Code lisible (14, 85) ; flexisécurité, volet flexibilité immédiat (115).

Décisions de souveraineté et initiative européenne (jours 30-100) : - Engager les quatorze EPR2 (proposition 103) ; réorienter France Travail vers l’anticipation (113). - Lois sécurité-justice déposées (33, 34, 87-92) ; Code de la laïcité lancé (45). - Proposer le traité du noyau européen (49) et accélérer le réarmement (chapitre XVIII), pendant que la menace russe joue en notre faveur (119).

Les 1000 jours (2027 → début 2030) — les réformes de structure

C’est ici que l’essentiel se vote et s’applique, pendant que la légitimité est haute : - Créer la richesse : impôts de production, TVA sociale (7), bas salaires, plafonnement, niches rabotées (10) — l’agenda déployé. - État catalyseur : 500 000 postes par non-remplacement (12), strates et agences supprimées (13-14), intelligence artificielle partout (16) et souveraineté numérique sans capture d’État (122-123). - Sécurité, justice, carcéral, drogues (33-37, 74-75, 87-92) ; République, laïcité, immigration (43-48, 73, 93-98). - Énergie : les quatorze EPR2 en chantier, hydrogène vert, cloud souverain (103-107, 123). - Défense, Europe, Russie : loi de programmation en euros vrais, noyau, réarmement (49-54, 117-121). - Famille et natalité (99-102), logement (23+), santé (28+), marché du travail (113-116), agriculture (76-80), outre-mer (108-112), plus fragiles (62-67) : lancés. - Amorcer le fonds souverain des Français (20) : le moteur de la richesse longue.

La réforme des retraites — dans les 1000 jours, mais à sa place

La réforme structurelle des retraites (propositions 18-22) n’est pas une affaire de 100 jours : 2019 a montré ce que coûte la précipitation. Elle se fait dans les 1000 jours, mais après que la base de création de richesse est posée et que l’architecture du volontariat et du capital est prête — négociée, calibrée sur les générations 2030-2040, pas sur le prochain scrutin. C’est le pivot du mandat : une fois la retraite refondée, la redistribution des fruits devient possible.

Cinq ans (2032) — le premier rendez-vous opposable

Le premier point de contrôle du contrat. La trajectoire doit montrer l’inflexion : déficit en reflux, dette stabilisée, croissance enclenchée. Et l’honnêteté de la courbe : le moteur situe la convergence pleine vers 2036-2037 ; à cinq ans, ce qui est dû, c’est le redressement amorcé, pas l’arrivée — et les députés en répondent devant les Français. Le service civique universel aura été lancé (2030, proposition 44) si le budget l’a permis.

Dix ans (2037) — la récolte

Le second horizon, celui où l’on cueille ce qu’on a semé : une dette qui reflue franchement, un fonds souverain proche de 285 milliards d’euros (proposition 20), et les réformes différées qui mûrissent — indemnisation chômage profilée (proposition 116), redistribution des fruits enfin produite (proposition 11). Les paris de long terme — démographie, énergie, défense, souveraineté — commencent à payer. C’est ici, et seulement ici, que la création se redistribue : jamais promise avant d’exister.

La logique d’ensemble

Front-charger le difficile, différer le doux, publier la courbe, et la lier à l’honneur des députés. Les 100 jours donnent le cap ; les 1000 jours font les réformes ; les cinq ans rendent des comptes ; les dix ans récoltent. C’est l’inverse du cycle électoral ordinaire — qui distribue d’abord et paie ensuite. C’est précisément pourquoi cela peut réussir là où le reste a échoué : non par un calendrier de confort, mais par un calendrier de vérité. Du sang, des larmes — puis la victoire.

CONCLUSION — DU LABEUR, DE L’ADVERSITE, MAIS LA VICTOIRE

Au terme de ce livre, je ne veux pas vous mentir par optimisme, comme on a tant menti par démagogie. Les pages qui précèdent ne promettent pas de miracle ; elles promettent de l’effort. Je n’ai, pour commencer, presque rien d’agréable à vous offrir : du travail, de la patience, quelques renoncements, et la fierté difficile des choses qui durent. Les premières années seront les plus rudes — c’est la loi des redressements, et nous l’avons assumée plutôt que de la farder. On ne relève pas un pays en lui promettant le repos ; on le relève en lui rendant le goût de l’effort.

Mais l’effort n’est pas la peine : c’est une espérance qui retrousse ses manches. Car voici ce que ce livre vous propose vraiment — non pas une saison de réformes, mais un horizon. Le droit, redevenu rare, de penser à trente ans tout en étant dans une démocratie. On admire, chez d’autres peuples, cette capacité à dérouler des plans sur des décennies, à bâtir pour des petits-enfants qu’on ne connaîtra pas. On a tort de croire que cela exige un maître et le silence, un autocrate ou une dictature. Cela n’exige qu’une chose : un cap qui ne change pas à chaque humeur. Nous planterons des arbres dont nous ne verrons pas l’ombre : l’école d’aujourd’hui formera les ingénieurs de 2040, le fonds souverain d’aujourd’hui paiera les retraites d’après-demain, les réacteurs d’aujourd’hui produiront le courant d’un demi-siècle. C’est cela, le long terme à la française : non la patience résignée des sujets, mais la patience choisie des citoyens.

Et puisqu’il faut être franc jusqu’au bout, disons la chose que les hommes politiques ne disent jamais. Ce long terme, je ne le suspends pas à ma personne. Ma réélection n’est pas mon projet ; elle n’est même pas mon souci. Il paraît qu’un candidat qui annonce d’emblée qu’il n’est pas indispensable commet une faute professionnelle : soit, je la commets de bon cœur — c’est peut-être la seule promesse que je sois absolument certain de tenir. Le pouvoir a ceci de commun avec le sel : il donne du goût à tout, et il finit par conserver ceux qui s’y accrochent. J’aimerais qu’on se souvienne de ce que nous aurons fait, non du temps que je serai resté en charge.

Car tout, dans ce livre, est bâti pour vous passer de moi. Les cibles sont publiées, datées, opposables ; les députés de la majorité ont engagé leur propre avenir sur les résultats, et non sur ma longévité. Si, dans cinq ou dix ans, vous êtes lassés de mon visage, remplacez-le : la trajectoire, elle, ne tient pas à un homme. Elle tient à un contrat. C’est la réponse libre à la question que d’autres résolvent par la contrainte -vous pourrez penser loin sans avoir à me garder longtemps.

Alors ne vous laissez pas vendre l’inverse. Méfiez-vous de quiconque vous promettra la récolte pour dans cinq ans : il ment, ou il n’a rien compris à la terre, à l’Homme ni à l’économie. Ce premier mandat est celui des semailles et de la sueur ; la moisson viendra après — peut-être avec moi, probablement sans, et ce sera très bien ainsi. Un pays sérieux ne se juge pas à la vitesse de ses cadeaux, mais à la solidité de ses fondations et à la puissance de ce qu’il transmet.

Le reste, nous savons déjà le faire. Nous avons rebâti une cathédrale en cinq ans, sous les yeux d’un monde qui nous croyait incapables de réparer quoi que ce soit. Ce que nous avons fait pour des pierres, nous saurons le faire pour une nation et sans la brûler d’abord, ni mépriser personne en chemin. Nous ne sommes pas un empire qui commande ; nous sommes une vieille nation qui se relève, et qui a cessé d’avoir honte de vouloir être à nouveau grande.

Il y faudra du sang et des larmes — non ceux que l’on verse, ceux que l’on retient quand l’effort est long et la récompense lointaine. Et puis, au bout, il y aura la victoire. Pas la mienne : la vôtre. Celle de la France ! La seule qui mérite qu’on s’y donne pleinement !

Voilà le sursaut. À vous, maintenant, d’en décider.